Recensions

Régis Burnet, Épîtres et lettres Ier-IIe siècle. De Paul de Tarse à Polycarpe de Smyrne. Paris, Les Éditions du Cerf (coll. « Lectio divina », 192), 2003, 458 p.[Notice]

  • Danielle Jodoin

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  • Danielle Jodoin
    Université de Montréal

Il s’agit de la version retouchée et actualisée d’une thèse doctorale soutenue en 2001, sous la direction de MM. Panier et Le Boulluec. L’ouvrage de Burnet a de quoi séduire. L’auteur veut étudier les lettres pour ce qu’elles sont, soit des lettres, et non pas les confondre avec des traités théologiques ou des discours. Mais puisque la lettre antique, propice à transmettre des sentiments personnels, n’était pas a priori un genre propre à assumer le fondement d’une nouvelle religion, l’auteur se demande pourquoi les premiers auteurs chrétiens ont choisi le genre épistolaire et quelles transformations ils lui ont fait subir pour transmettre leurs synthèses théologiques. Le corpus choisi s’étend des lettres canoniques (Paul, Jacques, Jude, Jean, Pierre, Hébreux) aux écrits des « Pères apostoliques » (Ignace d’Antioche, Clément de Rome, Barnabé, Polycarpe), considéré comme un ensemble autonome aux caractéristiques semblables. Ce choix est judicieux, parce qu’il fait prendre conscience qu’en dehors du Canon, d’autres textes ont subi les mêmes influences. L’auteur part du présupposé que « la spécificité des épîtres du premier christianisme réside avant tout dans la radicale nouveauté de leur énonciation » (p. 12). Effectivement, toutes les lettres du Nouveau Testament prétendent communiquer la Bonne Nouvelle du salut réalisé en Jésus Christ et définir les comportements nouveaux qu’impose cette Révélation. Comme méthode, l’auteur veut rendre compte : 1) du plan contextuel (en analysant l’articulation entre texte et situation dans les différentes épîtres par la méthode historico-critique) ; 2) du plan textuel (en repérant les modes de l’énonciation épistolaire) ; pour ensuite 3) étudier les lettres par une méthode comparatiste, dont l’auteur toutefois ne définit jamais les contours. L’ouvrage est divisé en quatre parties. La première pose les bases de la pratique épistolaire antique en s’interrogeant sur les particularités de la lettre. Sur le plan théorique, la lettre est une communication complexe dont la simplicité n’est qu’apparente et dont la finalité première est de vaincre la distance. Sur le plan historique, l’épistolaire antique se déploie dans la contrainte : le style oblige à la simplicité et l’agencement doit comporter une série de formules convenues. D’où la deuxième partie sur la pratique paulinienne, qui constitue le coeur de l’ouvrage autour duquel le reste gravite : La troisième partie regarde l’impact de la pratique épistolaire paulinienne qui surgit par la pseudépigraphie. Contrairement à ce que l’on pense généralement, l’auteur démontre que la notion de propriété intellectuelle était parfaitement reconnue dans les premiers siècles de notre ère. On croyait qu’il pouvait exister un « faux » noble, forgé pour garantir ce que l’on estimait être l’héritage d’un grand homme sous forme originelle ou actualisée. Col, Ép, 1-2 Tm, Tt et 2 Th, écrits pseudépigraphes, se voudraient une adaptation autant du contenu de l’énoncé que de l’énonciation, autant des figures de l’énonciateur que du destinataire. La quatrième partie s’intéresse aux successeurs de Paul. Ont-ils repris le style de Paul ? Ici, aucune règle ne semble vraiment tenir. 1 P présente toutes les caractéristiques d’une épître pseudépigraphique cherchant à actualiser un message en le plaçant sous l’autorité d’une figure apostolique elle-même actualisée. Étrangement, 2 Jn et 3 Jn renouent avec la pratique épistolaire traditionnelle : lettres courtes se substituant à une communication orale. Barnabé, 1 Clément, Jd, 2 P et 1 Jn, bien qu’adressées à un destinataire, n’ont pas de formulaire épistolaire et n’utilisent aucun des thèmes propres de l’épistolaire. Elles abandonnent les préoccupations épistolaires au profit de préoccupations morales, théologiques ou philosophiques. Ce sont les Lettres d’Ignace qui forment un corpus s’inspirant le plus de Paul. Le survol se termine avec les lettres de Polycarpe qui seraient l’achèvement de la …