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Éditorial

  • Élise Ledoux

Ce numéro regroupe plusieurs articles différents, à l’image de la diversité des enjeux liant le travail à la santé. Il est question du métier d’enseignant et des troubles psychosociaux, des accidents occasionnés par une perturbation du mouvement, et de prévention des TMS. La façon dont sont conçus le travail, l’organisation, les espaces de travail, les équipements est à repenser. Regard aussi sur les travailleurs cumulant diverses formes de précarité et ceux devant composer avec une maladie chronique. Quelles formes d’accompagnement sont nécessaires ?

Corps de l’article

Au cours des derniers mois, la revue PISTES a lancé une importante opération de mise à jour de son référencement dans les principales bases de données en sciences humaines visant à accroître sa diffusion. Confiants de pouvoir sous peu vous annoncer que la revue est référencée dans Scopus, nous tenons à remercier Maya Lepage, spécialiste en bibliothéconomie, qui nous a accompagnés dans ce chantier. De plus, l’excellence de la revue a été soulignée par l’octroi en décembre 2016 d’une subvention de fonctionnement d’une durée de trois ans par le Fonds de recherche Société et culture du Québec. C’est grâce à votre contribution comme auteurs, évaluateurs ou lecteurs que PISTES est de plus en plus reconnue comme un véhicule important de diffusion des résultats de la recherche dans le domaine du travail et de la santé. Merci à vous tous !

Le numéro que vous trouverez au retour des vacances estivales regroupe plusieurs articles différents, à l’image de la diversité des enjeux liant le travail à la santé.

Deux articles portent sur le métier d’enseignant. L’article de Solange Ciavaldini-Cartaut et collaborateurs s’intéresse aux enseignants qui intègrent leur premier poste à l’issue de leur formation professionnelle initiale. Il se propose d’explorer les liens susceptibles d’exister entre la pénibilité au travail en milieu scolaire, le stress pathologique et le décrochage professionnel en s’appuyant à la fois sur une approche transactionnelle du stress et sur la psychodynamique du travail. Le deuxième article porte sur les dérives de la recherche et la détresse psychologique chez les professeurs d’université (Leclerc et coll.). Malgré un haut niveau d’engagement dans le travail, fatigue, désillusion et détresse sont ressenties lorsque ces derniers doivent se conformer à un modèle unique de performance et aux règles insensées de productivité qu’on leur impose.

Toujours dans le domaine des troubles psychosociaux, Sabrina Rouat et ses collaborateurs cherchent à savoir si l’individualisation des problèmes de santé psychologique au travail se retrouve dans la perception des acteurs de la santé au travail et la manière dont celle-ci impacte les modes d’intervention. Les résultats d’un questionnaire complété par 137 personnes indiquent une perception des facteurs participant à l’émergence de risques psychosociaux comme davantage liés aux problématiques de travail qu’à de seules caractéristiques personnelles.

L’impact des contraintes de travail et de l’environnement est aussi mis de l’avant lorsqu’il s’agit de faire de la prévention des accidents occasionnés par une perturbation du mouvement, toujours aussi fréquents en milieu de travail. À partir de 143 récits d’accidents survenus dans les secteurs de la construction et de la métallurgie, analysés au moyen d’une approche probabiliste, les scénarios extraits par les auteurs, Sylvie Leclerq et coll., plaident en faveur d’une prévention locale et diversifiée où logiques de production et de sécurité doivent être croisées pour une prévention durable.

Toujours dans cette perspective de prévention durable, concevoir des équipements de travail tout en s’assurant de prévenir les TMS est un défi pour de nombreuses entreprises. L’article de Jacques Marsot et de Jean Jacques Atain-Kouadio propose des points d’ancrage pour une prise en compte très en amont de cet enjeu dans le processus de conception.

Trois articles s’intéressent à des populations particulières de travailleurs. L’équipe de Sylvie Gravel s’intéresse à la santé des travailleurs cumulant des précarités, soit ceux embauchés par des agences de location de personnel ou des petites entreprises non syndiquées ainsi que les travailleurs étrangers temporaires. Elle présente les constats d’une revue de la littérature et d’une consultation d’experts sur la question. L’autre article s’intéresse aux travailleurs atteints d’une maladie chronique. Lorsque la maladie conduit à un réaménagement du parcours de vie, des capacités et des désirs, la construction de projets peut s’appuyer sur l’expérience des activités déployées depuis l’irruption de la maladie : celles-ci sont l’occasion de confronter désirs et possibles. L’article de Joëlle Mezza présente les pratiques d’orientation mises en œuvre dans le cadre d’une recherche-action. Enfin, l’article d’Emmanuelle Reille-Baudrin s’intéresse aux coworkers. À partir d’une intervention en psychologie clinique du travail basée sur la co-analyse de l’activité dans un espace de coworking, cet article cherche à rendre compte du caractère avant-coureur de cette nouvelle forme d’organisation du travail, des motivations et des objectifs des co-fondateurs de cet espace et de ceux des coworkers qui l’utilisent.

Finalement, Nadine Poussin s’intéresse au lien entre l’utilisation du mime comme moyen de co-analyse de l’activité et la production d’épreuves affectives propices au développement du pouvoir d’agir de médecins du travail.

Dans la rubrique En parcourant l’histoire, Anne Lancry_Hoestlandt commente un texte rédigé par Guy Karnas et Pierre Salengros dans le cadre d’un colloque s’intitulant L’ergonomie en informatique qui a eu lieu en Belgique en 1985. Le propos des auteurs est de montrer que trente ans après la parution de l’ouvrage de référence de Ombredane et Faverge (1955), les principes fondant l’analyse du travail sont suffisamment robustes et évolutifs pour permettre l’analyse de situations de travail complètement nouvelles et inconnues de celles des années 50. Encore aujourd’hui, ces concepts sont toujours riches de développements nouveaux adaptés aux nouvelles évolutions du travail, ce qu’a mis en évidence la journée d’étude organisée par le GRESHTO-CRTD au CNAM en 2012 consacrée au livre d’André Ombredane et Jean-Marie Faverge publié en 1955 : « L’analyse du travail. Facteur d’économie humaine et de productivité » (https://www.octares.com/telechargements-gratuits/203-andre-ombredane-jean-marie-faverge-l-analyse-du-travail-ruptures-et-evolutions.html). Un grand merci à Laboreal (http://laboreal.up.pt), une revue scientifique électronique portugaise, qui nous a permis de publier ces textes en version française.