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Douglas, Virginie, ed. (2015) : État des lieux de la traduction pour la jeunesse. Mont-Saint-Aignan : PUHR, 175 p.

  • Audrey Canalès

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  • Audrey Canalès
    Université de Montréal, Montréal, Canada

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Couverture de Volume 63, numéro 2, août 2018, p. 277-567, Meta
Le recueil dirigé par Virginie Douglas et ses collaborateurs a pour ambition de proposer une réflexion collective francophone sur les approches en matière de traduction jeunesse et une actualisation de la dernière étude de référence en la matière, le précédent « état des lieux » publié par François Mathieu, basé sur un sondage auprès de traducteurs, datant de 1997 (p. 10-11). Quelque vingt ans plus tard, ce nouveau tour d’horizon pratique et théorique est annoncé comme une introspection plus analytique sur la discipline, visant à en détacher les nouvelles tendances (p. 11). Pour savoir si ces tendances concernent le texte jeunesse au sens large ou uniquement les livres destinés au jeune public, il convient de se plonger dans l’ouvrage, et l’on découvre assez rapidement que les contributions portent exclusivement sur le livre jeunesse. Divisé en cinq parties thématiques, l’état de la situation proposé par Douglas s’ouvre sur « Paroles de traducteurs », une réflexion sur la traduction de la prosodie et de divers aspects culturels (comme les couleurs) des classiques scandinaves, par Catherine Renaud (p. 17-34). Son deuxième chapitre est composé des contributions de Claire Verdier, d’Audrey Coussy et de Véronique Médard, dont le fil conducteur est « Des pratiques en mutation » et explore entre autres la question de la retraduction (p. 35-71) ; il est suivi d’une réflexion d’Odile Belkeddar sur la traduction d’une « langue rare » (ici le russe), qui fait l’objet du troisième chapitre (p. 85-89), et d’un quatrième chapitre « Dictature et censure du marché », portant sur les impératifs économiques inhérents à l’édition de traductions d’ouvrages comme Harry Potter ou les mangas et composé de deux articles d’Isabelle Smadja et de Patrick Honnoré (p. 103-117). Enfin, l’ouvrage s’achève sur les questionnements d’Anne Schneider et de Mathilde Levêque sur l’agentivité, le statut du traducteur et sa « voix » (p. 129-147). Passé la surprise que le texte jeunesse ne soit abordé que sous la forme de son support physique imprimé, nous avons apprécié la lecture du recueil, tout d’abord parce qu’il offre diverses perspectives traductologiques sur des textes et des personnages qui ont façonné notre imaginaire enfantin, de la très classique et déjà très documentée Alice au pays des merveilles et ses jeux de mots (p. 41-56) à la centenaire Maya l’abeille, dont nous ignorions qu’elle était originellement un symbole du patriotisme allemand (p. 147), en passant par les Moumines (p. 17-34), et le très cher à notre coeur Otto, écrit et autotraduit par Ungerer (p. 133-147). Ces plaisirs de (re)découverte teintés de nostalgie sont loin d’être le seul attrait de l’ouvrage ; la réflexion de Coussy sur la perception du « sérieux » de la littérature jeunesse et de sa traduction met en lumière la place et l’identité du « lectorat d’arrivée », les enfants ; elle justifie la liberté d’adaptation pour donner un sens culturellement auprès de ces derniers, et le délicat défi de la pertinence de la référence à l’ancrage originel du texte, le « sérieux » étant ici explicité comme une réflexion approfondie sur la traduction, conduisant à l’équilibre culturel et fonctionnel entre cible et source (p. 63-68). Les questionnements de Coussy trouvent un écho chez Smadja, qui offre une réflexion pertinente sur l’influence du marché dans ce qu’elle nomme « l’intégration » des références étrangères et la place de l’autre dans le produit traduit dans le cas d’Harry Potter, dont la traduction est pour elle un travail fouillé de recréation flirtant pour certains avec la « réappropriation culturelle » (p. 115) – une question formulée de manière intéressante, qui aurait ...