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Dans le cadre évolutif des différentes disciplines de gestion (Pérez, 2007), le champ du management international se caractérise par sa grande transversalité et son interdisciplinarité (Lemaire, Mayrhofer et Milliot, 2012). Il n’a pas, partout et toujours, été reconnu d’emblée comme un champ disciplinaire à part entière, comme peuvent l’être les champs fonctionnels traditionnels des sciences de gestion (stratégie, finance, comptabilité, marketing, ressources humaines, etc.).

C’est sur un mode contingent qu’un tel champ est apparu. Il s’est particulièrement développé dans les pays à tradition marchande, comme le Royaume-Uni, et à partir de petits territoires, comme les pays scandinaves, qui ne pouvaient guère envisager leur développement économique sans s’insérer dans les flux d’échanges et d’investissements transfrontaliers. Ce n’est d’ailleurs pas un hasard si l’Ecole d’Uppsala (Johanson et Wiedersheim-Paul, 1975; Johanson et Vahlne, 1977 et 2009; etc.) apparait comme un des foyers privilégiés de l’approche pragmatique et conceptuelle de ce champ. Ces travaux, dont les cadres d’analyse ont évolué pour prendre en compte les transformations rapides de l’environnement international, ont pris progressivement de l’ampleur et ont suscité le développement d’autres foyers pour proposer aux chercheurs et aux praticiens des modèles et des grilles d’analyse complémentaires à ceux que proposaient les champs fonctionnels des sciences de gestion.

Au cours de la période récente, la recherche s’est tournée plus résolument vers les pays émergents, au premier rang desquels les économies à croissance rapide (Brésil, Chine, Inde, etc.), caractérisées par leur ouverture aux flux d’échanges et d’investissements. Ces pays sont apparus, dans un premier temps, comme objets de recherche avant de devenir, dans un deuxième temps, des foyers de recherche en gestion.

Au-delà de ce rééquilibrage géographique, dicté par la mondialisation de l’économie, la recherche en management international souligne les discontinuités et l’évolution rapide de l’espace géopolitique, certes de plus en plus décloisonné, dans lequel évoluent les acteurs et les parties prenantes de l’ouverture internationale (Lemaire, 2013). Cette ouverture des territoires et des activités progresse dans des cadres mondiaux, continentaux ou régionaux. Ces cadres s’institutionnalisent de plus en plus, en s’incarnant dans des organisations multi-gouvernementales, ou encore, dans des accords multilatéraux, sans préjudice de régressions qui peuvent intervenir au fil des crises et des conflits.

C’est au regard de ces différents domaines, avec le souci de les mettre en pratique dans les organisations, que le champ du management international a pu voir ses limites évoluer. Cette évolution peut, particulièrement, s’appréhender dans les conférences régulièrement organisées par les associations scientifiques spécialisées (à travers leurs thèmes généraux, ceux de leurs ateliers, leurs tables rondes, comme à travers les contributions présentées). C’est notamment en examinant les thématiques abordées et les méthodes développées par les chercheurs qu’il est possible - en mobilisant des grilles de lecture adaptées - de faire ressortir les caractéristiques et la dynamique du champ. Dans cette perspective, une association dédiée au management international - comme Atlas AFMI - peut fournir un terrain d’application approprié pour la mise en oeuvre d’une telle démarche. Cet article propose d’analyser les problématiques et les approches méthodologiques ressortant des communications présentées lors de sa conférence de 2015, organisée à Hanoï au Vietnam, sur le thème : Transitions et management international. Dans un premier temps, une étude sur les modes et les méthodes de recherche retenus dans les 89 contributions publiées dans les actes - ainsi que sur les approches géographiques qui en découlent - est proposée. Dans un deuxième temps, deux modèles (ESO et PREST) sont mobilisés pour appréhender les limites du champ; à travers, d’une part, le repérage des différentes voies d’orientation retenues et, d’autre part, à travers les niveaux de réflexion où ils se situent.

La recherche sur la recherche proposée dans cet article constitue, en quelque sorte, une mise en abyme pouvant conduire à envisager, au prix des ajustements nécessaires, une application à d’autres champs disciplinaires des sciences de gestion.

Modes et méthodes de recherche adoptés

La diversité et l’ouverture croissante des contributions en management international ressortent de la structuration des dix ateliers de la conférence Atlas AFMI 2015 (tableau 1) qui se partagent entre thématiques transversales (Mutations de l’environnement mondial; Alliances, joint-ventures et réseaux; Management interculturel; Transferts de technologie et innovation internationale; Parties prenantes, éthiques et RSE) et thématiques fonctionnelles internationales (Stratégie; Ressources humaines; Marketing; Chaîne logistique; Finance et contrôle).

