Recensions

Dweck, C. S. (2010). Changer d’état d’esprit. Une nouvelle psychologie de la réussite. Waine, Belgique : Mardaga[Notice]

  • Serge Larivée
Revue de psychoéducation Volume 40 numéro 1, 2011, 149-154 • Dweck, C. S. (2010). Changer d’état d’esprit. Une nouvelle psychologie de la réussite. Waine, Belgique : Mardaga. Chercheure reconnue dans le domaine de la personnalité, de la psychologie sociale et de la psychologie du développement, Carol S. Dweck ne nous livre pas ici un ouvrage de débutant. Cela signifie-t-il pour autant que Changer d’état d’esprit. Une nouvelle psychologie de la réussite est un ouvrage magistral? La réponse est non. Voici pourquoi. Dweck plante rapidement le décor : nos croyances «affectent fortement ce que nous voulons et le fait que nous réussissions ou non à l’obtenir […] et le fait de changer les croyances des gens – même les plus simples d’entre elles – peut avoir des effets profonds» (p. 7). D’après Dweck, la notion de croyances relève de deux types d’état d’esprit : l’état d’esprit fixe et l’état d’esprit de développement. Dans le premier cas, les individus croient que leurs qualités et leurs défauts sont en quelque sorte gravés dans la pierre et se voient ainsi condamnés à avoir constamment besoin de faire leurs preuves. Dans le second cas, les individus croient que leurs qualités fondamentales peuvent être cultivées par l’effort. En fait, ces individus croient que le vrai potentiel d’une personne reste inconnu et «qu’il est impossible de prévoir ce qui peut être accompli avec des années de passion, de dur labeur et de formation» (p. 13). La faiblesse scientifique du témoignage Ces prémisses posées, les quelques 300 pages de l’ouvrage divisé en huit chapitres sont une litanie d’anecdotes et de témoignages illustrant le point de vue de l’auteure dans divers secteurs de l’expérience : apprentissage scolaire, sport, monde des affaires, relations amoureuses, attitudes éducatives des parents, des enseignants et des entraîneurs. Je ne suis pas sans connaître l’effet persuasif des anecdotes qui ponctuent d’ailleurs mon enseignement et mes conférences quand l’ennui semble gagner l’auditoire qui, aussitôt, ouvre l’oeil et tend l’oreille. Ma réserve porte surtout sur son utilisation à titre de moyen d’obtention de connaissances valides, fiables et généralisables. Au moins deux raisons incitent à la prudence dans l’utilisation des anecdotes et des témoignages. La première concerne précisément le choix des témoignages : ceux de Dweck renvoient évidemment à des réussites susceptibles de conforter son point de vue alors que les échecs sont passés sous silence. La seconde raison a trait à l’indispensable utilisation de la mémoire lors de la narration d’un témoignage. On sait cependant que la mémoire reconstruit les éléments du passé en concordance avec des données actuelles. Autrement dit, la mémoire, «présentifie» le passé en oblitérant ou en ajoutant certains faits, les uns ayant perdu leur valence émotive et les autres l’accroissant si bien qu’en général les souvenirs restent parcellaires. Pour tout dire, la mémoire reconstruit sélectivement ses contenus en fonction des croyances et des attentes actuelles (voir Larivée, 2004 pour d’autres raisons). Outre de nombreuses anecdotes, on retrouve ça et là des extraits de courrier adressé à Dweck, susceptibles évidemment de confirmer et de valider sa théorie sur les états d’esprit. Une approche efficace Il faut reconnaître néanmoins que l’ouvrage est habilement structuré et revêt des qualités pédagogiques. Voici trois exemples. Sauf le dernier, chaque fin de chapitres, présente un encadré intitulé «Développez votre état d’esprit» dont les contenus empruntent à s’y méprendre au style «pop» psychologie dont un grand nombre de lecteurs raffolent. D’autre part, le deuxième chapitre se termine par une section «Questions ...

Parties annexes