Comptes rendus

SAILLANT, Francine et Alexandrine BOUDREAULT-FOURNIER (dir.), Afrodescendances, cultures et citoyenneté (Québec, Les Presses de l’Université Laval, 2012), 244 p.[Notice]

  • Nathalie Dessens

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  • Nathalie Dessens
    Université de Toulouse 2

Deux éditions du séminaire tenues au Musée de la civilisation à Québec en 2010 et 2011 (proclamée année internationale des Afro-descendants par l’ONU) sont à l’origine de l’ouvrage Afrodescendances, cultures et citoyenneté. Organisé par le Centre interuniversitaire d’études sur les lettres, les arts et les traditions (CELAT) de l’Université Laval, ce séminaire s’inscrivait dans le projet international Esclavage, mémoire, citoyenneté piloté par Paul Lovejoy (York University). C’est le fruit des débats qui s’y sont déroulés que l’ouvrage donne à lire. Il explore des pistes importantes sur les réalités mémorielles et culturelles des Afro-descendants selon des problématiques pertinentes qui mettent en tension de façon originale les questions mémorielles et culturelles avec celles de la citoyenneté et des réparations. L’ouvrage adopte une perspective transaméricaine féconde, avec pour objet, tour à tour, le Brésil, Haïti, la Guyane, la Martinique, la Guadeloupe, Cuba et les États-Unis. Une autre des forces de cet ouvrage vient de sa transdisciplinarité ; s’y côtoient et dialoguent historiens, archéologues, anthropologues, ethnologues, spécialistes de littérature, de peinture ou de danse. Une introduction claire et efficace plonge le lecteur dans la problématique et trace l’agencement de l’ouvrage selon trois axes ; « Enjeux de mémoire », « Culture, mémoire, citoyenneté » et « Enjeux de citoyenneté ». Les regroupements sont logiques et permettent de tirer le meilleur parti des articles. L’on peut regretter toutefois que les articles n’aient pas été mis dans l’ordre qu’annonçaient les coordinatrices de l’ouvrage et que, comme le démontre clairement la table des matières, le cheminement logique qu’elles avaient envisagé ne soit pas celui dans lequel apparaissent les articles. Des articles passionnants suivent cette introduction claire. Quatre traitent du Brésil selon diverses perspectives, se répondant et s’explicitant les uns les autres. Celui de Hebe Mattos et Martha Abreu, « Mémoires de l’esclavage, culture afro-brésilienne et citoyenneté », s’intéresse aux réparations matérielles (octroi de titre de propriétés collectives aux anciennes communautés quilombolas) et symboliques (classement de 1342 communautés comme patrimoine culturel brésilien) mises en oeuvre par le gouvernement brésilien. Francine Saillant, quant à elle, étudie les pratiques de deux artistes engagés (une chorégraphe et un photographe) à Rio de Janeiro, mettant en évidence la nécessaire reconnaissance de la culture afro-brésilienne comme forme de réparation collective. Jorge P. Santiago examine la racialisation persistante du milieu musical urbain brésilien, suggérant des pistes fertiles de recherche pour les anthropologues en lien avec ces questions de mémoire et de réparations. Jacques d’Adesky, enfin, revient sur l’héritage colonial générateur d’infériorité pour les Afro-Brésiliens et examine le recours à l’« authenticité » (authenticité en conformité et authenticité créative) dans la revendication d’une identité par la communauté. La Caraïbe est aussi largement couverte par les auteurs de ce volume. Jhon Picard Byron réinterprète l’oeuvre de Jean Price-Mars au prisme de l’identité culturelle et de la construction de la citoyenneté en Haïti. Réginald Auger et Catherine Losier suggèrent, au travers d’un cas particulier, celui de l’habitation Loyola, en Guyane, que la mémorialisation de l’esclavage pourrait se faire au travers de sites archéologiques, pour une meilleure articulation entre le passé esclavagiste et la mémorialisation présente. L’article de Christine Chivallon, « Plus républicains que la République », s’intéresse au procès des participants à l’insurrection qui s’est déroulée à la Martinique en 1870, démontrant l’efficacité de la domination coloniale à imposer une matrice raciale au moment même où le républicanisme donnait aux victimes de l’ordre racial les moyens de la contester. Une incursion se fait également à Cuba, dans l’article « Black is beautiful façon cubaine » d’Alexandrine Boudreault-Fournier où il est question des rappeuses de Santiago et de la façon dont elles se positionnent dans une …