Comptes rendus

SHEETS-PYENSON, Susan, John William Dawson, Faith, Hope and Science (Montréal, McGill-Queen's University Press, 1996), xxii-274 p.[Notice]

  • Yves Gingras

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  • Yves Gingras
    Département d'histoire, Université du Québec à Montréal

John William Dawson est surtout connu pour avoir fait de l'université McGill, dont il a été Principal de 1855 à 1893, une institution de renommée internationale, principalement axée sur les sciences, la médecine et le génie. Mais il ne faudrait pas oublier que ce géologue, né à Pictou en Nouvelle-Ecosse en 1820, est aussi le plus grand savant canadien du XIXe siècle. Surintendant de l'éducation en Nouvelle-Ecosse de 1850 à 1853 et membre en 1854 de la Commission d'étude sur l'avenir de King's College à Frédéricton, Dawson est également l'une des figures les plus marquantes du monde de l'éducation. Si l'on ajoute à cela son rôle dans la création, en 1881, de la Société royale du Canada et le fait qu'il trouve le temps de publier une vingtaine de livres et des articles encore plus nombreux dans les principales revues savantes britanniques et américaines, on devine que le personnage a une envergure hors du commun et qu'il mérite une importante biographie.

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Il est tout de même curieux que l'auteure écrive que "Given Dawson's importance [...] it is surprising that he never has been the subject of a full-length biography" (p. 8) et que l'éditeur reprenne cet énoncé en quatrième de couverture. En effet, même en jouant sur le sens, plutôt élastique, du mot "full-length", on ne peut sérieusement nier que le livre de Charles F. O'Brien, Sir William Dawson. A Life in Science and Religion, paru en 1971, constitue une excellente biographie de Dawson. Comme tout biographe, l'auteur y adopte un point de vue et choisit de se concentrer sur l'oeuvre scientifique de Dawson et sur les nombreuses polémiques auxquelles il a été mêlé. Il montre ainsi très bien que ces polémiques sont liées à la place centrale que la religion occupe chez Dawson. Presbytérien de stricte obédience, ce dernier a toujours cherché à concilier la bible et la science, et il a combattu toute sa vie les idées évolutionnistes. Constatant que Dawson a fait figure de perdant dans la plupart des polémiques auxquelles il a été associé, O'Brien note d'ailleurs qu'il est malheureux que les historiens aient tendance à n'écrire que l'histoire des gagnants.

Bien que fondée sur une analyse de la correspondance de Dawson, la biographie proposée par Susan Sheets-Pyenson est loin de dresser un portrait complet et équilibré de l'homme. Ainsi, son rôle d'éducateur en Nouvelle-Ecosse et surtout au Québec, où il a tout de même passé la majeure partie de sa vie active, reçoit un traitement superficiel, alors que ses tentatives pour obtenir un poste à l'université d'Edimbourg et l'épisode de l'offre d'emploi de l'université de Princeton, qui au total ont occupé moins d'un an de sa vie, sont analysés en détail. Pourtant, Dawson a été pendant dix ans membre du Comité protestant du Conseil de l'instruction publique et il a également été membre de la Chambre des arts et manufactures du Bas-Canada. Considérant les anglo-protestants comme une minorité assiégée, il s'est opposé à la Confédération qui ne pouvait selon lui qu'amener l'extinction de la minorité protestante au Québec. L'auteure lui attribue la création de l'école normale McGill et ne semble pas voir que cette école, subventionnée par le gouvernement, faisait partie d'un plan d'ensemble avec les écoles normales Jacques-Cartier et Laval, à Montréal et à Québec. Elle ne perçoit pas non plus l'importance de ses relations avec le Premier ministre et ministre de l ...