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Défaut d’exocytose des granules lytiquesPlusieurs causes, un même effetDefect in lytic granule exocytosisSeveral causes, a same effect

  • Gaël Ménasché,
  • Mickaël Ménager,
  • Françoise Le Deist,
  • Alain Fischer et
  • Geneviève de Saint Basile

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  • Gaël Ménasché
    Inserm U768,
    Hôpital Necker-Enfants-Malades,
    149, rue de Sèvres,
    75015 Paris,
    France.

  • Mickaël Ménager
    Inserm U768,
    Hôpital Necker-Enfants-Malades,
    149, rue de Sèvres,
    75015 Paris,
    France.

  • Françoise Le Deist
    Inserm U768,
    Hôpital Necker-Enfants-Malades,
    149, rue de Sèvres,
    75015 Paris,
    France.

  • Alain Fischer
    Inserm U768,
    Hôpital Necker-Enfants-Malades,
    149, rue de Sèvres,
    75015 Paris,
    France.

  • Geneviève de Saint Basile
    Inserm U768,
    Hôpital Necker-Enfants-Malades,
    149, rue de Sèvres,
    75015 Paris,
    France.
    sbasile@necker.fr

Corps de l’article

La fonction cytotoxique des lymphocytes, un acteur de l’homéostasie lymphocytaire

Le système immunitaire est soumis principalement à deux types de sollicitations. Celle des antigènes du soi, d’une part, qui sont exprimés de façon permanente dans l’organisme, et pour lesquels le système immunitaire doit en permanence prévenir l’émergence de réponses auto-immunes. Un défaut de ce contrôle est à l’origine de maladies auto-immunes. Celle des antigènes « étrangers », d’autre part, notamment des pathogènes (virus, bactéries, parasites) qui vont activer, en règle de façon aiguë et transitoire, le système immunitaire. Un certain nombre de mécanismes sont mis en jeu à l’issue de la réaction immunitaire pour ramener à un état d’équilibre ce système immunitaire. Chez l’homme, un de ces mécanismes de contrôle dépend de la fonction cytotoxique des lymphocytes, dont le défaut conduit à un « syndrome hémophagocytaire » (SH) [1].

Au cours du SH, on observe une réponse immune exagérée et mal contrôlée, caractérisée par une prolifération et une activation très importante des lymphocytes T (surtout CD8) et des macrophages (Figure 1). Ces lymphocytes T activés sécrètent des quantités très importantes d’INFγ qui entraînent une activation macrophagique, comme en témoignent les images d’hémophagocytose caractéristiques (Figure 2) et la sécrétion importante de cytokines pro-inflammatoires (IFNγ, IL6, TNFα) [2]. Lymphocytes et macrophages activés infiltrent progressivement les différents organes, entraînant une nécrose tissulaire massive, une atteinte multiviscérale et le décès des patients en l’absence de traitement immunosuppresseur. Seule l’allogreffe de cellules souches hématopoïétiques permet de prévenir les récidives [3]. L’importance de la fonction cytotoxique des lymphocytes dans ce processus a été démontrée par l’existence d’une forme héréditaire de SH, la lymphohistiocytose familiale de type 2 (FHL2), qui résulte d’un défaut en perforine [4], un composant essentiel du granule lytique des cellules cytotoxiques qui induit, en synergie avec les granzymes A et B, la mort des cellules cibles par apoptose.

Figure 1

Modélisation de la réponse immune à un virus en situation normale et au cours du syndrome hémophagocytaire résultant d’un défaut d’activité cytotoxique des lymphocytes.

Modélisation de la réponse immune à un virus en situation normale et au cours du syndrome hémophagocytaire résultant d’un défaut d’activité cytotoxique des lymphocytes.

En réponse à une infection virale, les lymphocytes spécifiques d’antigène subissent une expansion massive, et utilisent leur fonction cytotoxique et la sécrétion de cytokines telles que l’IFNγ pour éliminer efficacement les cellules infectées. Conjointement à la baisse de la quantité d’antigène disponible, la plupart des cellules T effectrices meurent, et il ne persiste que quelques cellules mémoires. Au contraire, un défaut d’activité cytotoxique dépendante des granules lytiques entraîne une expansion très importante de la population lymphocytaire effectrice, qui sécrète alors une très grande quantité d’INFγ. L’INFγ active secondairement les macrophages qui produisent des quantités importantes de cytokines pro-inflammatoires. Lymphocytes et macrophages activés envahissent différents organes, conduisant à une nécrose massive des tissus et des organes.

