Comptes rendus

GILLETT, Margaret et Ann BEER, dir., Our Own Agendas: Autobiographical Essays by Women Associated with McGill University (Montréal, McGill-Queen's University Press, 1995), xxv-291 p.[Notice]

  • Anne Drummond

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  • Anne Drummond
    Montréal

Traduction : Marie Poirier

Dans ce recueil de vingt-huit essais et poèmes, les directrices, Margaret Gillett et Ann Beer, utilisent le récit pour démontrer le "pouvoir des récits de vie personnels" et cerner un "féminisme de la différence" collectif (préface).

Treize des vingt-huit auteures sont associées au milieu enseignant et étudiant (quatre professeures, cinq étudiantes aux études avancées, une titulaire de doctorat en physique, obtenu en 1928, et trois étudiantes de premier cycle); quatre sont employées dans l'administration et onze proviennent du milieu des arts et des professions. Les femmes issues du milieu enseignant et étudiant ont une conscience collective, parlent franchement de leurs revers professionnels et personnels et analysent avec un certain recul la structure universitaire. Ainsi, Fiona Stewart, boursière Rhodes à Oxford, se souvient du professeur qui lui avait dit que "toutes les actions [d'Oxford, qui à l'époque excluait les femmes] sont faites pour des raisons historiques valables", tout en reconnaissant sa dette envers les femmes qui l'ont précédée et qui lui ont permis de se rendre jusqu'à Oxford.

Les récits des employées de soutien, les enfants plus obéissantes de la "grande famille de McGill", font contraste avec les récits plus éprouvants des professeures et des étudiantes.

Comme le montrent Rayner-Canham dans Harriet Brooks: Pioneer Nuclear Scientist (1992) et Gillett, dans ses travaux sur la botaniste Carrie Derick, McGill a tendance à minimiser les contributions de ses scientifiques de sexe féminin. Dans Our Own Agendas, Laura Rowles, qui a obtenu son doctorat en physique en 1928, décrit comment on lui refusa une bourse parce qu'on la pensait fiancée et comment elle perdit son emploi pendant la Crise parce qu'elle travaillait dans le même département que son mari alors qu'une

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collègue qui, elle, travaillait dans un autre département que celui de son conjoint, avait pu garder le sien. Ce n'est pas étonnant que Rowles pense que, hier comme aujourd'hui, les hommes grands et forts sont mieux placés que les femmes pour diriger des départements de sciences. Sarah P. Gibbs, histologue et pionnière dans l'utilisation du microscope à électrons, titulaire d'un doctorat de Harvard en 1961 et professeure de biologie à McGill, s'est fait dire par un collègue masculin en 1974: "Je ne sais pas comment vous y êtes arrivée" (p. 47). Il faisait référence non pas à son doctorat ou à son poste de professeure, mais à sa nomination à un comité d'examen des candidatures à Harvard.

On retrouve aussi dans l'ouvrage les témoignages de trois francophones: Monique Bégin, Ginette Lamontagne et Marie-Francine Joron. Chacune fait connaître au public anglophone un pan de l'histoire sociale et de l'histoire des femmes du Québec. Ancienne ministre de la Santé, Bégin a siégé à l'assemblée des gouverneurs de McGill et au conseil d'administration des presses universitaires de McGill-Queen's et a reçu un doctorat honorifique en sciences en 1991. Au sujet de son enfance à Notre-Dame-de-Grâce pendant la Révolution tranquille, Bégin dit: "On m'avait donné seulement deux références: l'importance de la vie intellectuelle et de la recherche du savoir et la signification des saints et des personnages historiques qui avaient accompli de grandes choses en allant au bout de leurs capacités" (p. 8). Cette formation l'a menée à de nombreuses réalisations dont la moindre n'est pas d'avoir réussi à s'imposer dans les conseils des ministres dirigés de manière quasi militaire par Pierre Elliott Trudeau (p. 13-15).

Lamontagne, qui se décrit comme une baby-boomer, a servi McGill pendant deux décennies comme responsable du dossier France-Québec, membre ...