Comptes rendus

GUIMONT, Jacques, La Petite-Ferme du cap Tourmente, un établissement agricole tricentenaire. De la ferme de Champlain aux grandes volées d’oies (Sillery, Les Éditions du Septentrion, 1996), 228 p.[Notice]

  • Paul-Louis Martin

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  • Paul-Louis Martin
    Département des sciences humaines - CIEQ, Université du Québec à Trois-Rivières

C'est à l'occasion de travaux de drainage et de consolidation, effectués par le Service canadien de la faune sur sa propriété de la Petite-Ferme, que les archéologues de Parcs Canada entrent en scène et entreprennent des recherches archéologiques dans le périmètre immédiat de cette longue maison de pierre, servant aujourd'hui de centre administratif à la Réserve nationale de la faune du cap Tourmente.

Le contexte est au sauvetage et les campagnes de fouilles se déroulent de façon discontinue entre juin 1992 et janvier 1993, en collaboration avec Travaux publics Canada. L'objectif est simple et la problématique peu élaborée. Il s'agit de tenter de comprendre l'occupation humaine de cette partie du site, de lire les vestiges structuraux qu'on présume s'y trouver et de poser quelques jalons en vue d'une meilleure connaissance des premiers établissements agricoles du pays, ces sites étant probablement les plus mal connus, et assurément les plus négligés de tous.

Bien servis par une méthode rigoureuse et très professionnelle, appuyés aussi par des équipes d'historiens et d'analystes en culture matérielle qui ne laissent rien au hasard, les gens de Parcs Canada, sous la direction de Jacques Guimont, nous livrent ici des résultats fort intéressants. Le fil chronologique qu'ils ont rétabli se présente ainsi: d'abord quelques traces d'une présence amérindienne remontant à deux périodes distinctes, soit autour de l'an mille puis au tournant du XIIIe siècle de notre ère. La récolte est aussi mince que l'aire à fouiller: quelques éclats lithiques, des fragments de vases en céramique et quelques écofacts dont, fait exceptionnel, des grains de maïs non carbonisés, de la variété dite Northern Flint. De quoi susciter beaucoup d'interrogations, mais rien pour asseoir une certitude.

COMPTES RENDUS

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La période historique s'avère substantiellement plus riche. Les chercheurs ont mis à jour les vestiges architecturaux et les restes matériels des deux corps de logis (4,85m par 5,85m), de l'étable (19,50m par 6,50m) d'un puits et de quelques dépendances érigées par ordre de Champlain en 1626, mais détruits par les hommes de David Kirke en juillet 1628. Suit une période d'abandon, jusqu'en 1664 alors que M& de Laval acquiert la seigneurie de Beaupré et entreprend de pourvoir aux besoins alimentaires du séminaire qu'il entend fonder à Québec. Il y fait donc construire une maison de pierre (11m sur 9m), une grange close de madriers et couverte en planches, une écurie couverte en bardeaux, un poulailler et un parc à cochons, posant ainsi les premiers éléments de ce qui deviendra un peu plus tard l'une des plus importantes exploitations agricoles de la Nouvelle-France. Bien et directement gérée par le Séminaire, la ferme s'améliore en effet au fil des ans: la maison est agrandie à deux reprises, jusqu'à 100 pi selon l'Aveu de 1732, à laquelle s'ajoutent une chapelle, une grange en pierre de 104 pi de longueur, une étable aussi en pierre de 140 pi de longueur, une écurie et autres dépendances telles que: laiterie, bergerie, boulangerie, remises, cour et jardin, le tout entouré de 200 arpents de terre labourable et de 50 arpents en prairie. En 1748, le munitionnaire et boucher Joseph Cadet la prend à bail pour neuf ans et l'amène à un niveau de production sans précédent: pas moins d'une dizaine d'employés spécialisés, laboureurs, fariniers, jardiniers, charretiers, sans compter de nombreux "travailleurs à la terre" s'y activent pour approvisionner le gouvernement colonial avec grand profit. La Petite-Ferme n'échappe pas aux bombardements et ...