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Figure 2

Image d’hémophagocytose.

Image d’hémophagocytose.

Macrophage activé ayant phagocyté in vivo des globules rouges, des plaquettes et un polynucléaire, processus dénommé « hémophagocytose ».

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Comment relier fonction cytotoxique et homéostasie lymphocytaire ?

L’étude chez la souris présentant un déficit en perforine permet d’approcher les mécanismes physiopathologiques à l’origine du SH. Les souris dont le gène de la perforine a été invalidé (modèle de lymphohistiocytose de type 2) ne développent pas spontanément de pathologie immunitaire, même lorsqu’elles sont maintenues en élevage non protégé. Cependant, lorsque ces souris sont infectées par certains virus comme le virus de la chorioméningite lymphocytaire (LCMV), elles développent tous les signes caractéristiques du syndrome hémophagocytaire, et meurent trois semaines après l’infection, avec une infiltration tissulaire massive des différents organes par des lymphocytes T et des macrophages activés [5, 6]. Dans les mêmes conditions, les souris sauvages contrôlent l’infection. Une étude fine des mécanismes en cause [6] met en évidence le rôle essentiel de la population lymphocytaire T CD8 et de la sécrétion très importante d’INFγ dans la genèse de ce processus. En effet, seule la déplétion en lymphocytes CD8 permet à ces souris déficientes en perforine de survivre après infection. La déplétion en lymphocytes T CD4 ou en cellules natural killer n’a pas d’effet. De même, parmi les différentes cytokines dont la sécrétion est augmentée au cours du syndrome hémophagocytaire (TNFα, INFγ, IL-6, INFα, IL-18), seule la neutralisation de l’INFγ permet une survie de ces souris.

Les mécanismes précis permettant à cette voie cytotoxique de contrôler la réponse immune restent cependant mal compris. Il est très probable qu’un des mécanismes utilisés est la lyse des cellules présentatrices d’antigène (APC) par les cellules T cytotoxiques (CTL) activées, son défaut favorisant la persistance de l’activation lymphocytaire. Plusieurs notions indiquent cependant que ce mécanisme n’est pas suffisant pour expliquer la dérégulation immunitaire très importante observée dans ce contexte, suggérant que d’autres mécanismes sont en jeu [6-8]. Un rôle de la voie cytotoxique dans l’apoptose des lymphocytes cytotoxiques n’a pas été pour l’instant clairement démontré. Une activité cytotoxique exercée en trans permettrait une fonction fratricide. Cette hypothèse s’appuie sur l’observation faite in vitro de la capacité des lymphocytes cytotoxiques à capturer des complexe MHC-peptide au moment du contact avec l’APC, les rendant transitoirement cibles pour d’autres CTL [9-11]. Il est également possible que cette fonction cytotoxique soit utilisée par des cellules T régulatrices, dont le défaut fonctionnel participerait à cette dérégulation homéostatique [12].

CHS, Rab27a et Munc13-4 désignent des étapes clés de l’exocytose des granules cytotoxiques

Le défaut de contrôle de l’homéostasie lymphocytaire que représente le SH est observé dans plusieurs pathologies héréditaires, en association ou non avec une hypopigmentation. C’est le cas en particulier du syndrome de Chediak-Higashi (CHS), du syndrome de Griscelli (GS) ou, encore, des différentes formes génétiques de lymphohistiocytose familiale (FHL). La caractérisation des causes moléculaires responsables de ces pathologies a permis d’identifier de nouveaux effecteurs impliqués dans le fonctionnement de la machinerie lytique des lymphocytes T et NK (Figure 3).

Figure 3

Distribution des granules cytotoxiques dans des CTL contrôles, et dans des CTL de patients présentants différents défauts génétiques liés à une anomalie de la fonction cytotoxique.

Distribution des granules cytotoxiques dans des CTL contrôles, et dans des CTL de patients présentants différents défauts génétiques liés à une anomalie de la fonction cytotoxique.

