Comptes rendus

GUÉRARD, François, Histoire de la santé au Québec (Montréal, Boréal, coll. « Express », 1996), 124 p.[Notice]

  • François Hudon

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  • François Hudon
    Montréal

Ce petit livre de François Guérard nous relate plus de 350 ans d'histoire de la santé au Québec dans un nombre minimum de pages, ce qui est sans doute un exploit! Exploit d'autant plus méritoire que l'effort de concision de Guérard ne l'a pas empêché d'aborder la plupart des thèmes importants qui doivent figurer dans une telle histoire. Retenant la formule chronologique, la présentation de la matière couverte par cet ouvrage est répartie en fonction des trois axes suivants: "l'évolution de l'état de santé de la population, les transformations des services sanitaires et le rôle des principaux groupes ayant assuré ces services ou ayant exercé une influence sur leur organisation." (p. 9-10) Sans faire totalement abstraction des découvertes médicales et scientifiques ou de la fondation des institutions, l'auteur privilégie une approche plus récente, appelée "histoire externe" ou "histoire ouverte" de la médecine et de la santé, faisant intervenir dans l'analyse et dans l'interprétation historique des facteurs à caractère socio-économique.

Le volume se divise en sept chapitres de plus en plus longs mais couvrant des périodes de plus en plus courtes, de sorte que le tiers du volume couvre uniquement les trente-cinq dernières années (1961-1996). Conscient de ce déséquilibre, l'auteur l'attribue à deux facteurs: l'accélération des transformations dans le champ de la santé, surtout au XXe siècle, ainsi que la diversification et l'accumulation de la documentation et des sources disponibles. Il faut aussi avouer qu'un ouvrage de ce genre est tributaire des recherches déjà effectuées et des pistes de recherche en développement.

Au cours des XVIIe et XVIIIe siècles, le territoire québécois compte, somme toute, un nombre restreint de praticiens répartis en majorité dans les

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villes de Montréal et de Québec, alors que dans les campagnes le recours au médecin est plus irrégulier, d'autant que des guérisseurs sont sur place et offrent leurs soins et des remèdes aux personnes malades. L'auteur mentionne bien que l'on compte une proportion importante de chirurgiens par rapport au nombre de médecins; la présence de différents régiments et de navires transocéaniques ainsi que l'arrivée de chirurgiens anglais et allemands à la suite de l'indépendance américaine, expliquent leur surreprésentation.

Dans le dernier quart du XIXe siècle, à Montréal et à Québec, on assiste à l'apparition d'une tendance déterminante à la spécialisation et à la diversification des institutions hospitalières, parallèlement à un début d'augmentation du nombre des hôpitaux et à leur modernisation. Par ailleurs, la profession médicale réussit à s'organiser en tant que corporation autonome et à se constituer en monopole du monde médical, voire à limiter les pouvoirs d'autres professionnels de la santé: dentistes, sages-femmes, vétérinaires. Comme le démontre l'auteur, le pouvoir des médecins et leur prestige s'accroissent d'autant plus que, à compter de cette époque, les progrès de la médecine hospitalière et des découvertes médicales permettent de soigner et de guérir d'une façon inconnue jusqu'alors. Mais il ne faut pas oublier que plusieurs médecins étaient députés et ont, de fait, participé à l'adoption des lois qui leur ont permis d'asseoir leur force comme groupe professionnel.

L'auteur accorde une place importante à l'apparition et au développement de la santé publique au Québec, à compter de la fin du XIXe siècle, ce thème ayant fait l'objet de nombreuses recherches ces dernières années. Par ce mouvement, on visait à mettre en oeuvre des mesures diversifiées et conçues pour pallier les mauvaises conditions hygiéniques individuelles et publiques, surtout en milieu urbain. Le ...