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Comptes rendus

SABOURIN, Hélène, À l’école de P.-J.-O. Chauveau. Éducation et culture au XIXe siècle (Montréal, Leméac Éditeur, 2003), 230 p.

  • Andrée Dufour

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  • Andrée Dufour
    Département de sciences humaines
    Cégep Saint-Jean-sur-Richelieu

Corps de l’article

Revoir « sous un nouvel éclairage » le dossier de celui qui fut le deuxième surintendant de l’Instruction publique au Bas-Canada et le premier Premier ministre du Québec tout en étant ministre de l’Éducation, tel est le but que s’est donné Hélène Sabourin dans sa biographie de Pierre-Joseph-Olivier Chauveau. Divisé en 10 chapitres rédigés selon un plan chronologique, l’ouvrage couvre l’existence de l’homme politique depuis sa naissance jusqu’à la fin de sa carrière et de sa vie.

Dans un premier chapitre, l’auteure évoque notamment l’enfance protégée de Chauveau, ses brillantes études classiques et de droit, ses débuts d’écrivain et son entrée en politique dès l’âge de 24 ans. Il entre dans le ministère Hincks-Morin à titre de solliciteur général en 1851 et devient secrétaire provincial en 1853. Mais dès 1855, en raison peut-être de sa réputation de ministre négligent et paresseux, « minimum » écrit le journal Le Pays (p. 19), il est évincé du cabinet. Quelques mois plus tard, il remplace Jean-Baptiste Meilleur au poste de surintendant de l’Instruction publique. George-Étienne Cartier le choisit pour son esprit de conciliation, son ouverture aux différences ethniques et religieuses et sa fiabilité politique. Sa vision de l’éducation est tout autre que celle de son prédécesseur ; alors que Meilleur est favorable à l’Église, c’est l’État qui doit primer en éducation pour Chauveau.

Les chapitres 2, 3 et 4 abordent les principaux objectifs et les réalisations de Chauveau en matière d’éducation et de culture. Il dépose dès 1856 deux projets de lois proposant la création d’un Conseil de l’instruction publique et d’un Journal de l’éducation publié dans les deux langues, l’obligation pour tous les maîtres laïques de se munir d’un brevet d’enseignement et l’établissement d’écoles normales. Chauveau se révèle aussi « un administrateur rigoureux et méthodique » (p. 45). Il exige le recensement obligatoire des enfants en âge d’aller à l’école et la production, par les commissaires, non plus d’un seul mais de deux rapports annuels. Ces exigences, souvent mal perçues et sabotées par les commissaires, permettent néanmoins l’établissement des premières véritables statistiques scolaires. Sa passion de la lecture autant que le désir d’encourager l’assiduité et le travail des enfants à l’école lui font mettre sur pied la remise de livres de lecture en guise de prix. Pas moins de 10 000 livres seront ainsi remis aux écoliers méritants de 1856 à 1859. En janvier 1857, Chauveau lance le Jour--nal de l’Instruction publique qui doit « par sa diversité, contribuer à l’édification et à l’enrichissement intellectuel du plus grand nombre » (p. 59). Aussi, en fait-il un journal où la littérature, les sciences et les arts occupent une place importante et où il trouve une belle occasion d’exercer ses talents d’écrivain. On comprend que les instituteurs, de surcroît pratiquement exclus de la rédaction du journal, seront peu nombreux à s’abonner. Sous sa gouverne, un fonds de retraite pour les instituteurs et les institutrices est aussi établi. Mais, surtout, trois écoles normales, les Écoles Jacques-Cartier, McGill et Laval, ouvrent leurs portes, offrant un programme très diversifié. Autour d’elles, Chauveau créera de nouvelles associations d’instituteurs, et non d’institutrices, pour servir de « lieux d’en-traide et de perfectionnement » (p. 67). Au Château Ramsay, qui héberge les bureaux de la surintendance, il organise des conférences, en somme des cours publics, se chargeant lui-même du cours de littérature. Tout ne réussit néanmoins pas à Chauveau : son projet d’achat de livres scolaires directement par le gouvernement suscite l’hostilité des libraires et de Mgr Bourget et il n’y a encore que trop peu d’instituteurs et d’institutrices diplômés. Le nombre d’écoles et d’écoliers augmente toutefois sous sa gouverne. Ces progrès amènent, enfin, la création en 1860, du Conseil de l’instruction publique (CIP).

Les chapitres V à IX couvrent les années 1860-1869. Des divers thèmes traités par l’auteure, le lecteur retiendra peut-être surtout l’image d’un Chauveau éparpillé qui correspond d’ailleurs à la réputation qu’il se mérite chez ses contemporains de « touche à tout désinvolte » (p. 95). Sa nomination, inattendue, de Premier ministre du Québec et sa décision de conserver la direction de l’instruction publique en abolissant la surintendance au profit d’un véritable ministère lui apportent un succès éphémère. Faisant preuve de « pragmatisme politique » (p. 173), il fait voter la loi de 1869 qui accorde une plus grande autonomie scolaire à la minorité anglo-protestante par la répartition du produit des taxes selon l’appartenance religieuse du contribuable et qui crée deux comités confessionnels à l’intérieur du CIP. Mais viennent rapidement les difficultés que l’auteure aborde dans les derniers chapitres : échec d’un projet de fermes modèles annexées aux écoles normales, accusations de népotisme, de favoritisme et de gallicanisme, démission en 1873. Des années marquées par bien peu de réalisations scolaires que l’auteure attribue à la conjoncture économique défavorable dans laquelle se débat le Québec aux prises avec des revenus très bas et une dette héritée de l’association confédérale. Après quelques années au poste de shérif de Montréal, Chauveau devient professeur de droit romain à l’Université Laval de Montréal en 1878 et même doyen de la Faculté de 1885 à 1890, année de sa mort.

S’appuyant surtout sur l’abondante correspondance de Chauveau, l’auteure a tracé de cet homme politique et de culture un portrait intéressant mais, somme toute, relativement peu novateur. Certes, elle a établi une comparaison pertinente entre les deux premiers surintendants de l’instruction publique et bien évoqué les difficiles relations Église-État de l’époque. Le recours à une approche résolument chronologique occasionne toutefois un éclatement des aspects abordés ainsi qu’une tendance à effleurer les choses et à privilégier les détails et parfois même l’anecdote. On aurait aimé que les véritables réalisations de Chauveau, qui a réussi durant les premières années de sa surintendance à concrétiser les idées et les projets de son prédécesseur et à mettre en place une évaluation quantitative de l’instruction publique, soient vues avec plus de profondeur et d’analyse. Le lecteur reste avec l’impression de superficialité du personnage qui rejoint celle de ses contemporains. En définitive, le lecteur connaîtra davantage la personnalité multiple de Chauveau, mais celui-ci n’en sort pas vraiment grandi de même que la classe politique québécoise qui apparaît sous un jour plutôt étriqué.