Recensions

À la rescousse des banques de Marc Chabot (préface d’André Blais), Sillery, Presses de l’Université du Québec, 1991, 247 p.[Notice]

  • Pierre P. Tremblay

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  • Pierre P. Tremblay
    Université du Québec à Montréal

Le titre est résolument accrocheur. Les difficultés des empires financiers font recette de nos jours et elles renforcent chez le commun des mortels l'idée d'une justice immanente, même pour entreprendre la lecture de cette thèse de doctorat que son auteur a légèrement remaniée afin de la rendre accessible à un public élargi.

D'instinct, je partage avec Marc Chabot l'opinion que le sauvetage des entreprises par les gouvernements ou par certaines de leurs créatures est une question importante. Ses dimensions sociale et politique doivent, à mon avis, être débattues au même titre que ses enjeux économiques et financiers. Quels motifs poussent l'État à intervenir en faveur

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de certains et pourquoi, dans d'autres cas, choisit-il de ne pas bouger ? Voilà des questions qui tarabustent autant l'homme de la rue que le spécialiste des affaires publiques. Le livre de Chabot a voulu jeter quelques éclairages nouveaux sur ce problème de grande actualité. Il a scruté, pour ce faire, les dossiers d'entreprises dont la faillite appréhendée a mobilisé le secours de l'État ainsi que les dossiers d'entreprises dont les appels à l'aide furent ignorés.

Le livre se divise en cinq chapitres. Dans le premier, l'auteur présente son objet d'étude : la faillite et l'insolvabilité des entreprises. Nous sommes, d'entrée de jeu, conviés à un tour d'horizon de la recherche en la matière. On y apprend dès lors qu'en dépit de la croissance rapide du phénomène, les études canadiennes en droit de la faillite sont peu nombreuses. Ce qui ne semble pas être le cas en sciences administratives, particulièrement en comptabilité et en finance. Marc Chabot souligne d'ailleurs que l'intérêt observé en science de la gestion nous a valu quelques modèles de prédiction fort valables dont le plus connu serait celui de E. Altman publié en 1968. La science économique a aussi la faillite et l'insolvabilité comme objets de recherche. La perspective, aux dires de l'auteur, y serait même plus large qu'en science administrative. Cependant, c'est vers la science politique qu'il se tourne pour entreprendre sa recherche. Il justifie son choix par le rôle central accordée à l'État dans son analyse et par le fait qu'il retient l'affrontement des intérêts comme fondement de son hypothèse.

Au chapitre 2, Chabot se livre à une revue de la littérature. De facture très classique, cette synthèse met résolument l'accent sur les travaux économiques de Trebilcock, sur certaines études de cas (Ville de New York, Chrysler, Dome Petroleum, etc.), et sur les études générales, notamment celle d'André Biais traitant de la rationalité politique de l'aide à l'entreprise et celle de Zysman sur les systèmes financiers. L'exercice est un peu court et ne permet pas de dégager les grandes idées en la matière. Le cadre théorique de la recherche exposé au chapitre suivant va d'ailleurs souffrir de la faiblesse de la revue de la littérature. En effet, le libellé de l'hypothèse de travail constitue

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davantage un constat qu'une explication raisonnée du traitement de faveur accordé aux institutions financières dans le cas de certaines faillites d'entreprises. L'anémie du cadre théorique aura par la suite des effets destructeurs sur la qualité et la pertinence de l'étude. Il est frappant de constater que la formulation de l'hypothèse ("le sauvetage d'entreprises insolvables par le gouvernement bénéficie plus aux banques et aux institutions financières qu'aux travailleurs, aux fournisseurs ou encore aux actionnaires") évacue toute dimension politique ...