Comptes rendus

EUX et NOUS. La place des Autochtones dans l’enseignement de l’histoire nationale du Québec, Helga Elisabeth Bories-Sawala et Thibault Martin[1]. Université de Brême, Allemagne, 2020, 3 volumes. (Disponible aussi en ligne)

  • Gabriel Arsenault

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  • Gabriel Arsenault
    Professeur agrégé, École des hautes études publiques, Université de Moncton

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Couverture de Imaginaires, territoires et marginalisation, Volume 49, numéro 3, 2019, p. 3-94, Recherches amérindiennes au Québec

Deux chercheurs originaires d’Europe viennent de publier sur un site Web hébergé par l’Université de Brême, en Allemagne, quelque 1288 pages sur la représentation des Autochtones dans l’enseignement de l’histoire nationale au Québec. Disons d’emblée qu’il s’agit de la plus importante étude sur ce thème depuis la publication, en 1979, de L’image de l’Amérindien dans les manuels scolaires, de Sylvie Vincent et Bernard Arcand. L’étude de Bories-Sawala et Martin, divisée en trois volumes, porte principalement sur les manuels scolaires. Le premier volume leur est d’ailleurs exclusivement consacré. En gros, sont analysés dix-sept manuels : trois manuels associés au programme « Histoire du Québec et du Canada » (HQC) en vigueur de 1982 à 2006 (quatrième secondaire), quatre manuels associés au programme « Histoire et éducation à la citoyenneté » (HEC) en vigueur de 2006 à 2017 (troisième et quatrième secondaire), quatre manuels associés au programme « Géographie, histoire et éducation à la citoyenneté » (GHEC) en vigueur depuis 2006 (deuxième et troisième cycle du primaire), quatre manuels associés au nouveau programme « Histoire du Québec et du Canada » en vigueur depuis l’automne 2017 (troisième et quatrième secondaire), ainsi que le manuel utilisé au secondaire dans la communauté mohawk de Kahnawake, Seven Generations (1980), et celui qui est utilisé au sein de la Commission scolaire crie, Histoire du Québec et du Canada (2002). Que nous apprend l’épluchage de tous ces manuels ? Selon Bories-Sawala et Martin, les manuels « euro-canadiens » (l’expression est des auteurs) s’améliorent avec les années, bien qu’il y ait encore du travail à faire. Considérons ainsi le début de l’histoire du Québec. Dans les manuels des années 1970, l’aventure québécoise commence avec l’arrivée de Jacques Cartier et plus globalement des colons français. À partir de l’Histoire du Québec et du Canada, et a fortiori avec Géographie, histoire et éducation à la citoyenneté, les manuels s’assurent de consacrer un premier chapitre relativement volumineux aux Autochtones ayant vécu sur l’actuel territoire du Québec avant l’arrivée des Européens. Pour les auteurs, ce changement procède d’un recul de l’eurocentrisme des manuels québécois. Similairement, les auteurs rapportent que, sur le plan quantitatif, les manuels de l’Histoire du Québec et du Canada (HQC) consacrent davantage de pages aux Autochtones que ceux de l’Histoire et éducation à la citoyenneté (HEC). Une conséquence intéressante de ce changement est la plus grande place accordée aux personnalités autochtones : alors que les manuels de HQC ne mentionnent que cinq personnalités autochtones, les manuels de HEC en mentionnent quarante-six (vol. 3, p. 461-463). Considérons maintenant la période allant, en gros, de la Conquête aux années 1960. Dans les manuels de HQC comme dans ceux de HEC, cette période est largement silencieuse à l’endroit des Autochtones. Dans les manuels de ces deux programmes, les auteurs parlent d’un « tunnel » de deux cents ans. Les manuels les plus récents font une fois de plus reculer l’eurocentrisme en faisant un effort plus important pour parler des Autochtones durant cette période, notamment en abordant leur rôle durant les divers conflits armés des xixe et xxe siècles, ou encore en présentant les travaux de la Commission Bagot (1842-1844). Les derniers manuels sont loin d’être parfaits, cependant. Ainsi, l’évangélisation des Autochtones par les missionnaires européens continue d’être présentée comme un phénomène largement positif, tandis que le choc microbien, responsable de la déstructuration du monde autochtone au xviie siècle, continue d’être présenté de manière superficielle. Plus globalement, « [l’]importance de l’ensemble du processus de marginalisation économique, politique, juridique et culturelle pour la suite de l’histoire autochtone, jusqu’à nos jours, ne …

Parties annexes