Note critique. Une affaire complexeDenise Robillard, Monseigneur Joseph Charbonneau. Bouc émissaire d’une lutte de pouvoir (Québec, Les Presses de l’Université Laval, 2013), 506 p.[Notice]

  • Matteo Sanfilippo

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  • Matteo Sanfilippo
    Università della Tuscia (Viterbe, Italie)

Depuis 25 ans, Denise Robillard a touché à plusieurs points controversés de l’histoire religieuse québécoise du milieu du XXe siècle. Il est inutile de rappeler son important travail sur le cardinal Paul-Émile Léger, sinon pour signaler qu’elle y posait déjà la question autour de laquelle tourne le présent ouvrage : « Pourquoi Mgr Charbonneau a-t-il quitté Montréal ? » Dans Monseigneur Joseph Charbonneau. Bouc émissaire d’une lutte de pouvoir, le chapitre dédié au mythe de Joseph Charbonneau (1892-1959) montre comment l’ancien évêque de Montréal a été élevé, dans la conscience commune, au statut d’un des grands précurseurs du nouveau catholicisme québécois, même s’il ne l’était pas ou, en tout cas, pas complètement. En bonne historienne et bonne journaliste, Robillard croit qu’il y a une histoire plus complexe à raconter. Pour retracer cette histoire, Robillard a travaillé pas moins de 20 ans, ce qui est en quelque sorte sa « marque de commerce » comme chercheuse : le volume sur Léger a d’abord été présenté et défendu en tant que thèse de doctorat en 1975, puis retravaillé de nombreuses fois pour publication avant de paraître en 1993. Il faut dire que l’histoire de l’Église catholique au XXe siècle (que cette histoire soit québécoise, canadienne ou nord-américaine) a besoin de cette « lenteur », car les archives pertinentes n’ont été ouvertes qu’avec parcimonie, alors même que, dans leurs Mémoires, les protagonistes de plusieurs épisodes de cette histoire en donnaient des explications variées, parfois contradictoires. Dans le cas de Mgr Charbonneau, plusieurs historien(ne)s ont espéré que l’ouverture des séries vaticanes allait confirmer ou infirmer certaines explications, mais, pour le moment, les Archives du Vatican ne sont consultables que jusqu’à la mort de Pie XI, c’est-à-dire jusqu’au 10 février 1939. Robillard a donc utilisé des sources canadiennes et québécoises pour reconstituer la vie de son personnage. La liste de ces sources est impressionnante : les archives des diocèses de Montréal et d’Ottawa, de Rimouski et de Sherbrooke, de Nicolet et de Toronto, mais aussi de l’Assemblée des évêques du Québec et des ordres religieux au Québec et au Canada (Dominicains, Jésuites, Oblats de Marie Immaculée, Soeurs de la Providence, Soeurs de Sainte-Anne) et de leurs membres (Georges-Henri Levesque, o.p., par exemple). Sans parler des séries de la Bibliothèque et Archives Canada, du Centre de recherche en civilisation canadienne-française d’Ottawa, des Universités de Montréal et Laval, du Centre de recherche Lionel Groulx et du Fonds Maurice-L.-Duplessis de Trois-Rivières. Elle a travaillé aussi dans les archives privées de la famille Charbonneau et a interviewé tous les témoins encore vivants au moment de la préparation de son livre. À partir de ce millier de documents (mais on doit y ajouter ce qu’elle a repéré en dépouillant la presse de l’époque, ainsi que plusieurs revues et bulletins religieux), Robillard a écrit une biographie très traditionnelle, quelques fois, oserions-nous dire, trop traditionnelle et trop détaillée. Cela n’empêche pas son livre de constituer un véritable roman policier, la question « Pourquoi Mgr Charbonneau a-t-il quitté Montréal ? » poussant le lecteur à continuer la lecture en se demandant ce qui a bien pu forcer l’évêque à donner sa démission. Par conséquent, même si le texte est un peu long, on ne l’abandonne pas et on cherche page après page les indices qui pourraient permettre de trouver le(s) coupable(s). Dans les pages du livre, la vie de Charbonneau est exposée très progressivement à partir de l’implantation de sa famille dans l’est de l’Ontario, de la jeunesse franco-ontarienne du personnage, de sa formation au Canada (Ottawa et Montréal), aux États-Unis (Université Catholique de Washington) et en …

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