A. Distribution des granules cytotoxiques (sphères vertes) sur le réseau de microtubules (lignes) dans des cellules T cytotoxiques (CTL) non conjuguées (à gauche). Après reconnaissance d’une cellule présentatrice d’antigène par une CTL et formation d’un conjugué entre les deux cellules (au milieu), les granules cytotoxiques se déplacent le long des microtubules vers le centre organisateur de microtubules (MTOC, en bleu), et polarisent avec lui vers le point de contact cellulaire ou se forme la synapse immunologique (SI). La sécrétion du contenu des granules induit l’apoptose de la cellule cible (à droite). B. Représentation des différents défauts cytotoxiques dans les CTL de patients présentant une mutation de Rab27a, de CHS/LYST, de Munc13-4 ou de la syntaxine 11, et conjugués avec une cellule cible. L’existence d’un défaut cytotoxique associé à une anomalie de la syntaxine 11 doit encore être démontrée.

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Un de ces effecteurs indispensables à la fonction cytotoxique est la protéine CHS, dont les anomalies provoquent le syndrome de Chediak-Higashi, ou son modèle murin, la souris beige. Un défaut en CHS est associé à la présence de granules cytotoxiques géants, capables d’être transportés vers la synapse immunologique (SI) au contact de la cellule cible, mais incapables de libérer leur contenu lytique [13]. Bien que l’identification de cette protéine remonte à une dizaine d’années, sa fonction précise reste inconnue. Sa très grande taille (> 400 kDa) explique en partie la difficulté de son étude. La présence de grosses granulations de nature lysosomale résultant d’un défaut en CHS suggère la participation de cette protéine dans les mécanismes de fusion ou de fission membranaire entre différents compartiments vésiculaires intracellulaires. Une expression de CHS est détectable dans de nombreux autres tissus : mélanocytes, fibroblastes, cellules tubulaires rénales, mais également cellules de Schwann et neurones. Son défaut rend compte de l’hypopigmentation qui caractérise ce syndrome, et peut-être également d’autres défauts fonctionnels, en particulier neurologiques, qui semblent apparaître au cours du temps [14].

Un deuxième effecteur clé de la machinerie lytique est la GTPase Rab27a, un membre de la famille des protéines Rab impliquée dans le transport vésiculaire. Son défaut est responsable du syndrome de Griscelli de type 2. Nous avons pu montrer que les lymphocytes cytotoxiques déficients en Rab27a étaient incapables de libérer le contenu de leurs granules lytiques, en raison, probablement, d’un défaut dans le transport terminal ou l’arrimage de ces granules à la membrane plasmique du lymphocyte, au niveau du contact cellulaire avec la cellule cible [15]. Comme celle de la protéine CHS, l’expression de Rab27a n’est pas restreinte aux lymphocytes. Au niveau des mélanocytes de la peau, Rab27a dirige le transport des mélanosomes contenant le pigment en périphérie de la cellule, et son déficit rend compte de l’hypopigmentation qui caractérise le syndrome de Griscelli [16]. Dans un certain nombre de tissus, comme dans le système nerveux, la fonction de Rab27a semble pouvoir être compensée par celle d’une isoforme très proche, Rab27b. Cela permet d’expliquer que l’expression de la pathologie soit essentiellement immunitaire et mélanocytaire.

De plus, l’observation de certains patients présentant l’anomalie pigmentaire caractéristique du syndrome de Griscelli, sans pour autant développer un syndrome hémophagocytaire, nous a permis de mettre en évidence la responsabilité d’effecteurs de la protéine Rab27a, dans ces formes phénotypiquement différentes du syndrome de Griscelli (types 1 et 3). Des anomalies de la mélanophiline [17], l’effecteur de Rab27a dans le mélanocyte, ou de son partenaire la myosine Va [18], observées chez les patients ayant un syndrome de Griscelli de type 3 et 1, respectivement, affectent l’interaction de ces protéines entre elles. Elles conduisent à un même défaut de transport des mélanosomes en périphérie des mélanocytes vers les kératinocytes adjacents, et donc à une hypopigmentation de la peau.

