Recensions

Lionel Groulx. Correspondance 1894-1967. Tome 1  : Le prêtre-éducateur 1894-1906 sous la direction de Giselle Huot, Juliette Lalonde-Rémillard et Pierre Trépanier, Montréal, Fides, 1989, 858 p.[Notice]

  • Esther Delisle

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  • Esther Delisle
    Université Laval

Grâce à des subventions du Conseil de recherches en sciences humaines du Canada, la Fondation Lionel-Groulx a pu réunir et préparer l'édition de la correspondance de Lionel Groulx sur une période de 12 ans, soit de 1894 à 1906. Il s'agit du premier tome d'une série de quinze qui comprendra l'ensemble de la correspondance de Groulx jusqu'à sa mort.

Le premier tome rassemble 526 lettres adressées à 95 correspondants. De ce nombre 192 sont reproduites m extenso et 334 sont attestées et accompagnées du texte rapportant les propos de Groulx. La majorité des missives sont accompagnées de notes biographiques et de commentaires explicatifs sur les événements qui y sont évoqués. Ces lettres couvrent la période où Lionel Groulx enseigne au collège de Valleyfield et où il devient prêtre.

Le ton des lettres qu'il écrit à ses protégés peut laisser le lecteur songeur, ou même être interprété comme troublant par les esprits chagrins. Groulx exprime parfois une affection très intense, constate Giselle Huot dans l'introduction 1 du volume, et l'on retrouve sous sa plume de "bien tendres mots" (p. xxxv), précise-t-elle. Ce qui est exact. Des expressions telles que "Mon bien-aimé Erie", "Mon doux Emile", "mes petits chéris" émaillent la correspondance de Groulx. Giselle Huot se demande si Groulx n'aurait pas épuré sa correspondance de crainte qu'elle ne soit, écrit-elle, "malignement interprétée". S'il l'a fait, conclut-elle, "nous devons respecter sa volonté, car ce qu'il nous a légué est pure munificence" (p. xxxvi). Rien de moins.

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M. Pierre Trépanier, dans la seconde introduction, frappe plus juste lorsqu'il mentionne l'état d'exaltation qui parcourt la pédagogie, la direction de conscience et l'action politique de Groulx, ce dernier s'assignant comme mission à l'époque de "faire du collège une école d'exaltation" (p. xc). Le principal instrument pour y parvenir est le mouvement d'Action catholique - dont les membres sont dénommés "Actionnaires" - que Groulx fonde en 1901 et qui repose surtout sur le trio formé des étudiants Erie G. Barlett, Emile Léger et Philiza Perras. "Je crois en la jeunesse comme je crois en Dieu" (p. 445) écrit Groulx dans son journal après l'avoir écrit dans La Croix, Cette jeunesse devrait s'épanouir dans une "atmosphère divine" (p. 705), ce à quoi s'emploie la phalange estudiantine dirigée par Groulx et toute vouée à ce que ce dernier appelle "la Cause". À l'instar des douze apôtres, ou des poignées d'hommes qui ont changé l'histoire, il lui revient d'arracher "quelques jeunes hommes à l'existence déflorée du vulgarisme et de l'insignifiance pour les jeter dans la fournaise ardente de l'action catholique" (p. 549).

Les collèges d'alors sont à cent lieues d'un catholicisme incandescent : sous la houlette d'un clergé ne transmettant qu'une religion "formaliste et routinière" (p. 567), incapable d'inspirer un "véritable esprit national" (p. 576), ils ne produisent que des "pleutres", "des âmes de ouate, des communiants par abonnement hebdomadaire ou semi hebdomadaire" (p. 551-552), "des bourgeois individualistes" (p. 59, 566, 613, 705) lesquels demeurent la cible préférée de Groulx. Il se désole de voir "la prodigieuse multitude des nullités, des sans-force et des sans-tête" (p. 599) issus d'une formation inadéquate, des "chrétiens de serre-chaude, chrétiens bourgeois et viveurs qui seront demain des repus dans le monde ou des curés moisissants" (p. 540).

Les autorités religieuses du collège et du diocèse ne l'entendent pas de cette oreille. De plus, l'amitié intense de Groulx pour certains de ...