Résumés du colloque 60e anniversaire de META : « Les horizons de la traduction : retour vers le futur »

Le traducteur médical au xixe siècle. Quelle fidélité ? Quelle éthique ?

  • Delphine Olivier-Bonfils

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Couverture de 60<sup>e</sup> anniversaire. Les horizons de la traduction : retour vers le futur, Volume 60, numéro 2, août 2015, p. 207-379, Meta

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Plusieurs auteurs ont montré qu’au xixe siècle les traducteurs bénéficiaient d’une liberté aujourd’hui en grande partie disparue, puisque non seulement ils prenaient en charge l’ensemble du projet de traduction, mais ils pouvaient aussi s’autoriser des écarts notables par rapport au texte source. Il est cependant des domaines pour lesquels on aurait pu s’attendre à ce que textes source et cible soient juxtaposables, la médecine par exemple. Mais comment aborder la fidélité – ou son absence – en traduction médicale ?

Nous avons réfléchi à la question dans une perspective historique, à partir de trois traductions réalisées au xixe siècle et marquantes pour le domaine de la chirurgie – discipline concrète ancrée dans des gestes pratiques : 1) Chirurgie antiseptique et théorie des germes, Oeuvres réunies de J. Lister (1882), ouvrage du Dr G. Borginon rassemblant ses traductions d’écrits de Joseph Lister sur l’antisepsie (1867-1879), 2) Discourses on the nature and cure of wounds (1795) de John Bell, traduit en 1825 par le Pr E. Estor et paru sous le titre Traité des plaies ou Considérations théoriques et pratiques sur ces maladies, 3) An exposition of the natural system of the nerves of the human body (1825) de son frère Charles Bell, traduit la même année que sa parution par le Dr J.-L. Genest et publié sous le titre Exposition du système naturel des nerfs du corps humain.

Dans l’introduction des ouvrages traduits, les trois traducteurs clamaient tous la fidélité à leur auteur. Or, nous avons montré que les textes traduits présentaient d’indéniables glissements par rapport au texte source. Ceci nous conduit à reconsidérer la question de la fidélité de la traduction des textes médicaux, mais aussi à réfléchir à son lien avec l’éthique du traducteur, particulièrement dans le cas de traducteurs eux-mêmes « experts », c’est-à-dire médecins. La fidélité en traduction chirurgicale, domaine factuel par excellence, est-elle nécessairement de produire une copie littérale du texte source ? Ou bien peut-on envisager un transfert des données essentielles s’inscrivant dans un fonctionnalisme efficace ? Est-ce encore afficher un militantisme aveugle envers les idées de l’auteur choisi ? Enfin, envers qui le traducteur médical doit-il être éthique : son auteur ? Son lecteur ? Les patients ? En fin de compte, quelle liberté peut être la sienne ?

Parties annexes