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Polymorphismes génétiques et risque d’infarctus du myocardeGenetic polymorphisms linked to myocardial ischemia in a Japanese population

  • Raymond Ardaillou

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Beaucoup d’études ont déjà examiné les relations entre divers polymorphismes génétiques et l’insuffisance coronarienne ou l’infarctus du myocarde. Leurs conclusions sont souvent contradictoires parce que la taille des échantillons est limitée, et que des facteurs environnementaux et des différences de prévalence selon les ethnies interviennent. Pour tâcher de surmonter ces difficultés, une équipe japonaise [1] a entrepris une étude à grande échelle sur 5061 sujets non apparentés, tous d’origine japonaise, non obèses et choisis dans la même tranche d’âge (autour de la soixantaine). Afin d’atténuer les différences relatives aux facteurs de risque environnementaux, on ne retint comme témoins (1306 hommes et 936 femmes) que les sujets présentant au moins un de ces risques (tabagisme, hypertension, diabète, hypercholestérolémie, hyperuricémie). Les malades (2003 hommes et 816 femmes) avaient tous eu un infarctus du myocarde confirmé. Les auteurs définirent d’abord 71 gènes candidats incluant 112 polymorphismes en fonction des données de la littérature et de l’implication de ces gènes dans la biologie des vaisseaux, de la coagulation, de la fibrinolyse ou des métabolismes glucidique et lipidique. L’ADN fut isolé à partir des leucocytes, la région porteuse du polymorphisme de chaque gène amplifiée et le polymorphisme identifié avec des sondes appropriées. Un premier tri de ces 112 polymorphismes portant sur 909 sujets choisis au hasard fut effectué par analyse de régression multiple, la notion d’infarctus étant la variable dépendante. Des variables indépendantes incluant l’âge, l’index de masse corporelle et les différents facteurs de risque furent introduites dans l’analyse pour permettre d’ajuster les corrélations aux polymorphismes étudiés. Un degré de probabilité de p < 0,1 fut choisi comme seuil discriminant. On retint ainsi 19 polymorphismes chez les hommes et 18 chez les femmes. La deuxième étape de l’étude porta sur les 4152 sujets restants. À ce stade, les seules associations avec l’infarctus du myocarde considérées comme significatives furent celles atteignant le seuil élevé de p < 0,001. Un seul polymorphisme (le remplacement d’une cytosine par une thymine en position 1019 du gène de la connexine 37) répondit à ce critère chez les hommes alors que, chez les femmes, deux polymorphismes furent trouvés significatifs: l’adjonction d’une cinquième guanine en position -668 du gène de l’inhibiteur de type 1 de l’activateur du plasminogène (PAI-1) et l’adjonction d’une sixième adénine en position -1171 du gène de la stromélysine 1. En abaissant le seuil de signification à p < 0,01, un polymorphisme supplémentaire fut retenu chez l’homme, le remplacement d’une cytosine par une thymine en position 242 du gène de la p22phox, une sous-unité de la NADPH oxydase. Comment les protéines codées par ces gènes peuvent-elles intervenir dans le mécanisme de l’infarctus? La réponse ne paraît pas évidente même si des hypothèses peuvent être avancées: la connexine 37 est présente dans les jonctions entre cellules endothéliales et pourrait donc intervenir dans les transferts entre le plasma et les myocytes sous-jacents; la p22phox catalyse la production de formes actives de l’oxygène qui sont des agents de l’inflammation; le PAI-1 joue un rôle dans la fibrinolyse et la stromélysine 1 dans le catabolisme de la matrice extracellulaire. En outre, un problème majeur se pose: aucun des deux polymorphismes associés fortement à un antécédent d’infarctus chez la femme n’est retrouvé chez l’homme avec une probabilité significative alors que les fonctions des deux protéines, le PAI-1 et la stromélysine 1, n’apparaissent pas a priori liées au sexe. Ce travail montre que les objectifs recherchés dans ce type d’études - permettre un meilleur dépistage des sujets à risque et apporter un éclairage nouveau sur le mécanisme de la maladie - sont encore loin d’être atteints.

Parties annexes