Une fois les thèmes de la conférence précisés, deux dimensions clés peuvent être combinées pour analyser les communications présentées : les modes et les méthodes de recherche. Sur cette base, il est ensuite possible de préciser les approches géographiques (fondées sur les flux d’échanges et les études comparatives) qui en découlent.

Concernant, tout d’abord, les principaux modes de recherche, l’analyse des communications de la conférence d’Hanoï peut s’appuyer sur la typologie de Yin (2014) qui distingue cinq approches.

  • L’expérimentation : cette forme d’étude tente de séparer un phénomène de son contexte naturel. La recherche est ici fondée sur la manipulation et le contrôle de certaines variables pour identifier et comprendre des relations causales précises.

  • L’enquête : ce mode, fondé sur un nombre limité de variables, concerne les opinions/expériences/témoignages d’un groupe spécifique de personnes sollicitées au moyen de questions standardisées. Les résultats sont généralement présentés sous une forme statistique.

  • L’approche historique : ce recueil et cette analyse ordonnée de matériaux de nature variée permet d’aboutir à des conclusions sur des évènements passés. La recherche est souvent fondée sur des hypothèses interprétatives, notamment lorsque les faits sont étudiés à partir d’informations incomplètes et incertaines.

  • L’analyse d’archives : cette recherche primaire, sur des événements plus ou moins anciens, implique une extraction de données ou de faits à partir de documents originaux. Elle conduit à la présentation structurée et concise d’un ensemble de documents.

  • L’étude de cas : cette investigation empirique analyse en profondeur un phénomène contemporain (le cas) dans son contexte réel. Creswell (2013, p. 97) parle de système(s) borné(s). La recherche peut ici reposer sur plusieurs paradigmes et méthodes de théorisation (Welch et al., 2011).

Si cette classification a le mérite de proposer une distinction claire et structurée des modes de recherche, elle peut être complétée à deux niveaux.

Tout d’abord, il est possible d’ajouter d’autres types de recherche. Sans prétendre être exhaustifs, deux peuvent être évoqués.

  • La revue approfondie et critique de la littérature : elle peut être considérée comme un mode de recherche indépendant car elle permet d’identifier et de comparer ce qui est déjà connu à propos d’un domaine d’étude et de proposer de nouveaux angles d’approche pour une recherche ultérieure.

  • L’approche par les scénarios : c’est un mode argumentatif proposant des descriptions cohérentes et plausibles de situations futures.

Ensuite, ces modes de recherche ne sont pas exclusifs les uns des autres. Ils se complètent bien souvent pour assurer une plus grande fiabilité (validités interne et externe) de la recherche (Campbell et Stanley, 1963). Il est, en effet, possible de combiner ces modes de recherche pour, au moins, trois raisons :

  • élargir et approfondir le champ d’étude;

  • proposer de nouvelles perspectives ou de nouveaux éclairages sur le phénomène étudié;

  • rechercher une convergence de résultats par multi-angulation.

Tableau 1

Thèmes des ateliers de la conférence Atlas AFMI 2015

Thèmes des ateliers de la conférence Atlas AFMI 2015

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La combinaison des modes permet d’identifier des trajectoires organisationnelles, des tendances sectorielles et des situations environnementales critiques qui assurent à la recherche une plus grande solidité méthodologique et scientifique.

L’analyse synoptique des communications présentées lors de la conférence Atlas AFMI 2015 permet d’illustrer ces deux remarques et de faire ressortir la répartition des modes de recherche en nombre de travaux comme en pourcentage (tableaux 2a et 2b).

S’agissant des méthodes de recherche, a été retenue ici la répartition entre communications recourant à des méthodes quantitatives, celles recourant à des méthodes qualitatives, ainsi que celles qui combinent les deux (approches hybrides) (tableau 3).

