DocumentationComptes rendus

Bracchi, Enrica et Garreau, Dominique (2017) : Codes, termes et traductions : enjeux transdisciplinaires. Milan : Giuffré Editore, 172 p.[Notice]

  • Jean-Claude Gémar

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  • Jean-Claude Gémar
    Université de Montréal, Montréal, Canada

Parfois, il faut se méfier des titres. Il arrive que, sous une forme anodine, se cache un trésor contenant une mine d’informations, remarques et commentaires précieux pour qui se hasardera plus loin qu’un coup d’oeil rapidement jeté sur un titre. Cette personne découvrira que Codes, termes et traductions : enjeux disciplinaires est consacré à la traduction juridique, mais pas à n’importe laquelle : la traduction des codes, soit la « haute » traduction à laquelle pensait le grand comparatiste Rodolfo Sacco. Nul ne niera que la traduction d’un code, tel le Code Napoléon, en anglais, arabe, espagnol ou… en mandarin, recèle une montagne de difficultés. Mais elle présente aussi des conditions permettant de « comprendre la raison du discours juridique qui s’ouvre aujourd’hui à une mondialisation des échanges » (p. 1), avertissent les organisatrices d’un colloque international tenu à l’Université de Nantes – où elles enseignent, l’une, les langues étrangères appliquées (L.E.A.) et l’autre, le droit privé –, colloque dont découle cet ouvrage. Cette rencontre s’inscrit dans le cadre d’un projet ambitieux de partenariat international de recherche et de formation en droit, « Training Multilingual Jurists », qui « est une initiative scientifique et internationale qui entend développer la recherche consacrée à la linguistique juridique » (p. 1). On y poursuivait la réflexion entamée en 2014, à la Louisiana State University (LSU, Bâton Rouge), sur le projet de traduction en français du Civil Code of Louisiana. Ces réflexions ont donné lieu à cette publication, qui correspond à des actes de colloque. Les auteures ont réparti les contributions en trois parties présentées sous forme de trois grandes questions : Pourquoi, pour qui et pour quoi traduire un code ? Quelle(s) méthode(s) pour traduire un code ? Comment transposer l’« esprit » du code à traduire ? Si l’on fait abstraction du « code », ce sont là des questions existentielles pour tout traducteur de texte juridique. Les auteures et leur douzaine de collaborateurs apportent, dans chacune des parties de cet ouvrage de dimension modeste (172 p.), des réponses précises et argumentées correspondant à ces questions, mais pas seulement, l’article de chaque auteur pouvant être placé sous l’une quelconque des trois rubriques, voire même… sous les trois. Le fait que cet ouvrage traite de la traduction des codes, ces monuments dédiés au droit d’un État, et non des lois ou des contrats, apporte un supplément d’âme, une réflexion originale et une perspective à la fois méthodologique et pratique à toute personne qu’intéresse la summa juris translatio dans sa diversité comme dans sa singularité, même s’il s’agit d’une expérience et d’un projet majoritairement français. Les difficultés que présente la traduction juridique en général, et a fortiori, celle d’un code, tiennent aux différences que portent les systèmes juridiques, dont concepts et notions diffèrent quelquefois de manière considérable, sans parler du vocabulaire. Traduire est une activité à risque, et plus particulièrement lorsqu’il s’agit du droit : une traduction juridique infidèle peut entraîner des conséquences critiques pour les parties en cause et leur occasionner du tort. Les systèmes juridiques figurent dans des « sphères épistémologiques distinctes » (Glanert 2011 : 12), ce qui attise le débat entre juristes sur la possibilité de traduire le droit. De nombreux juristes croient en effet que la traduction juridique est, sinon impossible, du moins problématique – langues, notions et cultures juridiques obligent. Aussi est-il particulièrement utile autant qu’intéressant, voire intrigant, pour des traducteurs et des terminologues de voir comment des juristes, assistés de quelques (juri)linguistes, ont abordé ces questions et y ont répondu. La traduction d’un code suppose que la priorité est donnée au contenu, à la norme, …

Parties annexes