L’identification d’une des causes moléculaires à l’origine de la lymphohistiocytose familiale de type 3 (FHL3) nous a permis de caractériser un troisième effecteur de cette voie d’exocytose des granules lytiques, la protéine Munc13-4 [19]. La fonction de Munc13-4 est indispensable aux granules lytiques arrimés au niveau de la synapse immunologique pour leur permettre de fusionner avec la membrane plasmique, et ainsi libérer leur contenu lytique. Munc13-4 joue un rôle de facteur d’amorçage de la fusion membranaire, une fonction très proche de celle décrite au niveau de la synapse neurologique pour d’autres membres de la famille Munc13, qui semblent indispensables à l’exocytose des vésicules synaptiques contenant les neurotransmetteurs [20].

Récemment, une autre forme héréditaire du SH, la lymphohistiocytose familiale de type 4 (FHL4), a été associée à un défaut moléculaire de la syntaxine 11 [21]. Cette protéine appartient à la famille des SNARE (soluble N-ethyl-maleimide-sensitive factor attachment protein receptors), qui régulent la fusion membranaire entre les différents compartiments intracellulaires. Contrairement à tous les autres défauts moléculaires identifiés responsables d’un SH héréditaire, la syntaxine 11 pourrait ne pas être impliquée directement dans l’activité cytotoxique des lymphocytes T. Cette protéine semble d’ailleurs plus volontiers exprimée dans les cellules myéloïdes que lymphoïdes. Son expression dans les cellules présentatrices d’antigène pourrait lui permettre de participer indirectement à la fonction cytotoxique, par le biais du contact entre cellule présentatrice d’antigène et cellule T cytotoxique. Il est également possible que la syntaxine 11 régule l’homéostasie lymphocytaire par un mécanisme autre, révélé par cette pathologie immunitaire héréditaire, qu’il reste à caractériser.

Des mécanismes d’exocytose communs à la synapse immunologique et à la synapse neurologique

L’analogie entre les mécanismes qui régulent l’exocytose des vésicules à la synapse immunologique (SI) et ceux utilisés au niveau de la synapse neurologique (SN) mérite d’être soulignée (Figure 4A). Il faut remarquer que les contraintes fonctionnelles de ces deux types de synapses sont proches. Il s’agit dans les deux cas de rendre disponible rapidement, de façon transitoire, en un lieu précis et uniquement en ce lieu (au contact d’une « cible fonctionnelle »), le contenu actif de quelques vésicules parmi un large pool de vésicules en attente. Dans les deux situations, la sécrétion est régulée par un signal d’activation et doit pouvoir être répétée par une même cellule avec la même efficacité. Ce sont des protéines Rab, en particulier Rab3 au niveau de la SN et Rab27 au niveau de la SI qui, recrutées au niveau de la membrane vésiculaire, assurent le transport des vésicules à la synapse. À la SN, Rab3 interagit avec des partenaires spécifiques (comme RIM1, Rab3-interacting molecule 1) et des facteurs d’arrimage déjà présents au niveau de la zone active de la membrane présynaptique [22], assurant une localisation très précise des vésicules synaptiques au site de sécrétion. Les vésicules arrimées sont ensuite rendues compétentes pour la fusion au cours d’une étape d’amorçage dépendante d’un membre de la famille Munc13. Munc13-1 au niveau de la SN favorise l’ouverture conformationnelle de la syntaxine 1 et la formation en trans d’un complexe tripartite entre les protéines SNARE ancrées sur les vésicules (v-SNARE), et celles présentes au niveau de la membrane présynaptique (t-SNARE) [23, 24] (Figure 4A). La formation de ce complexe permet le rapprochement des deux membranes, puis la fusion, dépendante du calcium, des bicouches lipidiques. En agissant sur le quantum de vésicules prêtes à excréter leur contenu en réponse à l’influx calcique, Munc13-1 participe également à la plasticité neuronale [20].

Figure 4

Modélisation du rôle des protéines Rab et Munc13 dans l’exocytose régulée au niveau de la synapse neurologique (SN) et de la synapse immunologique (SI).

Modélisation du rôle des protéines Rab et Munc13 dans l’exocytose régulée au niveau de la synapse neurologique (SN) et de la synapse immunologique (SI).