La répartition apparait assez équilibrée, dans l’ensemble, avec une légère prédominance des méthodes qualitatives (41 communications, soit 49 % du total) sur les méthodes quantitatives (35 communications, soit 42 % du total). A noter que les déséquilibres les plus marqués (au bénéfice des méthodes qualitatives) se retrouvent dans certains ateliers transversaux à commencer par l’atelier Management interculturel, suivi par l’atelier Transferts de technologie et innovation internationale et l’atelier Parties prenantes, éthique et RSE; l’atelier Gestion de la chaîne logistique étant le seul atelier fonctionnel à présenter cette même prédominance. C’est dans deux de ces ateliers fonctionnels - Marketing international  et Finance et contrôle - qu’à l’inverse se trouvent préférées les méthodologies quantitatives. Enfin, seulement dix communications (soit 11% du total) ont recours à des méthodes hybrides. Elles se retrouvent pour l’essentiel dans des ateliers transversaux.

Tableau 2a

Modes de recherche (89 communications)[2][3][4]

Modes de recherche (89 communications)234

Tableau 2b

Modes hybrides de recherche (89 communications)

Modes hybrides de recherche (89 communications)

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Tableau 3

Méthodes de recherche (84 communications)[5]

Méthodes de recherche (84 communications)5

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Concernant les approches géographiques, ont été retenus ici les échanges interzones, en distinguant les économies en développement, les économies en transition et les économies matures. Les différentes catégories d’économies distinguées dans le tableau 4 répondent aux définitions suivantes.

  • Les économies en développement (ou en voie de développement) reçoivent en principe relativement peu d’investissements étrangers et n’investissent pas de grands montants à l’international.

  • Les économies en transition (ou émergentes) reçoivent globalement beaucoup d’investissements étrangers et commencent à investir des montants importants à l’international.

  • Les économies matures (ou développées) reçoivent et investissent généralement des montants élevés à l’international.

  • Le terme économie globale fait, quant à lui, référence à une zone géographique qui intègre plusieurs types d’économies.

Sur les 89 communications, 86 se réfèrent à un ou plusieurs environnements géographiques[6]. Parmi elles :

  • 76 (88 %) portent sur les échanges de produits ou de capitaux à l’intérieur d’une zone ou entre plusieurs zones (tableau 4) ;

  • 10 (12 %) présentent des études comparatives entre pays ou groupes de pays (tableau 5).

Tableau 4

Approches géographiques fondées sur les échanges (76 communications)[7]

Approches géographiques fondées sur les échanges (76 communications)7

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Les travaux portant sur les échanges impliquent, en nombre égal, les économies matures et les économies en transition (32 sur 76 textes). Ils concernent majoritairement les flux provenant des économies matures orientés vers les économies en transition. Les travaux se trouvant à l’intersection de la colonne et de la ligne Economies en transition (18 textes) émanent, pour la plupart, de chercheurs vietnamiens et sont à considérer ici comme des études fondées sur des échanges domestiques, même si certains sont traités dans une perspective d’ouverture internationale.

Quant aux études comparatives, elles visent à identifier des différences et des similarités entre économies ou cultures nationales. Notons que la plupart d’entre elles impliquent des économies matures (9 textes sur 10).

Tableau 5

Approches géographiques fondées sur des études comparatives (10 communications)

Approches géographiques fondées sur des études comparatives (10 communications)

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Cette première série d’analyses permet de confirmer la nature des travaux généralement présentés dans le cadre des conférences d’Atlas AFMI.

  • Premièrement, les communications étudiées présentent des démarches de recherche bottom-up qui font essentiellement remonter les données du terrain à partir d’enquêtes et/ou d’études de cas. Ces démarches permettent, dans des espaces moins facilement réductibles à des réalités similaires, de faire ressortir des particularités en termes d’analyse et d’action.

  • Deuxièmement, les textes analysés accordent une place significative à l’insertion des économies en transition dans les flux d’échanges et d’investissements. La localisation de la conférence 2015 au Vietnam et la mobilisation de chercheurs régionaux accentuent cette orientation géographique qui se traduit par l’intérêt de nombreux membres d’Atlas AFMI pour les pays émergents et pour leurs relations avec les économies matures.

Mais c’est au niveau des contenus que l’analyse des communications permet de compléter cette première délimitation thématique, comme les délimitations méthodologiques et géographiques qui viennent d’être abordées.

Analyse des contenus des communications : voies d’orientations et niveaux d’analyse

Pour apprécier les problématiques des communications de la conférence 2015, deux grilles de lecture complémentaires sont retenues : le cadre ESO (Milliot, 2013 et 2014) permet d’identifier les orientations; le modèle PREST (Lemaire 1997, 2000 et 2013) précise les positionnements aux niveaux macro, méso et/ou micro-économiques.

