Comptes rendus

PARENT, Alain, Entre empire et nation. Les représentations de la ville de Québec et de ses environs, 1760-1833 (Québec, Les Presses de l’Université Laval, 2005), 272 p.[Notice]

  • Stéphanie Chaffray

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  • Stéphanie Chaffray
    Université Paris IV-Sorbonne
    Université Laval

Entre empire et nation porte sur les gravures et aquatintes représentant la ville de Québec réalisées à partir des oeuvres de militaires artistes au cours des premières décennies du Régime britannique. Cette étude de « géographie historique et culturelle » basée sur la recherche doctorale du géographe Alain Parent, montre que la représentation de Québec se construit à la fois sur le projet impérial et sur l’idée de nation. Cette question passionnante suscite actuellement un intérêt marqué dans la recherche puisque l’historien John Crowley consacrait récemment un article à l’utilisation des représentations de la Nouvelle-France dans le discours impérial britannique (« “Taken on the Spot” : The Visual Appropriation of New France for the Global British Landscape », Canadian Historical Review, 86,1 (2005) : 1-28). L’ouvrage, organisé de façon chronologique, retrace l’évolution de la représentation de Québec à travers les oeuvres de plusieurs militaires artistes britanniques au service de l’armée impériale. On pourrait relever un léger déséquilibre au niveau du plan. Un long premier chapitre (d’une cinquantaine de pages) décrit le cadre théorique de l’étude. Le second, d’une centaine de pages, couvre les gravures produites entre 1760 et 1768, tandis que le troisième et dernier chapitre décrit, en environ 70 pages, celles réalisées de 1780 à 1833. Cette division surprend également le lecteur puisque l’auteur distingue trois périodes dans la figuration de la ville de Québec : la première englobant les années 1760, la seconde, les années 1780 à 1796 et la troisième, enfin, les années 1830. Le premier chapitre décrit clairement l’état de la question, la problématique ainsi que l’approche méthodologique. Dans le vaste corpus iconographique sur Québec, l’auteur a sélectionné une quarantaine d’oeuvres, publiées à Londres entre 1760 et 1833, réalisées exclusivement d’après les esquisses ou aquarelles d’artistes ayant été de passage dans la colonie. L’auteur analyse ces gravures non pas comme des images réalistes, mais comme des « constructions culturelles du visible » (p. 6), reflétant à la fois les objectifs et les aspirations impériaux de certains groupes, et les évolutions culturelles et politiques de la société métropolitaine. Partant du concept d’« intentionnalité », qu’il définit comme l’étude des conditions d’apparition d’une oeuvre, l’auteur met en avant le rôle des acteurs, et l’importance du contexte social de la Grande-Bretagne, des conventions picturales de l’époque, de l’évolution des notions d’empire, de nation et de paysage, qu’il confronte au contenu iconologique et iconographique des gravures. Il se demande comment l’usage des gravures a évolué au cours des premières décennies de la colonisation britannique. Le deuxième chapitre présente les gravures publiées dans les années 1760. L’image de Québec se met en place avec les gravures de Hervey Smyth, qui accordent une place prépondérante aux préoccupations militaires, à l’héroïsme et à la maîtrise du territoire. La ville devient une représentation symbolique de la victoire grâce à l’aspect sauvage et à l’immensité, traduisant les idées de sublime, de liberté et d’héroïsme. Chez Richard Short, dont les thèmes les plus marquants sont la maîtrise des lieux, la puissance et l’anticatholicisme, le regard se tourne vers l’intérieur de la ville et vers les destructions causées par la guerre, symboles de la fin de l’empire français. Québec, présentée comme une ville occupée par l’armée, exprime ainsi l’éclosion du nationalisme britannique : elle devient un « paysage symbolique des aspirations de la Grande-Bretagne à l’hégémonie » (p. 157). Cette tendance est confirmée par les gravures de Scenographia Americana qui promeuvent l’appropriation des lieux par une image rassurante de Québec. Le troisième chapitre a pour cadre temporel les années 1780 à 1833, période délicate pour l’empire britannique, ébranlé par l’Acte de Québec et par la …