Comptes rendus

Meunier, Anik et Jean-François Piché, De l’idée à l’action. Une histoire du syndicalisme enseignant, Coll. « Publics et culture » (Québec, Les Presses de l’Université du Québec, 2012), 212 p.

  • Andrée Dufour

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  • Andrée Dufour
    Centre interuniversitaire d’études québécoises, Université Laval
    Cégep Saint-Jean-sur-Richelieu

Couverture de Des hommes, des femmes, des enfants et des murs. Nouveaux regards sur les institutions de soins de santé et de charité, 19<sup>e</sup> et 20<sup>e</sup> siècles, Volume 65, numéro 2-3, automne 2011, hiver 2012, p. 143-402, Revue d’histoire de l’Amérique française

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C’est dans la collection « Publics et culture », une collection particulièrement accessible, qu’Anik Meunier et Jean-François Piché ont publié leur ouvrage qui se veut « un résumé succinct de l’évolution du syndicalisme enseignant au Québec de ses origines à nos jours » (p. IX). D’entrée de jeu, ils expriment leur souci de se distinguer des ouvrages historiques « classiques » en faisant largement appel aux photographies et aux documents d’époque.

La place occupée par l’iconographie est de fait prédominante dans les huit chapitres qui forment cette monographie. Ainsi retrouve-t-on, dans un premier chapitre qui retrace les origines et les débuts du syndicalisme enseignant que les auteurs situent en 1936, des photographies, des écrits et une biographie succincte de Laure Gaudreault, « pionnière  du mouvement syndical enseignant au Québec ». (p. 5). S’y ajoutent des textes de lois de l’époque duplessiste. Laure Gaudreault contribue largement à la création de la Corporation Générale des Instituteurs et Institutrices Catholiques de la Province de Québec (CIC) dont elle assume la vice-présidence. Son importante contribution, qui se poursuit jusqu’en 1966, est également rappelée au chapitre 2 intitulé « Entre syndicalisme et corporatisme », qui fait état de la Loi créant la CIC, dont d’importants extraits paraissent en mai 1946 dans La Petite Feuille, bulletin mensuel de la Fédération catholique des institutrices rurales de la Province de Québec.

Le chapitre 3, « La ville et la campagne : deux réalités », fait état de la nette prédominance des institutrices à la campagne et des instituteurs en ville, des fortes disparités salariales entre les unes et les autres et reprend d’excellentes photos d’écoliers, d’écolières et d’écoles de paroisse, de rang et montréalaises.

Au chapitre 4, « Deux idéologies : le syndicalisme catholique et le syndicalisme de métier », les auteurs montrent la croissance de la CIC aux dépens des syndicats internationaux de métier et des syndicats nationaux ou indépendants à partir des années 1930.

Puis les auteurs évoquent « De grands changements en éducation », de la fin des années 1950 et des années 1960 : les maîtres sont formés non plus à l’école normale, mais à l’université. Sévèrement critiqué, notamment par le Frère Untel, Jean-Paul Desbiens, le système d’enseignement est transformé à la suite des travaux de la Commission Parent créée par le gouvernement Libéral de Jean Lesage nouvellement élu. Toutefois les décisions du nouveau ministère de l’Éducation d’imposer une échelle salariale provinciale mécontente vivement les syndicats enseignants. Au début de 1967, il faudra une loi spéciale, la loi 25 du gouvernement Johnson, pour mettre fin aux grèves et forcer le retour au travail des maîtres.

La loi 25 mène les maîtres « Vers un syndicalisme de combat », objet du chapitre 6. Les syndicats enseignants sont déconfessionnalisés, leurs discours empruntent au marxisme et critiquent l’école qui reproduit les classes sociales et transmet l’idéologie dominante. Des affiches rappelant l’emprisonnement des trois chefs syndicaux en 1972 et des photographies de la grande manifestation du Front commun de 1976 illustrent le vif mécontentement du monde syndical. On rappelle que les négociations des années 1979-1982 accordent enfin à l’enseignante enceinte un congé de maternité de 20 semaines.

Au chapitre 7, les auteurs évoquent « Un retour à des préoccupations professionnelles ». La crise économique du début des années 1980 fait vivre de « durs moments » à la classe enseignante. Ainsi, en 1983, le gouvernement de René Lévesque adopte des lois spéciales qui définissent ses conditions de travail et lui imposent une diminution de salaire allant jusqu’à 20 %. Puis on s’inquiète du taux élevé de décrochage scolaire au Québec. Les États généraux sur l’éducation de 1995-1996 font ressortir la nécessité de revoir le système d’éducation québécois. Au cours des années 2000, la classe enseignante réunie dans la Centrale des syndicats du Québec (CSQ) entend défendre l’école publique et la valoriser. Elle refuse l’idée d’un ordre professionnel enseignant jugé inutile.

Dans un dernier chapitre, « L’époque contemporaine : la confrontation à l’avant-scène », on assiste à des années de confrontation entre le gouvernement de Jean Charest et le personnel enseignant de la CSQ, confrontation notamment marquée en décembre 2005 par un décret fixant les conditions de travail du personnel de l’État. La CSQ connaît aussi des turbulences en 2006 lorsque neuf syndicats d’enseignants-tes décident de quitter la centrale pour fonder la Fédération autonome de l’enseignement, divisant ainsi le syndicalisme enseignant. Mais en 2009, les membres de la CSQ, fausse loupe à la main devant le parlement de Québec, participent à la grande « négociation nationale » de 2009-2011 où un Front commun, réunissant 500 000 travailleurs et travailleuses des secteurs public et parapublic, obtient que les augmentations de salaire soient dorénavant partiellement liées à la situation économique du Québec.

Les auteurs ont su présenter un ouvrage bien rédigé et très bien illustré, particulièrement pour les décennies plus anciennes, par des photographies et des extraits de documents législatifs et syndicaux bien choisis. Le lecteur appréciera un mode de présentation original qui permet de passer du document complet à un extrait agrandi particulièrement important.

Cette « histoire syndicale » repose sur une bibliographie largement composée d’ouvrages portant sur l’évolution du syndicalisme enseignant. Si la grande Histoire de l’enseignement au Québec de Louis-Philippe Audet et les deux tomes de l’Histoire du Québec contemporain de Linteau, Durocher, Robert (et Ricard) y trouvent fort bien leur place, on peut regretter l’oubli du livre Le corps enseignant du Québec de 1845 à 1992 de M’hammed Mellouki et François Melançon et de la Brève histoire des institutrices d’Andrée Dufour et Micheline Dumont, notamment. Mentionner de tels ouvrages aurait permis au lecteur de pouvoir approfondir la fonction et la condition enseignantes.

Il reste qu’Anik Meunier et Jean-François Piché présentent ici un ouvrage accessible qui rappelle les avancées du monde du travail enseignant et qui permet de faire émerger de manière fort bien illustrée cette importante facette de l’histoire de l’éducation au Québec.