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Comptes rendus

Gattinger, Monica, Les fondements de la culture. Le pouvoir de l’art. Les soixante premières années du Conseil des arts du Canada (Montréal et Kingston, McGill-Queen’s University Press, 2017), 216 p.[Notice]

  • Andrée Fortin

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  • Andrée Fortin
    Département de sociologie, Université Laval

Dans les remerciements, l’auteure explique que si le livre est une commande à l’occasion de l’anniversaire du Conseil des arts, on lui a laissé toute latitude en ce qui concerne le contenu et qu’elle s’est assurée dès le départ de sa liberté académique. Il n’empêche, dès les premières pages, que l’impression s’installe de lire un rapport annuel, car le livre s’ouvre avec la présentation, longue et très élogieuse, des locaux du Conseil. Ce sentiment ne nous quitte jamais totalement, dans la mesure où le livre est – notamment – un plaidoyer pour établir la pertinence, voire la nécessité de ce Conseil. L’effet « rapport annuel » est renforcé par la présentation, au fil des chapitres, des présidents et directeurs successifs : tout le monde qui travaille ou a travaillé au Conseil est vraiment formidable ; par exemple, « Karen Kain [présidente du Conseil 2004-2008] est l’incarnation de l’assurance gracieuse, de l’intelligence calme, de l’humilité élégante et de l’intention réfléchie » (p. 128). Qu’il s’agisse d’une commande explique par ailleurs pourquoi le livre a été si rapidement traduit en français, pourquoi il a été publié sur papier glacé et comporte un grand nombre de photographies d’oeuvres et de membres du personnel. L’ouvrage est structuré autour de cinq tensions au coeur de l’existence du Conseil, « entre l’art pour l’art et la poursuite d’objectifs plus larges par le biais des arts ; entre la réponse aux besoins des artistes et ceux de la société canadienne ; entre les formes d’art établies et émergentes ; entre « leadership » et « followership » ; entre l’autonomie organisationnelle et la collaboration avec d’autres entités publiques » (p. 71). La discussion autour de l’autonomie organisationnelle met en lumière l’originalité du Conseil des arts du Canada, qui profite d’héritages ou d’influences multiples. L’autonomie du Conseil par rapport au gouvernement est inspirée de la Grande-Bretagne ; cette autonomie s’est maintenue au fil des ans, non sans quelques difficultés comme Gattinger le montre bien. L’influence américaine se manifeste à travers les fonds de dotation privés, très présents dans les premières années, mais désormais réduits à une fraction minime du budget. De la France, le Conseil retient une conception large de l’art englobant toutes les manifestations de la culture ainsi que l’éducation. En effet, l’organisme devait administrer lors de sa fondation plusieurs subventions et bourses dont s’occupe désormais le CRSH. Cela dit, la conception de l’art n’a cessé d’évoluer et de s’élargir, et le Conseil s’est graduellement ouvert à de nouvelles disciplines artistiques, à l’interdisciplinarité, ainsi qu’aux arts des Premières Nations et « de la diversité culturelle ». Cet élargissement de la définition de l’art, et conséquemment de l’action du Conseil, n’est pas sans susciter des controverses mettant à mal son autonomie, ce dont le livre offre quelques exemples. Le contexte social et politique dans lequel évolue le Conseil est tracé dans le chapitre 2, à travers ce qu’on pourrait qualifier de brève histoire du Canada. Le contexte institutionnel est pour sa part caractérisé par des débats de juridiction avec les provinces et notamment le Québec, alors que le ministère du Patrimoine empiète un peu sur les activités du Conseil, thèmes sur lesquels l’auteure aurait pu insister davantage. Le contexte culturel et artistique se profile pour sa part en filigrane, et si le Conseil s’est ouvert graduellement à l’interdisciplinarité, ce n’est pas par myopie lors de sa fondation ; la refonte récente des quelque 100 programmes en 6 uniquement reflète non pas une logique administrative mais des changements dans le monde artistique, qui font passer l’accent de « la démocratisation de la culture (l’accès) à la démocratie culturelle (la …