Vous êtes sur la nouvelle plateforme d’Érudit. Bonne visite! Retour à l’ancien site

Ramón Martínez de Pisón Liébanas, Le péché et le mal. Montréal, Éditions Médiaspaul (coll. « Brèches théologiques », 32), 2000, 184 p.

  • Guy Jobin

…plus d’informations

  • Guy Jobin
    Université Laval, Québec

Corps de l’article

Cet ouvrage d’introduction est destiné aux étudiants en théologie et aux membres du public désireux de connaître la pensée théologique post-Vatican II sur les thèmes du péché, de la souffrance et du mal. Pour chacune de ces questions, l’A. présente de manière claire et concise les grandes orientations de la théologie contemporaine. Le traitement de ces questions s’appuie principalement sur les données de l’exégèse actuelle, notamment pour la question du péché. Les thèmes de la souffrance et du mal sont l’occasion pour l’A. de présenter la pensée du prêtre suisse Maurice Zundel, son auteur de prédilection. L’objectif de l’ouvrage est donc de présenter les avancées récentes du discours théologique sur ces questions tout en s’éloignant des discours culpabilisants d’une pastorale de la peur, lesquels ont marqué jusqu’à récemment le discours ecclésial.

L’ouvrage est divisé en sept chapitres : les quatre premiers portent sur la question du péché, les deux suivants sur la souffrance et la mort ; le dernier est un essai théologique sur le mal. Le premier chapitre relativise la fixation culpabilisante sur le péché en affirmant avec force l’antériorité de l’amour gracieux de Dieu, manifesté dans la bonté de la création, la finalité perfectionniste de la relation de l’être humain avec Dieu (devenir à son image et à sa ressemblance), dans la gratuité de l’alliance, de la libération et du salut offert dans et par le Christ. Le second chapitre est une méditation sur la répercussion subjective du péché. L’A. y souligne que la conception légaliste du péché comme infraction à une loi ne tient plus. Le péché est d’abord une rupture consciente et volontaire par l’être humain de sa relation à Dieu, laquelle est médiatisée par les relations envers soi-même, les autres et la nature (p. 49). Le troisième chapitre aborde la question délicate mais ô combien grevée d’une charge culpabilisatrice : le péché originel. L’A. en montre d’abord le dérapage ontologique (p. 66) et théologique, puis l’abandonne au profit de la notion de péché des origines défini comme la situation existentielle de péché qui précède toute vie individuelle. La fin de ce chapitre traite de ce que l’A. nomme « péché du monde ». L’expression désigne les répercussions collectives et structurelles du péché. À notre avis, l’expression « péché du monde », bien que d’origine néo-testamentaire, n’est pas la plus adéquate pour nommer la réalité supra-individuelle du péché. L’expression « structure de péché » ou encore « péché structurel » souligne mieux, croyons-nous, que ce type de péché résulte de l’action humaine, alors que celle utilisée par l’A. peut prêter flanc à une autre forme d’ontologisation. Le quatrième chapitre porte sur la réponse de Dieu face au péché individuel et collectif. C’est autour de l’offre gratuite de pardon et de l’appel à la conversion du coeur que l’A. développe sa réflexion. La conversion est d’abord conçue comme le changement d’une attitude fondamentale, comme une ouverture à l’amour de Dieu avant d’être incarnée dans des comportements spécifiques. Sans y faire explicitement référence, c’est la thématique de l’option fondamentale, plutôt qu’une approche légaliste et/ou déontologiste qui se manifeste ici.

L’influence zundélienne, plus discrète auparavant, se fait plus résolument sentir dans les trois derniers chapitres. Le thème de la souffrance (chap. 5) est abordé selon une approche individuelle existentielle ayant pour but de remettre en question le réflexe rationnel de la justification de l’existence de la souffrance par la théodicée. Pour l’A., la souffrance, tout comme la mort et le mal, ne sont pas des réalités voulues par Dieu et que l’on peut tenter d’expliquer rationnellement. Ce sont des situations qui invitent l’être humain à un investissement éthique, à un engagement dans l’action : 1) combattre les maux et souffrances causés par l’être humain ; 2) humaniser la mort et la réintégrer de façon signifiante dans une conception de la vie où la contingence et la finitude humaines ne sont pas synonymes de « salaire du péché ». Cette dernière attitude et rendue nécessaire parce que, selon l’A., la société contemporaine occulte la mort (p. 142-149).

C’est dans un langage passionné que l’A. discute de ces thèmes. Il cherche, avec raison, à miner, à saper le dolorisme et le masochisme religieux qui ont défiguré la finitude inhérente à la nature humaine, le déontologisme qui a masqué, sous une forme théologique légaliste, le véritable visage du péché — la rupture d’une relation vivifiante —, et, enfin, la résignation stoïque qui a, à son tour, oblitéré autant la compassion active devant la souffrance et la mort que l’obligation de combattre le mal causé par des structures politiques, économiques ou patriarcales injustes. Au passage, l’A. critique certaines formules du Catéchisme de l’Église catholique de 1992 qui entretiennent ces attitudes jugées maintenant inadéquates.

Cet ouvrage convient parfaitement à toute personne désirant s’initier aux vastes thèmes du péché et du mal. Il est une excellente entrée en matière. On notera au passage la portion congrue réservée au péché structurel tant l’accent est mis sur une approche existentielle et individuelle du péché. Notons également que plusieurs articles et ouvrages cités dans les notes ne sont pas indiqués dans la bibliographie finale.