Comptes rendus

CARDIN, Martine, Archivistique : information, organisation, mémoire. L’exemple du Mouvement coopératif Desjardins, 1900-1990 (Sillery, Les Éditions du Septentrion, 1995), 454 p.[Notice]

  • Antonio Lechasseur

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  • Antonio Lechasseur
    Archives nationales du Canada

Martine Cardin enseigne l'archivistique au département d'histoire de l'Université Laval. Elle publie ici la thèse de doctorat qu'elle a défendue à la même université en 1992 sous un titre identique. Ambitieuse, l'auteure s'attaque tout autant à des problèmes de nature épistémologique que pratique touchant la discipline archivistique. En adoptant les thèses d'Edgar Morin sur les systèmes complexes et en creusant le concept de mémoire organique et consignée, son principal objectif est de "cerner les fondements conceptuels de F archivistique" (p. 8). Ce qu'elle veut dire, c'est qu'il faut replacer l'archivistique au coeur des sciences humaines et de la culture, en raplom-bant, si l'on peut dire, sur des bases scientifiques, les différents courants de l'archivistique traditionnelle qui éloignent de plus en plus archives historiques et gestion de l'information au sein des organisations.

L'ouvrage se divise en deux parties d'inégales longueurs: la première (six chapitres) se concentre sur la discipline archivistique qu'elle entrevoit "au carrefour de la mémoire, de l'information et de l'organisation" (p. 17); la seconde (deux chapitres) est une étude de cas consacrée à la constitution d'une mémoire organique et consignée au sein du Mouvement coopératif Desjardins (MCD). D'un point de vue strictement méthodologique, il apparaît assez vite au lecteur de l'ouvrage que ces deux parties, si elles pouvaient trouver une certaine justification dans la thèse, auraient mérité deux débouchés distincts: un livre en soi pour la première et un article synthétisé pour la seconde. Martine Cardin tente de démontrer la validité des thèses qu'elle avance à l'aide du MCD qui est bien plus une exception que la règle dans l'univers organisationnel québécois. Bien qu'elle y fasse parfois allusion dans les premiers chapitres, l'information relative à l'expérience du MCD aurait dû être consignée de manière organique, à même la démonstration faite en première partie. Cela aurait eu pour effet d'appuyer plus solidement les hypothèses élaborées.

COMPTES RENDUS

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Martin Cardin a construit son livre un peu comme son objet, c'est-à-dire sur l'architecture de ce qu'elle identifie comme un polysystème complexe. Ce choix n'est pas nécessairement des plus heureux; il conduit le lecteur à un long cheminement parmi un labyrinthe de paradigmes et de concepts dont les clés essentielles - parfois d'une grande simplicité - ne lui sont remises qu'en fin de parcours. Il est parfois rassurant "de faire savant", mais ici cela a pour effet de créer une impression d'hermétisme qui joue au détriment du propos de l'auteure, d'autant que ses thèses ne manquent pas d'intérêt.

Ce livre est comme le Nouveau Testament de l'archivistique rédigé dans une perspective syncrétique. On tente ici de ressouder tous les morceaux de l'archivistique qui relève tantôt des sciences de l'information, tantôt des sciences de l'administration ou encore des sciences de la culture, selon la tradition à laquelle on appartient. Dans le contexte québécois, l'institution universitaire vient même exacerber ces dichotomies en proposant des programmes d'archivistique se réclamant de l'une ou l'autre de ces traditions, l'objectif étant de se distinguer dans un créneau particulier, bien à l'abri de la concurrence. À l'opposé, Martine Cardin croit que "c'est en considérant la complexité des relations physiques, biologiques et anthropo-sociologiques que l'on préciserait les directions, les finalités, le sens de l'archivistique, en somme, son identité" (p. 43). Pour ce faire, elle consacre des chapitres à l'examen de la problématique de la mémoire organique et consignée ...