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Le projet de la rivière Romaine vu et rapporté par la presse écrite[1][Notice]

  • Sylvie Vincent

Le 14 mai 2009, le premier ministre du Québec a lancé à Havre-Saint-Pierre, sur la Côte-Nord, les travaux du complexe hydroélectrique de la rivière Romaine. Quatre barrages, quatre centrales, quatre réservoirs d’une superficie totale annoncée de 279 km2, environ 500 km de lignes de transport d’énergie, une route de 150 km pour relier les centrales à la route 138 et les ajouts normalement générés par ce genre de travaux : postes de transformation, chemins d’accès, locaux pour les services, camps d’hébergement pour les travailleurs, etc. Pour un coût actuellement évalué à 6,5 milliards de dollars, Hydro-Québec prévoit créer suffisamment d’énergie (8 milliards de kilowattheures par année) pour alimenter, si le besoin s’en faisait sentir, environ 450 000 résidences. Il s’agirait, d’après Jean Charest, premier ministre du Québec, du « projet d’infrastructure le plus important au Canada en 2009 » et de l’« un des projets d’infrastructures les plus importants au monde ». Le lancement s’est déroulé en présence de deux ministres du Québec (Claude Béchard, ministre des Ressources naturelles et de la Faune, et Pierre Corbeil, ministre responsable des Affaires autochtones), du préfet de la MRC de la Minganie et de plusieurs élus locaux, de chefs syndicaux et de trois chefs innus de la Moyenne et de la Basse-Côte-Nord. Le projet est important en lui-même mais il l’est aussi en raison du contexte dans lequel il est lancé : besoin particulièrement criant d’emplois dans les régions, nécessité pour le gouvernement du Québec de refaire son image… Pendant la dernière campagne électorale, le premier ministre du Québec a commencé à parler de son « Plan Nord ». Les observateurs de la scène politique s’interrogent sur la définition que le gouvernement veut donner à ce « Plan », devenu « Démarche » en octobre 2009, mais il est admis qu’il comporte au moins deux grandes composantes : les mines et l’hydroélectricité. Le projet de la Romaine en fait donc partie. Il s’inscrit également dans la stratégie énergétique 2009-2013 du gouvernement, rendue publique à la fin du mois de juillet et qui prévoit d’ailleurs le harnachement d’au moins deux autres rivières de la Côte-Nord (Petit Mécatina et Magpie). Ce n’est évidemment pas la crise économique actuelle qui a provoqué le projet de la rivière Romaine bien qu’elle en ait peut-être hâté l’annonce. Crise ou pas, le besoin d’emplois dans les régions n’est pas à démontrer. Nul ne s’étend très longtemps sur le fait que ces emplois ne reviendront que partiellement aux résidants de la Côte-Nord. Nul ne s’étend non plus sur le fait que, après une courte période de boom économique, la région risque de retomber en pénurie d’emplois à moins, bien sûr, que l’avenir de la Côte-Nord soit vu comme devant dépendre d’une longue succession de harnachements de rivières. Ce projet doit plutôt son existence à la vision d’un gouvernement qui, entre l’efficacité énergétique, la géothermie, le solaire, l’éolien, l’hydroélectricité ou la combinaison de ces sources, choisit très prioritairement l’hydroélectricité et l’image des gloires passées. Pendant les mois qui ont précédé le lancement du projet, la question de sa nécessité, et même de son utilité, est revenue à plusieurs reprises. Et surtout après l’élection d’un nouveau président aux États-Unis. En effet, l’annonce de la volonté de Barack Obama de privilégier les énergies les plus vertes – dont ne fait pas partie l’hydroélectricité – a failli jeter de l’ombre sur la politique du gouvernement du Québec. Bien qu’Hydro-Québec insiste pour dire que d’ici une dizaine d’années le Québec aura besoin de nouvelles sources d’approvisionnement en énergie, elle ne cache pas en effet que, pour commencer, la production des centrales de la …

Parties annexes