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Recensions

L’extrême droite en Europe. France, Autriche, Italie, de Jean-Guy Prévost, Montréal, Fides, collection « Points Chauds », 2004, 134 p.[Notice]

  • Sarah L. de Lange

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  • Sarah L. de Lange
    Université d’Anvers

Quand on établira la liste des domaines les plus populaires de l’étude des partis politiques, l’extrême droite contemporaine arrivera sans doute en tête. La littérature déjà disponible sur ce sujet est vaste, et de nouvelles oeuvres, surtout en anglais mais de plus en plus en français, paraissent régulièrement. Jean-Guy Prévost fournit une contribution assez brève à ce domaine d’étude avec son livre L’extrême droite en Europe. Dans ce livre, il tente d’identifier « la mécanique » (p. 35) qui a d’abord incité la percée de l’extrême droite et a ensuite rendu possible sa persistance. Par le biais d’une analyse des partis de l’extrême droite (et de leur environnement) en France, en Autriche et en Italie, l’auteur vise à montrer la dynamique propre à un tel phénomène. Il n’y réussit que partiellement, surtout en raison de sa perspective étroite. Le livre se caractérise par son accessibilité et il est très utile comme introduction au phénomène de l’extrême droite européenne. Il offre un tableau très clair de l’émergence des principaux partis de l’extrême droite en Europe de l’Ouest. Toutefois, pour le lecteur qui a déjà pris connaissance des écrits relatifs à ce phénomène, le livre n’offre guère de nouveautés. Le récit de J.-G. Prévost reste souvent historique, et une analyse approfondie du phénomène y fait défaut. Les chapitres traitant de l’extrême droite en France, en Autriche et en Italie sont précédés d’une introduction intéressante dans laquelle l’auteur aborde trois débats fondamentaux. D’abord, il évoque l’origine historique de la nouvelle vague de l’extrême droite. Faut-il interpréter l’extrême droite contemporaine comme une reprise du fascisme des années 1930 et 1940 ? Ou s’agit-il plutôt d’un phénomène distinct des années 1980 et 1990 ? Selon J.-G. Prévost, l’extrême droite contemporaine se distingue nettement du fascisme, d’abord parce qu’elle se présente comme « parti politique électoraliste » (p. 16) et non comme « parti politique armé » (p. 15), comme le furent les partis fascistes et nazis, mais aussi parce que les partis de l’extrême droite contemporaine sont plus respectueux de la démocratie que les fascistes et les nazis. Cependant, l’auteur reconnaît que l’extrême droite contemporaine cherche à transformer la démocratie et vise à exclure certains groupes de la société. La deuxième question évoquée dans l’introduction traite de la méthodologie de la recherche concernant l’extrême droite. Faut-il situer l’analyse à l’échelle européenne, voire internationale, ou plutôt à l’échelle nationale ? L’auteur préfère analyser l’extrême droite à l’échelle nationale en raison de son organisation uniquement nationale (dans ses mots, « il n’existe pas d’Internationale noire qui coordonne leur action » p. 25). Il souligne que le succès de l’extrême droite est le résultat des trajectoires nationales différentes, ce que justifie une approche individuelle des pays. Or, il paraît, dans la conclusion, que les similarités de la mécanique qui est à la base du succès de l’extrême droite en France, en Autriche et en Italie dépassent les variations nationales. La dernière question posée par J.-G. Prévost dans l’introduction concerne le nom donné au phénomène traité. Le nom d’« extrême droite » décrit-il ce que l’on étudie ? Ici, l’auteur prend une piste différente de la plupart des spécialistes de l’extrême droite. Habituellement, les partis politiques sont catégorisés sur la base de leur idéologie. Par conséquent, les partis qui appartiennent à une famille idéologique reçoivent un nom qui les distingue des autres familles idéologiques. Dans le cas des partis étudiés dans ce livre, il s’agit de l’extrême droite (certains auteurs préfèrent la désignation de partis nationaux populistes ou de la nouvelle droite radicale). Or, l’auteur estime que les désignations « gauche », « droite » et « extrême …