Recensions

Ferland, F. (2010). Mathilde raconte. Montréal : CHU Sainte-Justine[Notice]

  • Andrée Quiviger
Revue de psychoéducation Volume 40, numéro 1, 2011, 155 • Ferland, F. (2010). Mathilde raconte. Montréal : CHU Sainte-Justine Dans ce court ouvrage au format original et agrémenté de photos, Francine Ferland nous expose la manière dont pense et ressent une petite fille de quatre à cinq ans appelée Mathilde et ce, sous la forme d’un journal-dans-sa–tête. Sans le préciser, elle compose elle-même évidemment ce journal personnel à partir sans doute d’observations personnelles et de témoignages qui évoquent de multiples situations susceptibles de préoccuper, d’interroger ou d’intéresser un enfant de quatre ans, quitte à reproduire quelques-unes des fautes de langage typiques de cet âge : ils sontaient, pasque, je m’ai dit, respiation. Si les contenus sont fidèles à la manière dont s’expriment généralement les enfants doués, il n’est pas certain néanmoins que leur pensée se déroule avec autant de logique ni qu’ils puissent si bien généraliser sous forme linéaire leurs découvertes ou leurs expériences quotidiennes. Cela dit, Mathilde est tout à fait attachante, et ce qui se passe dans sa petite tête correspond certainement aux bribes de réflexions qui surgissent dans celle d’à peu près tous les enfants. On peut imaginer qu’un garçon ne porterait pas son attention sur les mêmes objets ni sur tous les mêmes événements, ce qui a peu d’importance finalement vu les objectifs de cet ouvrage. L’un de ces derniers, comme il en est dans plusieurs ouvrages de l’auteure, consiste à rendre compte d’une manière simple et dynamique du développement psychosocial et cognitif des enfants d’âge préscolaire. Ici, l’accent est mis sur un stade particulier du développement cognitif caractérisé par l’égocentrisme et l’animisme. Toutefois, Mathilde nous conduit également à percevoir très clairement non seulement comment elle pense mais aussi ce qu’elle ressent (ses peurs, ses attentes, ses désirs, ses joies, ses frustrations…) et ce qu’elle perçoit de l’univers des adultes, sinon de l’univers tout court, ce qui est très instructif pour des lecteurs qui sont à découvrir l’enfance de leurs enfants. Par ailleurs, les parents d’enfants d’âge préscolaire trouveront dans ce livre d’habiles moyens d’intervenir dans des situations embarrassantes ou qui déconcertent les enfants : la mort, la sexualité, le Père Noël, les cauchemars, etc. Des moyens judicieux, tout simples, à la portée de tous, pères et mères. Je défie quiconque de lire ce petit ouvrage sans jamais sourire. Beaucoup d’humour et une fine observation des comportements, des allures et des raisonnements enfantins sont en eux-mêmes un message éducatif primordial : il importe à titre de parents de ne rien négliger de ce qui frappe l’intelligence d’un enfant, de ce qui le préoccupe ou le fait participer à des expériences inédites ou bouleversantes (la maladie, le vieillissement, le handicap, la mort, la naissance, l’amour entre adultes, la compétition, etc.). Ce qui exige une attention de tous les instants et une attitude proactive permettant de vérifier ce que conclut le petit bout de fille ou de garçon devant une anomalie, un événement important, une histoire, une situation banale à nos yeux mais déterminante aux leurs. En cela, l’auteur, ses sources, le ton du texte et le brio de l’entreprise font office de modèle. Un cadeau à la fois précieux, utile et esthétique à offrir aux nouveaux parents. Andrée Quiviger