In Memoriam: Émile Simard[Notice]

  • Emmanuel Trépanier
IN MEMORIAM Emile Simard La Faculté de philosophie est en deuil. L ’un de ses professeurs les plus distingués, M. Emile Simard, est décédé le 29 avril dernier, terrassé en quelques mois par une impitoyable maladie. Face à l’ultime épreuve qui l’atteignait en pleine maturité, il révéla par son courage la grandeur de son âme et la profondeur de sa foi. Emile Simard était né à Saint-Elzéar de Beauce, le 26 mars 1914. Pour faire hommage de son premier volume à la mémoire de son père, il empruntera ce texte à G. Cesbron: « Ln homme de ma campagne, quand il rentrait chez lui, le soir, ralentissait le pas pour sentir sous ses pieds cette terre qui était à lui jusqu’au fond, jus­ qu’aux morts ...» Emile Simard a toujours conservé un lien intime et fort avec cette terre de Beauce, pays de tous les siens. Ses meilleurs moments de détente étaient à retrouver auprès d’eux la sérénité de leurs travaux, l’enchantement des lieux qu’il parcourait, pêcheur ou chasseur, comme au temps de son enfance. Il fit ses études classiques au Collège de Lévis. Brillant élève, il obtint son baccalauréat ès arts en 1934 avec la mention summa cum laude. À l’université, il étudia à l’École normale supérieure, la Faculté des lettres de ce temps, puis à la Faculté de philosophie. Les bibliothèques du 25 rue Sainte-Famille furent véritablement son lieu durant ces quatre années. Il y travailla avec la plus belle régu­ larité et ses talents firent le reste pour lui mériter, en juin 1938, toujours avec mention summa cum laude, les diplômes de licencié ès lettres et de licencié en philosophie. La Faculté de philosophie le retint immédiatement comme professeur. Étudiant, E. Simard avait été gagné par l’enseignement de Charles De Koninck en philosophie de la nature et en philoso­ phie des sciences. Il fut heureux de collaborer à cet enseignement et de poursuivre en ces disciplines ses propres recherches. Dans l’éloge de son regretté maître, il livre à quel point il partageait le même intérêt et le même esprit: « . . .la réflexion sur les sciences naturelles constitue, parmi les multiples aspects de l’œuvre de Charles De Koninck, celui qui m’a le plus marqué. . . Charles De Koninck LAVAL THÉOLOGIQUE ET PHILOSOPHIQUE166 a fait un travail immense pour restaurer l’importance de la philo­ sophie de la nature, pour éveiller chez ses collègues philosophes la nécessité de garder contact avec la science expérimentale, de prendre le temps de s’asseoir et d’écouter attentivement ce que leur dit le savant. » L ’œuvre écrite de E. Simard est de cette inspiration. Ses pré­ occupations iront d’abord à la préparation d’une thèse de doctorat. Amorcée par une année d’étude à l’université d’Harvard comme boursier de la Société royale du Canada, cette thèse sur L’Hypo­ thèse lui vaudra le grade de docteur en philosophie en 1947. Le Laval théologique et philosophique en publia un très large extrait dans son premier numéro de cette même année. Cette these ne fut qu’un premier pas vers une oeuvre d’envergure où M . Simard se proposait de faire « la synthèse des points de vue fondamentaux et des notions assez définitivement établies en philo­ sophie des sciences. » La nature et la portée de la méthode scien­ tifique parut en 1956, volume de 408 pages, édité conjointement par les Presses de l’ Université Laval et la Librairie philosophique Vrin de Parts. Les Éditions Gredos, de Madrid, en publièrent une traduction espagnole en 1961. L ’ouvrage fut accueilli comme un veritable traite ...