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Comptes rendus

PANNETON, Jean-Charles, Georges-Émile Lapalme. Précurseur de la Révolution tranquille (Montréal, vlb éditeur, 2000), 208 p.

  • Michel Sarra-Bournet

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  • Michel Sarra-Bournet
    Département d’histoire
    Université du Québec à Montréal

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Les mémoires de maîtrise sont une source de monographies riches et fort utiles, dont plusieurs méritent d’être publiés. Celui de Jean-Charles Panneton n’est certes pas le premier à porter sur Georges-Émile Lapalme, mais il a le mérite de tenter une synthèse de la vie de l’homme politique et de son oeuvre. C’est là que réside sa valeur. L’auteur effectue un survol chronologique honnête de la carrière du chef du Parti libéral (1950-1958), inspirateur du programme de « l’équipe du tonnerre » (1959) et ministre du gouvernement Lesage (1960-1964).

Panneton passe très rapidement sur l’enfance et la jeunesse de son sujet. Il ne s’agit pas d’une biographie. D’ailleurs, il utilise peu de sources d’archives, se contentant la plupart du temps de journaux, d’études existantes et des Mémoires de Lapalme. Toutefois, les principaux points de repère de la carrière politique de Lapalme y sont, de même que les grands axes de sa contribution au Québec moderne. La démocratisation du parti, l’assainissement des moeurs politiques et l’idée de justice sociale sont autant de sujets discutés au Parti libéral du Québec sous Duplessis, preuve de l’effet revigorant d’un passage dans l’opposition. La valorisation du français, l’élaboration d’une politique culturelle et le rayonnement du Québec à l’étranger sont les principales réalisations de Lapalme au sein du gouvernement Lesage.

Les meilleures pages de cet ouvrage se trouvent d’ailleurs dans la genèse des relations France-Québec : on y perçoit toute la mesure de l’intérêt porté par Malraux (avec qui Lapalme s’était lié d’amitié) et de Gaulle au Québec et, par conséquent, l’impulsion qu’ils ont donnée à la marche des Québécois dans les années 1960. On se doit également de signaler toute l’importance que Lapalme accordait à la protection de la langue française menacée par l’évolution technique et culturelle. Il avait compris que, durant la deuxième moitié du xxe siècle, la langue serait le marqueur et le véhicule de l’identité culturelle québécoise. On note enfin sa préoccupation d’ouvrir ce Québec sur le monde, y compris sur la francophonie nord-américaine, non pas dans une perspective de préservation mais d’épanouissement culturel. Georges-Émile Lapalme a non seulement été un précurseur de la Révolution tranquille, mais il y a aussi participé activement.

Lapalme s’est heurté néanmoins aux limites du pouvoir. Lorsqu’il a démissionné, il était amer de n’avoir pu aller au bout de ses projets, ne sentant pas l’appui qu’il lui fallait dans un conseil des ministres où des attitudes conservatrices témoignaient du caractère graduel de la modernisation du Québec. Mais il a laissé un héritage durable. Rien de ce qu’il a semé n’est resté en plan. Le développement de la politique culturelle, de la protection de la langue française et de la représentation du Québec à l’étranger s’est poursuivi et s’est accéléré durant de nombreuses années avant le plafonnement que l’on connaît aujourd’hui.

L’Histoire appartient trop souvent aux « gagnants », aux personnages de premier plan, comme s’ils avaient été seuls en scène. Pourtant, ces « grands » sont le produit de multiples interactions. Un gouvernement n’est-il pas meilleur s’il a devant lui une opposition solide ? Un premier ministre n’est-il pas d’autant plus solide et inspiré qu’il est bien entouré ? Georges-Émile Lapalme a joué le rôle de critique de Duplessis et d’inspirateur du régime Lesage. En raison de sa contribution à l’histoire du Québec contemporain, il méritait une étude exhaustive.

Malheureusement, le travail de Panneton est si systématique qu’il en est presque schématique, ce qui rend la lecture de son ouvrage un peu aride et saccadée. Parfois, l’explication est courte et la citation n’est pas mise en contexte. Ou alors, on tient pour acquis que le lecteur a une connaissance préalable de la période. Une limite de longueur exigée par l’éditeur a-t-elle acculé l’auteur à des coupes douloureuses ? Qu’importe. La grande biographie-fleuve de Lapalme, celle qui nous fera revivre son époque « comme si on y était », reste à venir. En attendant, pour ceux et celles qui resteraient sur leur appétit, il y a toujours ses généreux Mémoires en trois tomes (Leméac, 1973) où notre père de la Révolution tranquille se ménage le beau rôle. Comme il se doit !