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Comptes rendus

R.D. Rollinger, Philosophy of Language and Other Matters in the Work of Anton Marty : Analysis and Translation, Amsterdam/New York, Rodopi, 2010[Notice]

  • Denis Seron

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  • Denis Seron
    Université de Liège

Par comparaison avec d’autres grandes figures de l’école brentanienne, comme Meinong et Husserl, la philosophie d’Anton Marty jouit d’une reconnaissance très lacunaire et — mis à part l’histoire de la linguistique — toute récente. L’ambition de l’ouvrage de Robin Rollinger est de combler cette lacune par une introduction générale et par la traduction de quelques textes importants. Le biais choisi par l’auteur est de se focaliser sur les positions originales au détriment de leur composante polémique. Comme il y insiste à plusieurs reprises, la réception contemporaine de Marty est généralement rendue difficile par le fait que ses écrits sont majoritairement de nature polémique et que ses positions personnelles, pour cette raison, peuvent passer inaperçues : La longue introduction de Rollinger — 127 pages — contribue certainement à faire de l’ouvrage une référence dans le domaine. Le but en est de présenter la philosophie de Marty de manière systématique et historique, en donnant la priorité aux questions philosophiques sur les questions plus linguistiques. Il en résulte le tableau d’une philosophie inconditionnellement empiriste et anti-platoniste, fortement enracinée dans la psychologie descriptive brentanienne. Le premier chapitre de l’introduction restitue, assez sommairement, le contexte historique de la philosophie de Marty par un aperçu introductif de la situation de la philosophie, de la psychologie, de la linguistique et de la philosophie du langage. Quoique très succinct, ce chapitre renferme quelques précieuses indications notamment sur les rapports de Marty avec Sigwart et avec la linguistique de la fin du dix-neuvième siècle. Au chapitre II, Rollinger précise la spécificité et les principales tâches de la philosophie du langage selon Marty, essentiellement à partir des Untersuchungen zur Grundlegung der allgemeinen Grammatik und Sprachphilosophie (1908). La philosophie du langage de Marty, souligne-t-il, se définit d’abord par sa dimension intimement (mais non exhaustivement) psychologique, ensuite par le fait qu’elle est, à titre de linguistique générale, une branche de la linguistique. Rollinger consacre ensuite de très éclairantes analyses à la division de la philosophie du langage, chez Marty, en une partie pratique — notamment logique —, et une partie théorique à laquelle se rattachent la « sémasiologie » — l’étude des formes linguistiques en tant qu’« outils langagiers » et des significations —, ainsi que la psychologie (descriptive et génétique) du langage. Le troisième et dernier chapitre de l’introduction est consacré à deux thématiques centrales de la sémasiologie, les formes linguistiques internes et la signification, Rollinger accordant la priorité à la seconde en opposition à la lecture classique d’Otto Funke. On y trouvera un exposé précieux de quelques distinctions fondamentales introduites par Marty : formes linguistiques internes figuratives (métaphores et métonymies) et constructives (fictions) ; autosémantiques et synsémantiques ; énoncés, Emotive et Vorstellungssuggestive ; etc. De manière éclairante, Rollinger distingue entre un « sens communicatif » de la notion de signification — sa fonction consistant à éveiller un certain état mental chez le récepteur —, et un « sens ontologique » où la signification est définie en termes de contenu d’acte mental ou d’état de choses. Sur le second point, Rollinger développe finement la divergence entre Marty et Brentano sur la question des irrealia : les contenus de jugement sont des entités qui, bien qu’irréelles, sont pourvues d’existence. Ce qui lui permet non seulement d’opposer l’ontologie des entités sémantiques de Marty au réisme brentanien, mais aussi d’entreprendre une confrontation suggestive avec les positions de Bolzano, Frege, Meinong, Husserl, Stumpf et Twardowski. L’analyse systématique des distinctions de Marty concernant les « suggestifs représentationnels » (formes linguistiques dont les corrélats mentaux sont les représentations, à savoir, entre autres, les noms) est remarquable de clarté et de précision. Rollinger y détaille notamment, en relation …