Comptes rendus

Lacasse, Danièle et Bruce Hodgins, Le père Paradis, missionnaire colonisateur (Québec, Les Presses de l’Université Laval, 2014), 290 p.[Notice]

  • René Hardy

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  • René Hardy
    CIEQ, Université du Québec à Trois-Rivières

La carrière du père oblat Charles-Alfred-Marie Paradis, missionnaire colonisateur au Témiscamingue et dans le nord de l’Ontario, fascine et ne laisse personne indifférent. L’homme sème la discorde partout où il passe. Ses supérieurs, excédés par ses entêtements et ses écarts de conduite, le considèrent comme « un fou, un imaginaire, un brûlé, un écervelé ». Il a mené une carrière rocambolesque et pourtant bien réelle, se portant sans retenue à la défense des colons, affrontant en justice les barons de la forêt ou enfreignant les ordres de ses supérieurs au prix de l’expulsion de la communauté, puis de l’interdiction de célébrer la messe. Homme d’action aux multiples talents, doté d’une vigueur et d’une résistance physique hors du commun, le père Paradis s’investit à fond dans le projet de sa vie, la colonisation du nord. Sa biographie nous conduit dans de multiples directions, certaines porteuses de découvertes, d’autres plus connues, ici l’idéologie des prêtres colonisateurs, là, les missions dans les chantiers forestiers de l’Outaouais, vers l’exploration du territoire et la fondation de paroisses, là encore, les démêlés judiciaires et politiques de Paradis. Après ses études classiques au collège de Sainte-Anne-de-la-Pocatière, à 23 ans, en 1871, Paradis entre au noviciat des Oblats à Lachine. En 1873, on l’assigne à l’enseignement au collège d’Ottawa tout en poursuivant des études théologiques jusqu’à son ordination en 1881, à 33 ans. Après neuf années d’enseignement, la communauté l’affecte aux missions amérindiennes, ce à quoi il s’était préparé durant ses années d’enseignement en profitant des vacances à la maison des Oblats à Maniwaki pour apprendre la langue algonquine, assister les missionnaires et s’initier aux rudesses de la vie en forêt. Ordonné prêtre, on lui confie la mission Saint-Claude au lac Témiscamingue. Mais avant de s’y rendre, il visite les chantiers de l’Outaouais et nous laisse des dessins d’une précision photographique. Sa description de l’intérieur de la cambuse, cette habitation rustique faite de bois rond où les bûcherons vivent, mangent et dorment dans la promiscuité autour d’un feu continuellement allumé et qui évacue sa fumée par une ouverture dans la toiture, demeure à ma connaissance un témoignage unique sur les conditions de vie des bûcherons du XIXe siècle. D’ailleurs, pendant toute sa carrière et partout où il a oeuvré, Paradis a eu le souci de dessiner avec talent les paysages et l’état des lieux pour faire la promotion de son oeuvre de colonisation en faisant publier ses reportages illustrés, en particulier dans L’Opinion publique, Le Monde illustré et Canadian Illustrated News. Ses missions dans les chantiers convainquent Paradis de tenter de persuader la jeunesse canadienne-française d’abandonner ce travail saisonnier qui, à son dire, « abrutit » la « race » et l’« épuise au service des barons de l’industrie forestière ». Dès lors, le missionnaire se fait colonisateur et le Témiscamingue devient sa terre de prédilection. Il parcourt la région en tous sens, attentif à la qualité des sols et aux avantages qu’en tireraient les colons. Par son action sur le terrain, par ses contacts avec les hommes politiques pour construire des voies d’accès, par ses articles dans les journaux et l’appui des ultramontains zélateurs de la colonisation, il ouvre littéralement le Témiscamingue. Ce livre fait une belle part aux expéditions du père Paradis à la découverte des territoires à coloniser. Les lecteurs peu familiers avec cette géographie s’y seraient certainement perdus si les auteurs n’avaient pas eu le souci de présenter trois cartes détaillées qui permettent de suivre le missionnaire à la trace et d’apprécier les difficultés de ces longues marches en raquette et de ces randonnées en canot avec portage. La part principale …