Notes bibliographiques

DION, Léon, Le duel constitutionnel Québec-Canada (Montréal, Boréal, 1995), 378 p.[Notice]

  • Xavier Gélinas

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  • Xavier Gélinas
    Département d'histoire, Université York

Ce recueil d'une trentaine de textes publiés entre 1980 et 1995 regroupe articles de journaux, mémoires étoffés et allocutions prononcées devant des auditoires variés. On retrouve partout cette approche impeccablement érudite, alliée au regard personnel de l'auteur qui reflète les engouements et les doutes de nombreux Québécois. Léon Dion désire le maximum d'épanouissement pour le Québec (ne lui doit-on pas la formule du "couperet sous la gorge" pour secouer le Canada anglais?), mais il prône son maintien dans l'ensemble canadien. Il ne cache pas ses drapeaux: "Je suis un intellectuel engagé et mes interventions [...] ne visent pas la neutralité." (p. 8) Par sa sincérité, ses nuances, son respect des opinions d'autrui et des faits, l'auteur

NOTES BIBLIOGRAPHIQUES

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témoigne que l'engagement et l'avancement de la réflexion ne sont pas incompatibles.

L'ouvrage rafraîchit nos souvenirs de l'actualité politique et constitutionnelle. Il s'imposera peut-être davantage par ses vérités éternelles; soulignons des morceaux d'anthologie sur l'essence du nationalisme québécois (p. 63-64, 91, 99-100). Léon Dion est doué pour la prémonition. Dès 1980, il prévoit la nécessité de commissions préfigurant Bélanger-Campeau et le forum Spicer. Il prédit qu'un Premier ministre anglophone brillera davantage dans le dossier constitutionnel qu'un Pierre Trudeau aux idées arrêtées (bon gré mal gré, Brian Mulroney a suscité l'unanimité des premiers ministres et du Parlement en 1987 comme en 1992). Et il tient, avec dix ans d'avance, les propos de Robert Bourassa au lendemain de l'échec de Meech. C'est dire sa préscience.

On constatera le piétinement du processus constitutionnel et de maints débats politiques. Le rapport Pépin-Robarts, en 1979, parlait déjà d'asymétrie. On ergote depuis vingt ans sur la majorité requise pour la sécession du Québec. Ceux qui ne désespèrent pas du Canada concoctent d'infinies moutures de fédéralisme renouvelé. Les souverainistes louvoient ou se déchirent en débats sémantiques sur les notions d'indépendance, de souveraineté, d'association, de partenariat. Dion le reconnaît: "On continue de tourner en rond." (p. 370) Dans un beau texte de bilan, "Le Canada anglais face au Québec" (dont il sera permis de préférer le titre originel, "Propos désabusés d'un fédéraliste fatigué"), Léon Dion résume sa vision. À l'aune de la conclusion qu'il tire lui-même de ce duel constitutionnel, on ne pourra que comprendre, sinon partager, ce désabusement.

Département d'histoire Université York

XAVIER GÉLINAS