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Recensions

Jan Grootaers, Rome et Genève à la croisée des chemins (1968-1972). Un ordre du jour inachevé. Préface de Konrad Raiser. Paris, Les Éditions du Cerf ; Genève, Conseil oecuménique des Églises, 2005, 210 p.

  • Gilles Routhier

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  • Gilles Routhier
    Université Laval, Québec

Corps de l’article

Au cours des années postconciliaires, le mouvement oecuménique semble promis à un bel avenir. L’Église catholique est en voie d’ouvrir des dialogues bilatéraux avec plusieurs Églises chrétiennes, ce qui peut avoir pour effet de déplacer de Genève (COE) à Rome le pôle de gravité du mouvement oecuménique qui avait été jusque-là l’affaire du Conseil oecuménique des Églises. C’est dans ce contexte que se pose, à partir de 1968, la question de la participation de l’Église catholique, en tant que membre, au Conseil. Dans cet ouvrage, un excellent observateur de la scène oecuménique de l’époque, Jan Grootaers, retrace les discussions approfondies et très sérieuses entre l’Église catholique et le Conseil oecuménique des Églises sur cette question. Cet exposé est construit en trois périodes qui correspondent à autant de chapitres : « Des promesses de mariage » (1968-1970), « Le vent tourne » (1970-1971) et « Fiançailles rompues et… prolongées » (1972-1975). Le quatrième chapitre se propose quant à lui d’esquisser une évaluation de ces discussions qui n’ont pas abouti en les resituant dans leur contexte et en mettant en relief deux facteurs : les circonstances défavorables du moment et les faiblesses internes des partenaires du dialogue. Ce quatrième chapitre nous permet ainsi de comprendre pourquoi ces discussions ont échoué. Enfin, un dernier chapitre, qui s’éloigne du genre historique de l’ensemble de l’ouvrage, réfléchit, à partir de la notion de « catholicité », à l’incompatibilité supposée entre l’oecuménisme promu par Rome et celui mis de l’avant par le Conseil oecuménique des Églises.

Ce petit livre a non seulement le mérite de faire le point sur la négociation entre le COE et l’Église catholique au sujet de l’appartenance de cette dernière au COE, mais met également en lumière pour l’avenir les enjeux d’une telle appartenance. En cela, il intéressera non seulement les historiens des relations oecuméniques, mais également tous ceux qui réfléchissent aujourd’hui à la forme visible et institutionnelle d’expression de l’unité réelle — bien qu’imparfaite — entre l’Église catholique et les Églises appartenant au COE. Ainsi, ce petit livre qui s’enracine dans l’histoire nous projette vers l’avenir.

Cet ouvrage porte aussi l’empreinte de son auteur qui a l’habitude, en plus de développer un exposé pénétrant et bien informé sur les questions qu’il aborde, de nous fournir un dossier d’archives, ce qui permet au public d’avoir accès à des documents inédits qui éclairent les questions abordées. Dans le cas qui nous occupe, les douze annexes constituent une partie substantielle du volume (près du tiers). Les six premières sont constituées des rapports du Groupe mixte de travail chargé de mener les discussions entre les deux parties et de rapports du Secrétariat romain pour l’unité des chrétiens. Les six autres reprennent des correspondances échangées entre l’auteur et des acteurs de ces discussions. Ces annexes, qui mettent à la disposition du public des sources de première main, s’avèrent très utiles. L’ensemble est complété par un index des noms propres.

Un ouvrage sobre, bien construit et conduit avec rigueur, qui reprend non seulement l’histoire de discussions ajournées, mais qui nous projette dans l’avenir de ce dialogue inachevé au moment où l’oecuménisme ne bénéficie plus du kairos qu’a représenté le Concile Vatican II.