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Comptes rendus

Hubert Mansion et Stéphanie Bélanger, Le Livre de la sagesse crie. Éditions Cornac, Québec, 2009, 296 p.[Notice]

  • Samuel Neural

Historien et spécialiste du nord du Québec, Hubert Mansion s’est associé à Stéphanie Bélanger, qui a grandi dans un milieu à la fois autochtone et blanc, pour réaliser cet ouvrage dont le but est de rendre la culture des Cris de la Baie James accessible au spécialiste comme au simple lecteur. Il n’est donc pas indispensable d’être un connaisseur de la culture crie, ni d’avoir les connaissances d’un anthropologue ou d’un spécialiste des cultures amérindiennes, pour être initié ici au mode de vie constitué de chasse, de pêche et de cueillette, à ses pratiques et à ses croyances ainsi qu’à ses représentations du monde, que vont s’attacher à décrire les deux auteurs. Ce mode de vie a survécu dans la région de l'est de la Baie James au gré du commerce de la fourrure, mis en place dès 1670 par les Européens et qui durera près de trois siècles, faisant place au cours du xxe siècle aux industries extractives, impérieuses et dévoreuses d'espace, épuisant les ressources et mettant un terme au fragile équilibre que les Cris étaient parvenus à maintenir avec le milieu. Les territoires de chasse familiaux qu'ils exploitaient ne se réduisirent plus qu'à quelques interstices écologiques préservés, une exploitation qui trouvera son point culminant lors du projet hydroélectrique de la Baie James et de la Convention signée par les Cris en 1975, dont les implications à la fois écologiques, économiques, sociales, politiques auront littéralement bouleversé les neufs communautés cries désormais réparties dans la région. Mais ces incessants face à face au cours de ces quelque trois siècles de contacts ont montré, selon les auteurs, combien la société occidentale, trop préoccupée par ses visées impérialistes, n’a pas su comprendre les principes moraux et la posture au monde de la société crie. La question que vont poser les auteurs à partir de ce constat est plus que surprenante : au contact des sociétés amérindiennes qu’elle côtoyait, pourquoi la société occidentale n’a-t-elle pas même cherché à retenir ses propres pratiques traditionnelles ? Au cours de l’ouvrage, le pari des auteurs sera donc le suivant : « Il ne s'agit pas d'adopter des pratiques autochtones sorties de leurs fondements culturels, mais de retrouver les nôtres en vue de nous retrouver nous-mêmes dans notre vérité d'Occidentaux. » D'où ces étonnants raccourcis qui demandent au lecteur beaucoup de souplesse pour comprendre les correspondances et les parallélismes que les auteurs établissent à travers l'ensemble de l'ouvrage, une démarche originale qu'ils assument toutefois. Mansion écrit : On assiste du coup à d'incessants glissements, à de multiples allers et retours entre la culture occidentale et les institutions séculaires cries qui se déclinent tel un répertoire autour des notions fondamentales dans lesquelles les auteurs vont chercher à puiser la source d'une sagesse qui puisse être commune aux deux cultures : la propriété, le rapport des hommes avec la nature, la parole dans la société, les manières d'habiter, les esprits qui peuplent leur monde, le rôle des animaux dans la culture, le rôle de la personne dans la société et enfin les techniques de guérison. Mais d’abord le sens du détachement devant toute chose – ce que Claude Lévi-Strauss nommait « une déférence envers le monde » pour caractériser de façon générale l’attitude des Amérindiens du Nord – et une présence au monde dans l'instant vont constituer, selon les auteurs, la pierre angulaire de la doctrine crie, ce que l'Occident a, sans doute, trop vite oublié. À cela, les auteurs ajoutent l'aspect cyclique de tout phénomène et la circularité du temps qui rompt avec la linéarité du temps occidental. Le monde cri fait référence à la cyclicité des …