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Theorizing Patriarchy de Sylvia Walby, Oxford/Cambridge, Basil Blackwell, 1990, 229 p.[Notice]

  • Manon Tremblay

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  • Manon Tremblay
    Université d’Ottawa

Le livre de Sylvia Walby, Theorizing Patriarchy, cherche à comprendre les modifications survenues au cours du XXe siècle dans les rapports sociaux de sexe en Angleterre. C'est un ouvrage avant tout théorique qui comporte six chapitres principaux, chacun faisant l'étude d'une des six composantes du patriarcat. Pour chaque thème abordé, l'auteure identifie d'abord quelques-unes des inégalités entre les femmes et les hommes, puis présente l'analyse développée par différents courants théoriques (soit le féminisme libéral, le féminisme marxiste, le féminisme radical et le féminisme marxiste et radical (Dual System Theory) et termine en proposant une perspective alternative.

La thèse de l'ouvrage est que la notion de système patriarcal est essentielle en vue d'une compréhension des inégalités entre les femmes et les hommes et des transformations survenues au statut des Anglaises au cours du dernier siècle. En effet, cette période a été témoin de modifications majeures dans les relations entre les sexes, dues au passage d'un patriarcat privé à un patriarcat public. Ces changements se veulent autant d'ordre quantitatif (ce que Walby nomme le degré du patriarcat, ou l'intensité de l'oppression des femmes) que qualitatif (les formes du

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patriarcat, c'est-à-dire les types de patriarcat tels que définis par les relations entre les structures). Deux moments principaux marquent l'entrée des femmes dans la sphère publique et une modification dans la forme et le degré du patriarcat : 1 ° la première vague du féminisme, vue comme une force politique responsable de l'accès des femmes à la citoyenneté politique (obtention de droits politiques et sociaux); 2° l'expansion du capitalisme, qui a permis aux femmes de s'intégrer au marché du travail suite à une restructuration de l'emploi et à une demande de main-d'oeuvre à bon marché. Aussi, bien que l'auteure organise sa démonstration principalement autour de la notion de système patriarcal, elle y intègre également celles de capitalisme et de classes sociales.

Le patriarcat - système de structures et de relations sociales dans lequel les hommes dominent et oppressent les femmes - repose sur six structures : l'emploi, le travail domestique, la culture, la sexualité, la violence et l'État. Bien qu'autonomes, elles interagissent les unes sur les autres pour donner lieu à différentes formes de patriarcat, dont le patriarcat privé et public constituent les pôles d'un continuum. Le travail domestique est la structure dominante du patriarcat privé, caractérisé par une appropriation individuelle des femmes dans la famille et leur exclusion de l'espace public. L'État et le travail salarié sont les structures majeures du patriarcat public, qui implique une appropriation collective des femmes par leur ségrégation et leur subordination dans la sphère publique.

Le passage du patriarcat privé au patriarcat public, et les modifications conséquentes dans les relations entre les femmes et les hommes, s'est traduit diversement selon la structure considérée. Si les femmes étaient auparavant interdites d'accès au marché du travail, elles y sont maintenant parties prenantes mais dans des secteurs particuliers et à des conditions discriminatoires. À la réclusion dans l'espace domestique en vertu du pouvoir conjugal s'est substitué un contrôle collectif de la reproduction des femmes. L'État et la culture n'excluent plus les femmes, mais les intègrent en les subordonnant. Le déni d'intervention de l'État dans les cas de violence envers les femmes et par rapport à

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la pornographie en sont des manifestations. Le patriarcat public n'en signifie pas moins certains gains pour les femmes, en raison d'un amoindrissement du degré de leur ...