Recensions

Finie...la Guerre froide? de Gérard Bergeron, Sillery, Éditions du Septentrion, 1992, 214 p.[Notice]

  • Philippe Le Prestre

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  • Philippe Le Prestre
    Université du Québec à Montréal

Écrire un essai sur les transformations actuelles du système international qui satisfasse à la fois le grand public et les spécialistes n'est pas chose facile. Gérard Bergeron se propose de relater les circonstances qui ont présidé à la fin de la guerre froide, à la lumière de ses études antérieures sur les relations est-ouest depuis 1945. Les deux premiers chapitres résument l'évolution de la guerre froide de 1945 à 1985 et offrent une explication des fluctuations observées. Le chapitre suivant présente l'évolution des rapports entre les deux Grands de 1985 à 1991, tandis que le chapitre 4 se concentre sur l'évolution politico-économique de l'URSS pendant la même période. Enfin, les deux derniers chapitres examinent l'impact de l'évolution des rapports est-ouest sur l'Europe centrale et le tiers-monde (dans ce dernier cas, essentiellement dans le cadre de la guerre du Golfe).

Dès l'avant-propos, l'auteur avance clairement un objectif théorique repris de ses contributions antérieures. Selon lui, les relations entre les États-Unis et l'Union soviétique auraient épousé des cycles clairs de tension et de détente explicables par l'évolution de la technologie et des rapports de force en découlant, ou plus exactement par la

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perception des rapports variables de supériorité technico-militaire entre les deux Grands (p.35). Puisque cet argument s'oppose à une multitude d'autres explications, une discussion plus approfondie et surtout plus rigoureuse de ces variables aurait été nécessaire. Cette conception se fonde sur la conviction qu'il existe un seul gradient tension/détente, alors que l'on pourrait envisager l'existence de deux cycles parallèles. D'autre part, les cycles observés semblent simplement avoir été définis intuitivement par rapport à des événements spectaculaires (traités ou sommets). Leur existence aurait cependant pu être testée directement ou à l'aide de données événementielles.

Cette entreprise de théorisation ne définit pas l'argumentation de l'ouvrage: il n'y a ni tentative de vérification, ni même élaboration claire des hypothèses suggérées. Au lieu d'être guidés par cette démarche, les chapitres nouveaux présentent un résumé rapide d'événements assaisonné de remarques personnelles et spéculatives. L'auteur semble en fait modifier la théorie initiale, passant des variables technologiques aux variables internes, essentiellement soviétiques, et d'un rapport de force à des difficultés politico-économiques internes.

Ce n'est donc pas la théorie qui importe le plus ici à l'auteur; est-ce la chronologie des événements? Là aussi l'entreprise est limitée. Trop souvent (ex. ch. 3), la description est sommaire, où l'auteur mélange analyse, opinions et spéculations. D'autres aspects irritent. Les remarques sur les origines de la guerre froide, dont l'auteur ne veut pas traiter, ignore les explications dynamiques (p. 29). L'auteur indique (p. 68) que "La technique des sommets inter-Grands n'a guère suscité d'attention dans l'analyse du système international". C'est ignorer une riche littérature à laquelle les quelques réflexions présentées ajoutent peu. La littérature anglo-saxonne sur les rapports est-ouest et celle sur les relations internationales sont absentes de cette analyse.

Enfin, cet ouvrage est trop court (le tiers du livre reprend des écrits antérieurs), écrit trop rapidement, et organisé à la diable (deux conclusions ayant peu de rapport avec le texte sont suivies d'un post-scriptum et de deux annexes!). Le désir de coller à l'événement empêche ainsi

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l'auteur de contribuer de façon originale à l'analyse de cette période et de tester rigoureusement les hypothèses suggérées.

Philippe Le Prestre Université du Québec à Montréal