Comptes rendus de lecture

Le modèle Tesla – Du toyotisme au teslisme : la disruption d’Elon Musk, Michaël VALENTIN, Dunod, Paris, 2018, 246 p.[Notice]

  • Sandrine Berger-Douce

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  • Sandrine Berger-Douce
    Professeure de l’Institut Mines Télécom, Mines de Saint-Étienne, Laboratoire Coactis, (EA 4161)

Après le fordisme au début du xxe siècle et ses gains de productivité et le toyotisme dans les années soixante-dix avec l’excellence opérationnelle, quel modèle pour les entreprises du xxie siècle au coeur de l’industrie du futur en France ou de l’industrie 4.0 en Allemagne et au Québec ? Michaël Valentin, consultant fondateur du cabinet Opéo spécialisé en excellence opérationnelle, propose le teslisme comme un système d’organisation disruptif adopté depuis des années chez Tesla aux États-Unis et d’autres entreprises de toute taille dans son sillage. L’auteur débute par une contextualisation du teslisme, notamment quelques rappels historiques. Il précise que chaque révolution industrielle repose sur trois moteurs : un progrès technologique en rupture, des nouveaux besoins dans la société et un modèle adapté d’organisation. Dans cette logique, il s’interroge sur l’identité du « Toyota du 4e âge de l’industrie » ? Pour Michaël Valentin, l’entreprise Tesla née dans la culture du digital et dotée d’une structure capitalistique de startup technologique constitue l’archétype de ce nouveau modèle. Pour autant, il précise dès l’introduction qu’il n’est pas dans ses intentions de faire la promotion de Tesla (d’autant que plusieurs événements récents en ont montré les limites…), mais plutôt d’inciter les entreprises (et les entrepreneurs) à réfléchir à quelques grandes questions liées aux profonds changements à l’oeuvre et qui ont d’ailleurs tendance à s’accélérer pour les guider à devenir des organisations du futur. Le toyotisme ou lean manufacturing place le client final au coeur de toutes les pratiques internes et permet d’obtenir des gains très importants en termes de coûts, de délais de fabrication et de qualité des produits. Néanmoins, ce modèle présente désormais des limites imposées par des évolutions profondes comme l’expansion des réseaux sociaux (et la diffusion virale des informations), la quête de sens des nouvelles générations (Manifeste « Cinq défis pour les usines de demain » publié dans Le Monde du 22 septembre 2018, à l’occasion de L’Usine extraordinaire présentée au Grand Palais à Paris à l’automne 2018), l’exigence d’immédiateté dans les échanges ou encore la demande croissante pour du sur-mesure dans les produits et services… Tous ces défis actuels remettent en cause les fondements du toyotisme qui semble en fin de course… Selon l’auteur, le 4e âge industriel se caractérise par quatre défis majeurs : l’hyperconnexion des machines, des hommes et des produits (les experts estiment qu’en 2020, 50 à 75 milliards d’objets connectés seront disponibles dans le monde !), un progrès technologique exponentiel (suivant la célèbre loi de Moore) imposant une forte agilité des organisations, l’hyperconcentration des marchés (avec comme corollaire le rôle accru des écosystèmes) et la perception de la valeur avec la montée en puissance de l’économie des usages. Pour Michaël Valentin, notre époque est orpheline d’un modèle organisationnel de rupture en capacité de répondre à ces défis majeurs, soit « un modèle connecté, agile, capable d’innover en rupture et d’attirer les talents, mais aussi capable de garantir un équilibre entre l’accélération du progrès technologique et le rythme de développement des compétences. » (p. 33). L’ouvrage est ensuite structuré autour des sept principes fondamentaux du teslisme : l’hyper-manufacturing, la cross-intégration, la software hybridation, la traction tentaculaire, le storymaking, le startup leadership et le men & machine learning (signes d’une terminologie anglo-saxonne empreinte du monde du conseil…). Principe no 1 : l’hyper-manufacturing vise à « augmenter le système industriel pour le rendre frugal, agile, customisable et générateur de valeur collaborative » (p. 41). L’hyper-manufacturing correspond à une montée en version du lean manufacturing pour répondre aux défis du XXIe siècle précédemment cités. Ainsi, une production …

Parties annexes