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Recensions

Hans Urs von Balthasar, Qui est l’Église ? Présentation et traduction par Maurice Vidal. Saint-Maur, Socomed Médiation – Éditions Parole et Silence (coll. « Cahiers de l’École Cathédrale », 45), 2000, 126 p.

  • Gilles Routhier

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  • Gilles Routhier
    Université Laval, Québec

Corps de l’article

Bien que Balthasar ne soit pas considéré comme un ecclésiologue de premier plan, la pensée de ce théologien connaît une telle réception actuellement que son petit livre sur l’Église mérite une attention spéciale. Grâce à Maurice Vidal qui en assure une bonne présentation, ce volume est aujourd’hui accessible en français. Publiée pour la première fois en 1961, cette étude sur l’Église ne se demande pas « ce qu’est l’Église », mais « Qui est l’Église ? » Poser ainsi la question suppose, comme l’avoue Balthasar, que l’Église est quelqu’un, c’est-à-dire une personne ou « un centre spirituel, de conscience, d’actes libres et raisonnables » (p. 30). Pour lui, cette personne n’est pas un sujet collectif, une personnalité corporative, comme on l’a développé au Moyen Âge, ou le « corps mystique », comme l’a proposé la théologie moderne, une extension de la personnalité du Christ, mais bien un sujet singulier qui, loin d’être la continuation de la personnalité du Christ est plutôt, en suivant la lettre aux Éphésiens, l’épouse du Christ qui se tient vis-à-vis du Christ comme quelqu’un, une personne.

On le devine, la figure sponsale ou nuptiale de l’Église est au coeur de cet ouvrage et l’allégorie de l’épouse, développée par la patristique, fait l’objet de tout le deuxième chapitre au cours duquel Balthasar tente de s’expliquer du faible fondement biblique d’une telle image de l’Église épouse, de l’exploration de l’allégorie dans la patristique, de sa disparition avec la scolastique et de sa reprise aujourd’hui.

Poser la question de l’Église en termes de relation sponsale (mariage : p. 53) entre un sujet personnel et le Dieu personnel nous éloigne forcément de la question « Qu’est-ce que l’Église ? » puisque, dans cette perspective, tout ce qui favorise, rend possible et « caractérise cette rencontre comme rencontre ecclésiale » n’est pas la rencontre elle-même. Ainsi, toutes ces institutions de la vie dans la grâce que sont les sacrements et les ministères sont-elles subordonnées à cette rencontre nuptiale qui se réalise en Marie, subjectivité « féminine et réceptive » capable de correspondre, grâce à l’Esprit de Dieu, à la subjectivité masculine du Christ. En Marie, l’Église trouve son centre personnel, son prototype, si bien que Balthasar a pu écrire que « L’Église est l’unité de ceux qui, réunis autour du oui de Marie […] et formés par lui, sont prêts à laisser la volonté de salut de Dieu se faire, en eux et pour leurs frères » (p. 13). Pierre représente un autre archétype de la foi, « principe masculin ministériel et sacramentel inscrit dans l’Église » (p. 59). Le sujet personnel de l’Église se trouve donc en Marie qui engendre l’Église.

Ce petit livre fort suggestif pose cependant une question de taille, celle de la limite de la métaphore en théologie systématique. Si le langage de la mystique ne peut s’en dispenser, qu’en est-il de la théologie systématique qui affirme et qui, en cela, n’est pas langage métaphorique ni apophatique ?