Comptes rendus

Bouchard, Gérard, Les nations savent-elles encore rêver ? Les mythes nationaux à l’ère de la mondialisation (Montréal, Boréal, 2019), 440 p.

  • Bernard Gagnon

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  • Bernard Gagnon
    Université du Québec à Rimouski

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Couverture de Volume 74, numéro 3, hiver 2021, p. 5-119, Revue d’histoire de l’Amérique française

Prolongeant vingt ans de travaux sur les imaginaires et les mythes sociaux, Gérard Bouchard consacre son dernier opus aux mythes nationaux. Sa démarche entrecroise l’histoire des idées, la sociologie des mythes, les études comparatives et un regard critique et humaniste sur l’état présent de nos vies nationales. Le livre se distingue par un engagement envers un renouvellement des mythes nationaux à l’ère de la mondialisation, car aucune société ne peut vivre sans fondement symbolique. Ce qui caractérise le travail de Bouchard, c’est la trame savante qui nourrit ses réflexions et prises de position. Quel est le rôle des mythes nationaux ? Par quel procédé prennent-ils forme ? Quels sont leurs effets structurants sur les destinées nationales ? Voilà quelques questions auxquelles répond l’ouvrage. Pour ce faire, l’historien reprend ses travaux théoriques sur les mythes sociaux. Selon la sociologie, les collectivités s’abreuvent de mythes qui, en anthropologie, répondent au désir humain de transcendance. Bouchard insiste sur le rôle des émotions dans la formation des imaginaires collectifs, mais également sur le rôle des acteurs (tout particulièrement des élites) dans leur production et leur diffusion. Les mythes sont un « alliage de raison et d’émotion » (p. 14) qui agissent en amont des valeurs, des idéaux, des visions du monde propres à une collectivité. La spécificité des mythes nationaux, par rapport aux autres mythes sociaux, tient au fait qu’ils « offrent une sécurité […] et favorisent le maintien d’une solidarité » (p. 31) et participent au fondement symbolique de l’ensemble de la société et à la formation du lien social, malgré les forces contraires. « Les cultures nationales » qui s’y abreuvent « favorisent la formation d’une appartenance, d’une solidarité et d’une confiance mutuelle qui, en retour, facilitent la négociation de consensus et de mobilisations autour d’idéaux collectifs » (p. 364). Bouchard illustre ses propos de nombreuses expériences nationales. La comparaison entre ces imaginaires collectifs appuie d’ailleurs l’une des thèses de l’ouvrage : le contraste entre la structure formelle et universelle des mythes nationaux et l’emploi que les nations en font pour se démarquer. Même dans ce qu’ils ont de plus « intérieur », dans leur dimension psychique, les mythes peuvent être l’objet d’une typologie. Les nations, précise l’auteur, se différencient les unes des autres en puisant dans un bassin commun d’archétypes (cycle millénariste, peuple élu, renaissance, reconquête…). Qu’est-ce qui différencie alors les nations ? C’est qu’elles ne partagent pas les mêmes expériences, qu’elles se démarquent par les ancrages et les empreintes de leurs parcours historiques. Ainsi, même si les nations peuvent se reconnaître des valeurs universelles (liberté, égalité, justice), leur sacralisation passe immanquablement par un éthos singulier. « On observe presque partout ce processus d’historisation des valeurs en vertu duquel elles peuvent fonder à la fois une identité particulière, une adhésion aux valeurs universelles et une appartenance à la communauté internationale des peuples. » (p. 61) Au coeur de l’ouvrage, la dynamique entre structure formelle et processus d’historisation s’illustre dans l’étude plus détaillée des imaginaires nationaux des États-Unis, de l’Acadie, du Canada et du Québec. Ces derniers partagent une ossature commune composée de « mythes directeurs », qui expriment la continuité mémorielle, auxquels se greffent selon les expériences vécues des « mythes dérivés » qui, eux, sont plus susceptibles au changement. Lorsque l’arborescence composée des mythes directeurs et dérivés « dégage une grande convergence » (p. 17), animée de « puissants archétypes » (p. 129) et orientée vers un même ensemble de valeurs sacralisées, se forme alors ce que Bouchard nomme des « archémythes » : l’American Dream aux États-Unis ou la Survivance au Québec (1840-1960). De tels arrangements symboliques qui …