S’agissant tout d’abord des orientations des recherches, peut être mobilisé le cadre ESO, proposé pour analyser le développement des entreprises à l’international. Ce modèle composite souligne les interactions particulières entre l’environnement (E), la stratégie (S) et l’organisation (O) des acteurs économiques (figure 2).

  • Le premier domaine de recherche s’intéresse à la dynamique des contextes d’affaires (dimension environnementale [E]).

  • Le deuxième se focalise sur les plans d’action liés à l’internationalisation des acteurs économiques (dimension stratégique [S]).

  • Le troisième et dernier concerne les conditions de mise en oeuvre des stratégies d’internationalisation (dimension organisationnelle [O]).

FIGURE 2

Le cadre ESO

Le cadre ESO
Sources. Milliot (2013 et 2014)

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Ces trois domaines sont naturellement en interactions régulières. Pour évoquer ces interactions, le terme de causalité est retenu. Deux types de liens de cause à effet sont à ce niveau identifiés.

  • Les causalités séquentielles renvoient à la possibilité d’adopter, de manière alternative et à différents moments, deux attitudes managériales très distinctes vis-à-vis des contraintes externes : l’adéquation stratégique (l’adaptation aux conditions environnementales; Learned et al., 1965) ou l’intention stratégique (la modification, même marginale, des conditions environnementales; Hamel et Prahalad, 1989).

  • Les causalités synchrones soulignent le besoin permanent de cohérence interne entre la prise de décision (S) et sa mise en oeuvre (O). Elles caractérisent l’alignement managérial nécessaire à la concrétisation d’un plan d’actions.

L’analyse des actes de la conférence permet de positionner précisément les 89 textes qui les composent au niveau des huit orientations du modèle (tableau 6).

Tableau 6

Orientations des recherches (89 communications)

Orientations des recherches (89 communications)

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Les pôles E, S et O font - sans surprise - l’objet de nombreuses recherches (respectivement 29 pour E, 22 pour S et 25 pour O). Les liens dyadiques entre l’environnement externe et les acteurs économiques sont essentiellement étudiés dans une logique d’adéquation, c’est-à-dire dans un souci d’adaptation aux conditions environnementales (37 textes portent sur la relation ‘E vers S’, 20 sur la relation ‘E vers O’). Concernant la cohérence interne, 27 textes portent sur l’alignement managérial qui renvoie à la coordination intra et inter-fonctionnelle, permettant à un acteur de développer des avantages concurrentiels.

Comme nous pouvons le constater, sur les huit orientations identifiées dans le modèle ESO, six sont très communément utilisées. En revanche, l’intention stratégique (6 textes) et l’intention organisationnelle (0 texte) sont étonnamment peu ou pas considérées. Ce constat invite les chercheurs en management international à davantage explorer ces orientations originales et prometteuses.

FIGURE 3

Le modèle PREST

Le modèle PREST
Sources. Lemaire (1997, 2000 et 2013)

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La recherche en management international étant généralement contextualisée[8], il est essentiel d’étudier plus précisément la dimension environnementale du cadre ESO. Dans ce but, peut être fait référence au modèle PREST de Lemaire (1997, 2000 et 2013) et à ses trois niveaux successifs (figure 3).

  • Ce modèle aide les acteurs, en partant du niveau 1 (macro-environnemental), à identifier les pressions politico-réglementaires, économico-sociales et technologiques qui déterminent les contraintes qui s’appliquent à l’environnement géographique et sectoriel (espace de référence international), dans lequel ils se développent et/ou qu’ils visent.

  • Il permet, au niveau 2 (méso-environnemental), de prendre la mesure de cet espace de référence et des défis (d’adaptation, de redéploiement géographique et sectoriel, et de concurrence) auxquels ces acteurs sont confrontés.

  • Il facilite, au niveau 3 (micro-environnemental), la sélection et la combinaison des différents leviers stratégiques (innovation, profitabilité, structuration/organisation) sur lesquels les acteurs peuvent agir pour déterminer leurs orientations possibles (produits à offrir, déploiement international de la chaîne de valeur, choix de localisation, modes d’entrée, etc.), ainsi que les décisions consécutives à mettre en oeuvre.

En référence au cadre d’analyse du modèle PREST, le positionnement des travaux présentés lors de conférence Atlas AFMI 2015 illustre ces trois niveaux. Notons que certaines communications peuvent faire référence à plusieurs d’entre eux. Il en ressort (tableaux 7a et 7b) que :

  • près de 75 % des travaux (67) privilégient le niveau 1 (macro-environnemental), celui des pressions externes, même s’ils y associent, pour nombre d’entre eux, d’autres niveaux;

  • 48 % des travaux (43) se situent au niveau 2 (méso-environnemental), se focalisant sur les approches géo-sectorielles dans un espace de référence donné;

  • et, enfin, 49 % des travaux (44) portent sur le niveau 3 (micro-environnemental), sur les leviers stratégiques et/ou la mise en oeuvre stratégique.

