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Compte rendu

Foucault à Montréal : réflexions pour une criminologie critique, Ouvrage dirigé par Sylvain Lafleur, Montréal, Éditions de la rue Dorion, 2021, 200 p.

  • Catherine Chesnay et
  • Maude Doré-Caillouette

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  • Catherine Chesnay
    Professeure, École de travail social, Université du Québec à Montréal

  • Maude Doré-Caillouette
    Organisatrice en milieu de vie, Réseau Habitation Femmes (Montréal)

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Couverture de L’approche biographique et l’approche narrative : contributions à l’intervention sociale, Volume 32, numéro 2, automne 2021, p. 1-404, Nouvelles pratiques sociales

L’ouvrage Foucault à Montréal se déploie autour d’une conférence donnée par Michel Foucault en 1976 à Montréal, dans le cadre de la Semaine du prisonnier, à la suite de l’invitation de Jean-Claude Bernheim, alors président de l’Office des droits des détenus. Retranscrite puis publiée à quelques reprises, la conférence « Alternatives » à la prison : diffusion ou décroissance du contrôle social reste largement méconnue. Sous la direction de Sylvain Lafleur, Foucault à Montréal vise évidemment à diffuser cette conférence, mais aussi à s’engager dans une réflexion contemporaine sur le dispositif pénal. Pour ce faire, des entretiens menés auprès de politologues, de criminologues et de militants accompagnent le texte de Foucault. Ces six entretiens, ainsi que le texte de clôture de Lafleur, permettent de situer les propos de Foucault historiquement et politiquement, en s’ancrant non seulement dans l’actualité pénale, mais aussi dans une réflexion sur le champ de la criminologie. Bien que ces questions puissent paraître spécialisées pour ceux.elles qui travaillent dans le champ social, cet ouvrage met de l’avant la perméabilité du social au pénal, et ce, autant dans le champ des interventions sociales à proprement parler que dans celui de la recherche sur les interventions sociales. Autrement dit, cet ouvrage donne des outils et des pistes pour penser le pénal dans le social. Le point de départ de la conférence de Foucault touchait les alternatives pour remplacer la prison, attaquée par diverses critiques, en raison de son échec à endiguer le crime, voire être une école du crime. Fidèle à sa méthode, Foucault renverse sur elles-mêmes ces questions et formule deux hypothèses de travail qui lui permettent d’interroger l’État pénal bien au-delà des murs de la prison. Il attaque d’abord la question de l’humanisation des peines par l’usage de peines alternatives (l’emprisonnement avec sursis, l’assignation à résidence, les amendes, etc.). En s’attardant aux mécanismes de ces peines, Foucault démontre qu'ils sont en fait une « foule de techniques de correction, de punition, de coercition, au sein même de la collectivité, au plus près des corps, afin de produire des transformations, des conditionnements, des résignations » (p. 56). En s’appuyant sur la famille, sur le travail ainsi que sur les capacités d’auto-régulation des individus, les peines dites alternatives veulent fixer un individu, dans le temps et dans l’espace, puis l’épingler à une obligation de travail et de vie en famille. Selon Foucault, ce glissement des fonctions carcérales de surveillance, de contrôle et de resocialisation hors des murs de la prison laisse présager une inflation de ces fonctions vis-à-vis de certaines populations, comme en font d’ailleurs état Tony Ferri, Jade Bourdages et Sylvain Lafleur dans leur contribution respective. La seconde hypothèse de travail de Foucault est que la prison est loin d’être en faillite, mais plutôt qu’elle remplit toujours sa fonction première. D’emblée, il souligne le paradoxe suivant : le système judiciaire est un appareil qui vise à faire respecter la loi, mais au centre de ce dernier, le mécanisme de la prison carbure à l’illégalité. Trafics de toute sorte, violences, carences… sont des problèmes connus dans les prisons – mais qui perdurent, malgré toutes les réformes carcérales – et ce, y compris au Canada, comme Jean-Claude Bernheim et Jade Bourdages en font la démonstration. Foucault affirme donc que la prison s’inscrit dans un système qui ne vise pas tant à enrayer le crime, mais plutôt à organiser ce que Foucault définit comme des illégalismes. Le terme illégalisme n’est pas ici nécessairement un acte illégal, mais plutôt un espace de jeu avec ce qui est considéré comme une infraction, un crime, mais aussi les actes tolérés et traités par des …

Parties annexes