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Comptes rendus

GRIFFITHS, N. E. S., From Migrant to Acadian. A North American Border People, 1604-1755 (Montreal, McGill-Queen’s University Press, 2005), xiii-633 p.[Notice]

  • Béatrice Craig

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  • Béatrice Craig
    Département d’histoire
    Université d’Ottawa

N. E. S. Griffiths est une autorité dans le domaine de l’histoire des Acadiens et de l’Acadie d’avant la déportation de 1755. Cet ouvrage livre le fruit de toutes ses recherches. Le titre From Migrant to Acadien en révèle le thème principal, celui de l’émergence de l’identité acadienne, une question qui la préoccupe depuis ses premiers contacts avec des Acadiens, à l’Université de Londres, il y a un demi-siècle. Au début du xviie siècle, note N. E. S. Griffiths, il n’y avait pas d’Acadiens, même s’il y avait des Européens résidant en Acadie. Cent cinquante ans plus tard, ces mêmes résidants se considéraient d’abord et avant tout comme « acadiens ». Ce sens de leur identité propre leur aurait permis de survivre, en tant que communauté culturelle, aux événements de 1755-1763. Comment les Français résidant en Acadie sont-ils devenus des Acadiens en un laps de temps relativement court ? N. E. S. Griffiths reprend ici les facteurs d’explicaton identifiés dès 1992 dans son Context of Acadian History. Mais son nouvel ouvrage fait bien plus que développer les trois premiers chapitres du livre précédent. Cette identité acadienne précoce aurait été le produit d’un environnement physique, humain, économique et surtout politique très particulier. Environnement physique : la mise en valeur des prés salés et la construction et l’entretien d’un réseau de digues (aboiteaux) exigeaient un fort niveau de coopération entre les membres de la communauté. Environnement humain : la, puis, les communautés acadiennes étaient liées entre elles par des réseaux familiaux en place dès la fin du xviie siècle. Ces réseaux incluaient aussi des couples Européens – Mi’kmaq et des familles métisses, qui renforçaient les liens entre les communautés acadiennes et amérindiennes. Dans une moindre mesure, des mariages lièrent les Acadiens aux Britanniques de la garnison d’Annapolis après 1714. Ces liens distinguaient les Acadiens de la 2e ou 3e génération de leurs ancêtres français. Environnement économique : l’agriculture était la base de l’économie des communautés acadiennes, mais celles-ci n’auraient pu survivre sans s’adonner au commerce. Même avant 1714, le partenaire dominant fut rapidement la Nouvelle-Angleterre. Après la cession, les Acadiens continuèrent à commercer avec les Français, surtout avec ceux établis sur L’île Royale, plus proche. Environnement politique : jusqu’en 1714, la France fut aussi peu capable de solidifier les liens institutionnels avec la colonie que les liens économiques. Par conséquent, les colons mirent sur pied des formes de relations sociales propres à assurer leur survie, en s’appuyant sur leurs réseaux familiaux. La juridiction toujours incertaine de la France et de l’Angleterre conduisit les Acadiens à investir peu dans leurs relations avec les autorités de l’une ou de l’autre. Au moment de la cession définitive à la Grande-Bretagne, les Acadiens, habitant d’une zone tampon, s’étaient mis dans la tête qu’ils avaient le droit de contrôler leur vie économique et sociale. L’identité acadienne était arrivée à maturité. Celle-ci parut confirmée par la pratique, immédiatement adoptée par les Britanniques, de choisir au sein de chaque communauté des délégués qui s’exprimaient au nom du groupe. Ce sentiment d’être un groupe distinct ne pouvait que mener à un conflit avec les autorités, qu’elles aient été françaises ou britanniques d’ailleurs. La longue paix qui s’installa jusqu’en 1739 dissimula le malentendu sur lequel s’instaurèrent les relations entre les Acadiens et les Britanniques (et entre Acadiens et Français dans les territoires restés sous contrôle français). Les Acadiens, par l’intermédiaire de leurs délégués, prirent l’habitude de ne pas acquiescer aux ordres sporadiques et rarement suivis d’effets des autorités, mais de les interpréter comme un signe d’ouverture à la discussion (p. 455-463). Cette attitude exaspérait les Français …