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Recensions

Stan, C.-A. (dir.) (2015). L’histoire nationale telle qu’elle est enseignée dans nos écoles. Québec : Presses de l’Université Laval

  • Johanne Lebrun

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  • Johanne Lebrun
    Professeure, Faculté d’éducation, Université de Sherbrooke

Corps de l’article

Présentation

L’ouvrage réunit 19 mémoires déposés dans le cadre de la consultation publique sur le renforcement de l’enseignement de l’histoire nationale au primaire et au secondaire menée en décembre 2013 par le sociologue Jacques Beauchemin et l’historienne Nadia Fahmy-Eid. La consultation visait notamment l’élaboration d’un nouveau programme d’histoire de 3e et de 4e secondaire en remplacement de celui de 2006 faisant l’objet d’âpres débats depuis sa parution. Le document de consultation proposait cinq axes de discussion:

  1. Le programme actuel vous semble-t-il conforme aux exigences de l’histoire comme science?

  2. Les objectifs d’éducation à la citoyenneté, tels qu’ils sont formulés dans le programme actuel, vous semblent-ils compatibles avec les exigences scientifiques de l’histoire?

  3. Que devrait transmettre le programme d’histoire du Québec?

  4. Quelle est la pertinence du cadre national comme clé d’intelligibilité de l’histoire?

  5. Devrait-on abandonner l’approche thématique en 4e secondaire et opter pour un cours chronologique étalé sur deux ans?

L’ouvrage est divisé en trois parties. La première englobe neuf courts textes (5 à 6 pages) provenant de didacticiens. Ceux-ci se penchent plus particulièrement, mais pas exclusivement, sur les deux premiers axes de discussion. On y aborde, entre autres, le constructivisme (Joly-Lavoie, Yelle, Lefrançois, Boutonnet et Poyet pour le CRIFPE), l’histoire en tant que science (Association québécoise pour la didactique de l’histoire et de la géographie; Boutonnet), les liens entre l’histoire et la citoyenneté (Yelle, Joly-Lavoie et Poyet; Stan; Lefrançois; Laville), la place des femmes dans l’histoire (Brunet) et les liens entre l’histoire, la mémoire et l’enseignement de l’histoire (Moisan). La seconde partie présente six textes de longueur variable (entre 5 et 19 pages) émanant d’associations diverses: Fédération nationale des enseignants et enseignantes du Québec (FNEEQ-CSN); Fédération des établissements d’enseignement privés (FEEP); Groupe des responsables de l’univers social (GRUS); Association québécoise pour l’enseignement en univers social (AQEUS); Société des professeurs d’histoire du Québec (SPHQ); Institut d’histoire de l’Amérique française (IHAF). Ils abordent de manière plus ou moins approfondie l’ensemble des axes de discussion soulevés par le document de consultation. La troisième partie, plus éclectique, contient quatre textes abordant successivement la légitimité de la consultation publique (Gani), les bases d’un programme d’histoire nationale (Bouvier et D’Arcy), la nécessité d’une histoire nationale (Bédard) et les liens entre le récit national et la pensée historique (Zanazian). En guise de conclusion, l’ouvrage présente un texte de Blanch et González-Monfort de l’université libre autonome de Barcelone qui fait notamment ressortir certaines convergences entre le Québec et la Catalogne quant aux débats sur l’enseignement de l’histoire.

Point de vue

D’entrée de jeu, la lecture de la première et de la quatrième de couverture laisse perplexe. Le titre annonce un propos sur l’histoire nationale telle qu’elle est enseignée dans nos écoles alors que la description du contenu sommaire de l’ouvrage évoque un nouveau programme d’histoire qui sera le reflet d’un rapport de forces entre les historiens et les didacticiens, représentants de deux visions différentes. La confusion persiste à la lecture des propos introductifs qui précisent que l’ouvrage poursuit plusieurs objectifs, dont ceux de concilier des visions distinctes, mais complémentaires, de poursuivre le dialogue entre les différents acteurs éducatifs et de fournir une grille de lecture aux enseignants afin de comprendre les idées de fond des auteurs. Par ailleurs, l’introduction fait l’économie d’un rappel systématique des axes de discussion et des propositions du document de consultation. En l’absence de cette contextualisation, la lecture du corps de l’ouvrage risque de s’avérer assez opaque pour un lectorat non familier avec les termes de cette consultation. Par ailleurs, colliger 19 courts mémoires traitant sensiblement des mêmes objets s’accompagne de redondances et de propos dont les fondements demeurent dans bien des cas assez peu approfondis. En ce sens, l’atteinte des objectifs évoqués en introduction, notamment celui de doter les enseignants d’une grille de lecture permettant de comprendre les idées de fond des auteurs, semble quelque peu illusoire.

En dépit de ses nombreuses imperfections, l’ouvrage fournit un éclairage pertinent pour quiconque s’intéresse au débat accompagnant presque inévitablement depuis quelques décennies tout nouveau programme d’histoire nationale du Québec. En réunissant des textes de provenance diverse, il offre un panorama, certes incomplet et peu approfondi, mais néanmoins fort instructif quant aux prémisses qui président aux différentes positions.