Tableau 7a

Répartition des communications par niveaux environnementaux (89 communications)

Répartition des communications par niveaux environnementaux (89 communications)

Tableau 7b

Répartition des communications par nombre de niveaux environnementaux (89 communications)

Répartition des communications par nombre de niveaux environnementaux (89 communications)

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Ces résultats illustrent la dominance du niveau macro-environnemental. Cependant, la focalisation sur un niveau particulier varie significativement d’un atelier à l’autre  (tableau 8).

Ces résultats permettent de constater que les ateliers transversaux (1, 3, 5, 6 et 9) présentent, soit une nette dominante macro-environnementale (ateliers 1, 5 et 9), soit une répartition assez équilibrée entre les différents niveaux souvent associés (ateliers 3 et 6). Concernant les ateliers fonctionnels (2, 4, 7, 8 et 10), ils privilégient soit l’approche macro-environnementale (ateliers 4, 7 et 10), soit l’approche plus méso-environnementale (ateliers 8). Seul l’atelier 2 (Stratégies d’internationalisation) mobilise autant les niveaux 1 et 2.

Tableau 8

Niveaux environnementaux, répartition par atelier (89 communications)

Niveaux environnementaux, répartition par atelier (89 communications)

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Conclusion

En définitive, à travers l’analyse des communications de la conférence Atlas AFMI 2015, la proximité du terrain pour la collecte de données se trouve privilégiée, puisque les enquêtes représentent 52 % et les études de cas 37 % des modes de recherche mobilisés par les auteurs. Ces travaux reposent sur une exploitation assez équilibrée entre méthodes qualitatives, qui dominent légèrement (49 %), et quantitatives (42 %); l’utilisation d’une approche hybride restant limitée (9 %).  Le choix semble dépendre de l’objet de la recherche et de son thème. Est-ce à dire que l’on retrouve là la marque de la prédilection de cette association académique pour les études inductives et abductives, telle qu’elle a été formulée lors de sa création ?

Du point de vue des orientations de recherche, les études fondées sur des échanges (88 %) l’emportent sur les études comparatives (12 %). D’un point de vue géographique, les économies matures dominent toujours comme localisation source des échanges (32 %); les économies en transition apparaissant comme les destinations cibles privilégiées par les chercheurs (32); alors que les économies en développement génèrent encore fort peu de travaux comme sources de transactions et comme zones de destination. Ces résultats, obtenus à travers les analyses des communications d’une conférence portant sur les transitions, seront à comparer avec ceux d’autres conférences.

Sur les huit orientations de recherche identifiées dans le cadre ESO, six sont très communément utilisées. L’intention stratégique et l’intention organisationnelle sont cependant encore très marginales; ce qui laisse entrevoir des opportunités pour de nouvelles thématiques de recherche.

Enfin l’environnement, tel qu’il est décliné dans les trois niveaux du modèle PREST, apparait central pour la recherche en management international. Une majorité des travaux (75 %) présentés à la conférence s'est focalisée sur le macroenvironnement, mais le méso et le micro-environnements lui sont souvent associés dans les communications.

A l’issue de cette présentation, semble s’imposer la nécessité de dupliquer les grilles de cette analyse à d’autres conférences Atlas AFMI; celles qui ont précédé, mais aussi et surtout celles qui vont suivre pour en tirer une vision dynamique de l’évolution des limites du champ qu’explorent et qu’analysent ses chercheurs. La comparaison des résultats permettrait, notamment, sur une durée significative de plusieurs années, de dégager les grandes tendances de la recherche et de tester certaines hypothèses; comme, par exemple, le poids croissant des économies en transition et, à terme un peu plus éloigné, des économies en développement.

Sur un plan plus général, l’évolution des thèmes des ateliers des conférences Atlas AFMI pourrait constituer un bon révélateur de l’évolution des limites du champ du management international, au moins au sein de sa communauté francophone. Ce qui inviterait, pour poursuivre et élargir cette recherche sur la recherche, de la mener au niveau européen (à l’European International Business Academy [EIBA]) ou au niveau mondial (à l’Academy of International Business [AIB]).