Recensions

Marie GAILLE, Le désir d’enfant. Histoire intime, enjeu politique. Paris, Presses Universitaires de France (coll. « La nature humaine »), 2011, 184 p.[Notice]

  • Jacques Quintin

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  • Jacques Quintin
    Université de Sherbrooke

Dans son livre précédent, La valeur de la vie, l’A. a tenté de démontrer que la liberté de mourir n’était pas la bonne question morale et politique. La question ne consiste pas à accorder le droit de mourir à un citoyen, mais de répondre à une demande d’aide exprimée par un patient. L’A. reprend la même question, mais dans le contexte du désir d’enfant et de la procréation médicale assistée. D’aucuns pourraient penser que cette question renvoie à l’idée d’une forme de maîtrise sur la procréation, entraînant du même coup la question de la légitimité des désirs et des limites qu’il faudrait poser à ces désirs. Pour l’A., il en va autrement, car « le désir d’enfant pose la question de la solidarité et non celle de la liberté procréatrice ». Bref, la société doit-elle appuyer cette demande d’aide ? Si oui, comment s’y prendrait-elle si, au départ, l’on refusait de discerner les bons désirs des mauvais désirs et s’il n’y a pas « de critères a priori qui permettraient d’établir de telles limites » (p. 42) ? Le premier chapitre aborde la question du sens que nous accordons au désir d’enfant. « La question de sens du désir d’enfant est souvent réduite à celle de son origine » (p. 45). L’A. recense diverses conceptions. L’une d’elle, la théorie du gène égoïste, défendue par Richard Dawkins, qui démontre que les gènes se reproduisent à l’insu des individus et au-delà de leur préférence. Ou encore l’idée, bien vivante déjà dans le corpus hippocratique, que la femme est destinée à assumer une fonction reproductrice en raison de sa nature physique (utérus, seins) et biologique (règles, allaitement). Ensuite, l’idée que les femmes désirent un enfant pour conforter leur position sociale. Dans nombre de sociétés humaines, une « femme sans enfant paraît frappée du sceau du malheur, de la faute morale, voire de la monstruosité » (p. 53). Cependant, l’A. prend soin de nous rappeler que le désir d’enfant n’est pas le propre de la femme. Il existe aussi le désir de paternité. De plus, des couples homosexuels manifestent aussi ce désir d’enfant. Différents débats publics en témoignent. Ensuite, le discours psychanalytique nous rappelle que la distinction entre le féminin et le masculin n’est pas aussi tranchée selon les individus. On voit bien que l’origine du désir d’enfant est complexe et qu’il dépend, en plus, de l’histoire de vie de chaque personne. Cela en fait un phénomène mêlé, d’autant plus que nous devons prendre en considération l’ambivalence et l’intensité du désir d’enfant. Ceci constitue le deuxième chapitre. Le désir d’enfant ne signifie pas la même chose pour toutes les femmes et tous les hommes. Certaines femmes pourraient désirer un enfant sans nécessairement désirer la grossesse et l’accouchement. D’autres croient que le désir d’enfant s’inscrit dans le désir de fonder une famille ou son contraire. Enfin, il y a des femmes qui ne désirent pas d’enfant. « La pluralité et la diversité des désirs d’enfant et des formes de vie auxquelles ils sont associés sont quelque peu vertigineuses » (p. 82). Ce n’est pas un phénomène unitaire. C’est un phénomène multiple aux frontières poreuses. L’intensité du désir d’enfant a aussi ses variations. On désire un enfant, mais pas n’importe quel enfant. Freud a montré que le désir d’enfant s’inscrit dans une dynamique narcissique. Par exemple, advenant une anomalie à la naissance, des parents demandent l’arrêt de soins. Encore, des hommes et des femmes infertiles refuseront l’adoption. Norbert Elias nous rappelle que des femmes peuvent mettre au monde des enfants sans le désir particulier d’en avoir. Ensuite, le désir d’enfant n’est pas synonyme d’amour pour …