A. À la synapse neurologique, Rab3 est recrutée au niveau de la membrane de la vésicule présynaptique et participe à son transport jusqu’à la zone active de la synapse. Rab3 interagit alors avec son effecteur, RIM1 (Rab3-interacting molecule 1), prépositioné avec Munc13-1 au niveau de la membrane plasmique, permettant ainsi l’arrimage des vésicules à la membrane présynaptique. La fusion est déclenchée par l’action concertée de SNARE (soluble N-ethyl-maleimide-sensitive factor attachment protein receptors) et de Munc13-1. Les protéines SNARE, présentes sur chacun des partenaires de fusion, forment des ponts protéiques qui rapprochent les membranes en cours de fusion, une réaction déclenchée par Munc13-1. Après la fusion membranaire, les SNARE retrouvent leur état initial, avec l’aide d’autres effecteurs, pour constituer le cycle des SNARE. De même, Rab3 se détache de la membrane vésiculaire pour effectuer un nouveau cycle (cycle des Rab). B. Au niveau de la synapse immunologique, Rab27a semble recrutée au niveau de la vésicule cytotoxique et, en interagissant avec un (des) effecteur(s) non encore identifié(s), permettrait le transport et l’arrimage de vésicules à la SI. C’est par l’intermédiaire de ce transport vésiculaire que Munc13-4 atteint la SI nouvellement formée au point de contact entre CTL et cellule cible. Munc13-4 est impliqué dans l’étape d’amorçage de la fusion des vésicules, étape qui suit l’arrimage et précède la fusion à proprement parler des vésicules avec la membrane plasmique. Les membres de la famille SNARE impliqués à cette étape au niveau de la SI doivent encore être identifiés.

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L’étude du mécanisme conduisant à l’exocytose des granules cytotoxiques au niveau de la SI laisse entrevoir une séquence d’événements similaire : la stimulation des lymphocytes cytotoxiques, par reconnaissance de l’antigène que leur présente la cellule cible, induit la polarisation du centre organisateur des microtubules (MTOC), de l’appareil de Golgi et des granules cytotoxiques vers la zone de contact membranaire entre cellule cytotoxique et cellule présentatrice d’antigène [10]. C’est au cours de cette activation que Rab27a serait recrutée sur les granules cytotoxiques polarisés (Figure 4B). Le transport et l’arrimage des granules cytotoxiques à la SI fait intervenir un effecteur de Rab27a encore inconnu. De même, par analogie avec les mécanismes décrits au niveau de la SN, Munc13-4 devrait agir au niveau de la SI, en aval de Rab27a, pour préparer la phase de fusion membranaire du granule avec la membrane plasmique, en interagissant avec un membre de la famille des SNARE. L’interaction entre Munc13-4 et Rab27a récemment mise en évidence [25] pourrait également être impliquée dans cette étape. Enfin, une caractéristique essentielle de la SI est sa nature transitoire, et surtout sa localisation éminemment labile qui dépend du lieu de contact avec la cellule cible, une différence notable avec la SN. C’est peut-être pour s’adapter à cette variabilité que Munc13-4 n’est pas prélocalisée au niveau de la membrane plasmique, comme l’est Munc13-1, mais est transportée par le biais du trafic vésiculaire vers le site de sécrétion formé de novo.

Conclusions et perspectives

La sécrétion des granules lytiques des lymphocytes est une fonction essentielle du système immunitaire, en raison de sa participation à la défense de l’organisme contre des cellules tumorales ou infectées, mais également dans la régulation de la réponse immune. D’autres effecteurs de cette voie cytotoxique devraient être à l’origine de SH non encore caractérisés sur le plan moléculaire. Inversement, la caractérisation moléculaire de SH non associés à un défaut cytotoxique devrait révéler d’autre(s) voie(s) de contrôle de l’homéostasie lymphocytaire. Les mécanismes régulateurs précis mis en oeuvre restent imparfaitement compris. Cependant, l’importance de la sécrétion exagérée d’IFNγ dans le processus du SH incite à tenter de cibler les effecteurs de cette molécule dans le traitement des SH. Enfin, la compréhension des mécanismes physiopathologiques à l’origine des SH héréditaires devrait aider à mieux appréhender les mécanismes pouvant conduirent au développement d’un syndrome hémophagocytaire acquis, tel qu’il peut être observé au cours de certaines infections virales comme l’infection par le virus Epstein-Barr ou, comme cela a très récemment été proposé, par le virus influenza responsable de la grippe aviaire [26, 27].

Parties annexes