animeranimating

Introduction[Notice]

  • Sébastien Denis et
  • Jeremy Stolow

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  • Sébastien Denis
    Université d’Aix-Marseille

  • Jeremy Stolow
    Université Concordia

Dérivé du latin anima, qui signifie « âme » ou « souffle », le verbe « animer » se réfère à l’acte de donner la vie, dont les signes principaux consistent en des mouvements apparemment spontanés et autotéliques de la part de corps ou d’objets matériels normalement inertes. Le désir, ainsi que la capacité technique de « rendre la vie visible à travers le mouvement » reposent sur une logique culturelle peut-être aussi vieille que la civilisation humaine elle-même. « Dès le début, écrit l’historien d’art Hans Belting, les humains ont été tentés de communiquer avec les images comme avec des corps vivants, et ainsi de les accepter à la place des vivants. Dans ce cas, nous animons de fait les médias afin d’expérimenter la vie des images. » L’animation – « le souffle vital » qui nous permet de ressentir les images comme des choses vivantes – doit provenir, selon Belting, des cultes mortuaires préhistoriques, dans lesquels des masques, des costumes, des objets rituels, des statues et d’autres « images » ont servi de substituts aux corps des défunts. C’est grâce à de tels actes d’animation que les morts pouvaient être maintenus présents et visibles parmi les vivants malgré l’absence de leurs corps. Au coeur de l’animation se trouvent des questions profondes et troublantes au sujet de l’authenticité. Un mouvement causa sui peut-il vraiment exister ? Pouvons-nous – nous qui comptons parmi les vivants – réellement fournir le « souffle vital » qui portera le monde inanimé à la vie ? L’animisme, le terme inventé par l’anthropologue victorien E. B. Tylor, fournit une réponse à l’énigme de l’origine de l’animation. Pour Tylor, l’animisme était un produit de l’imagination « primitive », une vision enchantée du cosmos basée sur une « erreur » : celle d’attribuer la vie, l’âme ou l’esprit aux objets du monde naturel. Dans le contexte de l’impérialisme européen et des expéditions des missionnaires chrétiens, le concept d’animisme a ainsi fourni le prisme à travers lequel les non-Européens et les non-chrétiens pouvaient être relégués aux marges du progrès de la civilisation, comme des « survivances sauvages » : ceux qui ne savent pas comment distinguer le créateur du créé, ou le littéral du métaphorique. Mais l’histoire de la fascination des spectacles d’animation suggère que la catégorisation des « êtres vivants » n’a jamais été très claire, non plus que la lecture de tels « signes de vie ». D’un point de vue phénoménologique, ce qui nous apparaît comme un acte de mouvement causa sui ne peut pas être expliqué simplement comme une « illusion » ou comme un problème psychologique de « l’inférence erronée », comme Tylor l’avait imputé aux « sauvages ». Dans cette ligne d’argumentation, il est important de noter qu’au cours des dernières années, un nombre grandissant d’anthropologues et d’historiens, entre autres, ont cherché à réhabiliter la notion d’animisme, en proposant que nous vivions dans un monde où nos suppositions doxiques sur le cosmos, héritées du projet des Lumières d’établir la nature et la culture comme des phénomènes radicalement distincts, avaient échoué; et que nous nous trouvons alors devant une pléthore d’objets qui brouillent les divisions entre la culture et la nature, et entre la vie et la mort. Le récit biblique de la création d’Adam, qui a été façonné d’argile et amené à la vie par le souffle de Dieu, offre une allégorie bien connue pour mettre en lumière les promesses, mais aussi les dangers, de l’animation en tant que technologie qui confère la vie aux objets non vivants. Les efforts visant à « jouer à Dieu » se sont souvent mal terminés pour les protagonistes impliqués dans des tels actes, comme l’illustrent les récits sur la création du Golem, un être anthropomorphique de la culture juive médiévale, également construit d’argile, qui aurait été amené à la vie par des manipulations mystiques de mots sacrés hébraïques; ou ...

Parties annexes