Comptes rendus

Thou Shalt Forget. Indigenous Sovereignty, Resistance and the Production of Cultural Oblivion in Canada, Pierrot Ross-Tremblay. University of London Press, London, 2019, 312 p.

  • Isabelle St-Amand

…plus d’informations

  • Isabelle St-Amand
    Université Queen’s, Kingston, Ontario

L’accès à cet article est réservé aux abonnés. Seuls les 600 premiers mots du texte seront affichés.

Options d’accès :

  • via un accès institutionnel. Si vous êtes membre de l’une des 1200 bibliothèques abonnées ou partenaires d’Érudit (bibliothèques universitaires et collégiales, bibliothèques publiques, centres de recherche, etc.), vous pouvez vous connecter au portail de ressources numériques de votre bibliothèque. Si votre institution n’est pas abonnée, vous pouvez lui faire part de votre intérêt pour Érudit et cette revue en cliquant sur le bouton “Options d’accès”.

  • via un accès individuel. Certaines revues proposent un abonnement individuel numérique. Connectez-vous si vous possédez déjà un abonnement, ou cliquez sur le bouton “Options d’accès” pour obtenir plus d’informations sur l’abonnement individuel.

Dans le cadre de l’engagement d’Érudit en faveur du libre accès, seuls les derniers numéros de cette revue sont sous restriction. L’ensemble des numéros antérieurs est consultable librement sur la plateforme.

Options d’accès
Couverture de Imaginaires, territoires et marginalisation, Volume 49, numéro 3, 2019, p. 3-94, Recherches amérindiennes au Québec

Par une tournure que les constats énoncés dans ce livre nous donnent envie d’expliquer (et que l’auteur expliquera ailleurs en termes d’« exil épistémique ») [Néméh-Nombré et Ross-Tremblay 2020], c’est tout droit de chez University of London Press, en Grande-Bretagne, que nous parvient cette étude importante sur l’oubli culturel et les dimensions psychologiques du colonialisme contemporain, saisis par l’entremise d’un évènement fondateur pour la communauté innue d’Essipit : la guerre du saumon de 1980. Thou Shalt Forget. Indigenous Sovereignty, Resistance and the Production of Cultural Oblivion in Canada est un livre captivant, ancré dans le concret et solidement argumenté, qui examine l’évènement qui surgit lorsque les Essipiunnuat (« les humains de la rivière aux coquillages »), mobilisés pour affirmer hors réserve leur droit ancestral à la pêche au saumon, font face à un violent ressac colonial orienté par une dénégation de la souveraineté ancestrale innue. Cette résistance, dont les dynamiques allaient se rejouer une décennie plus tard à Kanehsatà:ke, fera peu à peu l’objet d’un énigmatique effacement tandis que s’imposera un récit célébrant la réussite économique d’Essipit. Dans son livre, Pierrot Ross-Tremblay prend le contrepied de ce récit particulier et des représentations exogènes du groupe, ainsi que de recherches qu’il associe, citant l’anthropologue Paul Charest (2005), à une forme de mercenariat. Choisissant sa propre communauté comme point d’ancrage de sa réflexion et de son action, il opère une vive critique des injonctions coloniales à l’oubli et de l’intériorisation du colonialisme psychologique se matérialisant dans la gouvernance, l’administration et le quotidien des Essipiunnuat dans leur rapport au passé. Le coeur de sa démarche de recherche et d’écriture, qui s’échelonne sur une décennie, consiste à ramener à la mémoire les voix de participants à la guerre du saumon, avec un accent sur celles qui ont été marginalisées dans l’après-guerre. Ross-Tremblay expose les déterminants de la résistance et son déploiement, puis démontre comment la mémoire de cet évènement mobilisateur et traumatisant fut graduellement appropriée par le pouvoir en place, énigmatiquement reléguée au silence et à l’oubli par les participants eux-mêmes et généralement occultée en raison de « barrages » à la remémoration qu’il identifie méticuleusement. La description des effets positifs de l’action collective et de l’affirmation d’une souveraineté ancestrale est inspirante, ce qui renforce le sentiment de douleur à la lecture des effets négatifs de l’engagement (p. ex., racisme enduré en milieu de travail, tensions au sein de familles mixtes régies par la Loi sur les Indiens) et du glissement qui s’est opéré vers une centralisation abusive du pouvoir et de la mémoire. Un constat fondamental derrière sa démarche : comment défendre et ne pas céder ce dont on a oublié ou ignore l’existence, notamment la conception ancestrale de la souveraineté innue et ce qu’elle implique en terme de lien au territoire (p. 11) ? Si l’auteur expose le culte du leader et l’absorption grandissante des normes coloniales qu’il observe à Essipit en parallèle à des formes de résistance interne et de continuité culturelle, il prend aussi soin de garder au premier plan les mécanismes oppressants et (dé)structurants du colonialisme de peuplement et des politiques de génocide culturel, distinguant ainsi sa recherche de travaux axés sur la perte et la dégradation dénoncés par Eve Tuck (2009). Ross-Tremblay rend visibles les principes colonialistes qui animent la Couronne, la Loi sur les Indiens, le système des réserves et des pensionnats tout autant que les nationalismes et gouvernements canadiens et québécois, les politiques de développement régional et les occupants non autochtones des régions. C’est d’ailleurs de manière exceptionnelle que l’auteur parvient à rendre palpables les multiples façons, concrètes, douloureuses et infiniment complexes, dont ces principes coloniaux …

Parties annexes