Recensions

Le Québec en jeu. Comprendre les grands défis sous la direction de Gérard Daigle avec la collaboration de Guy Rocher, Montréal, Les Presses de l’Université de Montréal, 1992, 811 p.[Notice]

  • Nicole Gagnon

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  • Nicole Gagnon
    Université Laval

Gérard Daigle présente sa brique comme les Essais sur le Québec contemporain des années quatre-vingt-dix, feignant d'ignorer que la place était déjà occupée par La société québécoise après 30 ans de changements, publié par ri.Q.R.C. en 1990. Dans ce cas-ci comme dans l'ouvrage princeps, il s'agissait des actes d'un colloque anniversaire (centenaire de l'Université Laval en 1952, dix ans de l'I.Q.R.C. en 1989) et dont le maître d'oeuvre était la figure de proue de la sociologie du temps : Jean-Charles Falardeau, Fernand Dumont. Le présent recueil est pour sa part le résultat de commandites ad hoc, soucieux de le positionner, Daigle a eu l'heureuse idée de le placer sous le patronage de Guy Rocher.

La sociologie de Laval est à toutes fins pratiques absente des "Essais...de Rocher", l'ubiquiste Simon Langlois y représentant au premier chef l'I.Q.R.C, où il dirige un vaste projet de recherche. La science politique lavalienne domine par contre ici, avec quatre textes, tandis que l'UÛAM et l'U. de M. fournissent à part équivalente les travaux d'origine sociologique, ûuoiqu'en position de rivalité, je reconnais une certaine pertinence à l'entreprise de Daigle. Celui-ci est

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professeur au cégep de Trois-Rivières; son "ouvrage de référence" répondrait-il d'abord à une visée didactique ?

Le colloque de Tl.Q.R.C. cherchait déjà à "comprendre les grands défis". Tout comme en 1952, on y a largement fait appel aux journalistes ou gens d'action, alors que Daigle se limite aux travaux d'universitaires. C'est Lorraine Page, par exemple, qui nous parlait des défis actuels du mouvement syndical, thème abordé ici sous l'angle des transformations historiques par un doctorant de I' UQAM. Contre l'éparpillement de la recherche spécialisée, Dumont tentait de renouveler la problématique d'ensemble. Il coiffait son recueil d'une réflexion sur "notre faculté de lecture" de la société, intitulée "Quelle révolution tranquille ?". L'autre s'en remet au regroupement de travaux "de plusieurs des meilleurs spécialistes" pour qu'en ressorte "la vision globale d'une société", et il confie la Révolution tranquille à un politologue (Réjean Pelletier), qui la ramène à "l'ajustement de l'État à de nouvelles réalités" socio-économiques - niveau d'intelligibilité qui laisse intacte la question de Dumont.

Les textes du colloque sont généralement succincts, plus diagnostiques qu'analytiques et ils ne couvrent qu'un éventail partiel de "thèmes susceptibles de donner lieu à des interrogations un peu englobantes". Daigle envisage pour sa part "un tableau assez complet" du Québec contemporain, qui "couvre l'ensemble de la période 1960-1992". Plusieurs contributions de son recueil relèvent alors du genre synthèse des connaissances acquises sur une grande question ou dimension du social. La valeur didactique de ces textes est indéniable et on n'en trouve pas l'équivalent dans l'autre ouvrage. Je range notamment dans cette catégorie l'exposé liminaire de Pierre Frechette sur "les changements structurels de l'économie", ceux de Fournier/Lapierre-Adamcyk sur la croissance démographique, de lain Gow sur l'administration publique, de Vincent Lemieux sur les partis politiques, ou encore celui de Sylvie Vincent sur les Autochtones. Ajoutons la bonne étude de Rocher lui-même sur la question linguistique, qui remplace avantageusement le propos un peu court de Michel Plourde au colloque de l'I.Q.R.C.

Les enseignants de sociologie soucieux d'aborder les questions classiques de classes sociales et de mouvements

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sociaux ne seront encore servis que chez Daigle, le colloque de l'I.Q.R.C ...