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Note critique

LÉTOURNEAU, Jocelyn, Le Québec, les Québécois: un parcours historique (Québec, Musée de la Civilisation/Fides, 2004), 128 p.[Notice]

  • H. V. Nelles

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  • H. V. Nelles
    Département d’histoire
    Université McMaster

L’architecture du temple zen japonais supprime tout ornement et simplifie les éléments structurels pour révéler la forme pure. Une Histoire concise peut procéder d’une démarche semblable. La concision exige l’épuration de tout ce qui est superflu : preuves, mises en avant-plan, détails « illuminants », exemples en série, témoignages convaincants, qualificatifs, dégradés et ambiguïté. Tout cela fait place à l’interprétation pure. Cela, bien sûr, peut désarçonner le chercheur habitué aux grands espaces, au rythme tranquille et au détail paralysant des monographies universitaires, ou encore à la consistance encyclopédique des manuels d’histoire contemporaine. Lorsqu’il s’approche d’une histoire concise, le cerbère des frontières de la discipline se demande instinctivement : que manque-t-il ? Et inévitablement, pour condamner l’entreprise, apparaît la litanie réconfortante des termes jargonneux (mais à la mode) qui désignent ce qui — soi-disant — manque. Mais cette litanie est hors sujet. En fait, tout manque. Les historiens professionnels qui s’aventurent sur le terrain des « Histoires concises » doivent reconnaître qu’ils mettent les pieds dans un territoire inconnu. Une Histoire concise n’est pas une version miniature d’une « grande » Histoire, comme le serait un modèle réduit par rapport à l’original. C’est d’abord une représentation abstraite, comparable au monde né de l’interaction du géométrique et du curviligne ou au monde de pierre, d’eau, de végétation et de paysages empruntés aux jardins d’un temple zen. En fait, la question est plutôt : quel est l’esprit ? Dans Le Québec, les Québécois: un parcours historique, le professeur Jocelyn Létourneau réussit le tour de force d’interpréter l’histoire du Québec en 76 pages, à travers lesquelles il saisit l’occasion de compiler l’intégralité de son interprétation présentée dans une série d’essais historiographiques rigoureux publiés dans Passer à l’avenir (Boréal, Montréal, 2000). Le résultat est probant : une vue audacieuse et rafraîchissante de l’histoire québécoise qui remet en cause les idées reçues et les préjugés à l’intérieur et à l’extérieur du Québec. Derrière le titre, Le Québec, les Québécois, se profile une multitude de sujets potentiels : d’une part, espace géographique, juridique et politique ; d’autre part, société dont la structure et la culture évoluent avec le temps. L’Histoire de Létourneau ne met pas l’accent sur la transformation des attributs formels de l’État-Québec, mais plutôt sur l’évolution des éléments et des conceptions de l’identité collective des Québécois. Le sous-titre suggère davantage une trajectoire sinueuse à travers l’avenir qu’un chemin prédestiné ou logiquement déterminé. Létourneau relègue en arrière-plan les tempêtes transitoires des guerres, relations internationales, révolutions, politiques fédérales et provinciales, pour privilégier les tensions nationales ou de voisinage créées par la complexité de la gestion des choix sociaux, économiques et culturels. Une fois agrégés, ce sont ces choix qui façonnent l’identité collective et le changement historique. Tout cela, c’est ce qu’on appelle l’Histoire écrite pour être utilisée. Pour comprendre son présent et imaginer son avenir, une société doit avoir une idée de son passé. Qui nous a précédés ? Qui sommes-nous ? L’objectif exprimé par Létourneau est clair : donner aux Québécois contemporains un parcours narratif général de leur histoire afin de provoquer une réflexion critique sur les questions fondamentales, y compris la nature même de l’histoire. Par contre, la question « Où allons-nous ? » est évitée. En posant un regard en arrière sur le passage du Québec du passé au présent, Létourneau ne met pas en évidence la ligne droite de la destinée ni un déterminisme idéologique, ni encore — comme on pouvait le voir à une autre époque — une intervention divine. L’Histoire est le produit complexe de l’interaction de forces internes et externes, d’impulsions complémentaires ou contradictoires, de mouvements sociaux et …