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Redécouvrir la source autogestionnaire de l’innovation sociale

  • Timothée Duverger

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  • Timothée Duverger
    Maître de conférences associé à l’IEP de Bordeaux, chercheur associé au Centre Emile Durkheim – UMR 5116 et auteur de L’économie sociale et solidaire : une histoire de la société civile en France et en Europe de 1968 à nos jours, Le bord de l’Eau, 2016

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Couverture de Numéro 346, octobre 2017, p. 4-115, Revue internationale de l'économie sociale

L’article 15 de la loi Hamon du 31 juillet 2014 relative à l’économie sociale et solidaire définit juridiquement l’innovation sociale. C’est « le projet d’une ou de plusieurs entreprises consistant à offrir des produits ou des services présentant l’une des caractéristiques suivantes : L’innovation sociale apparaît comme un « fait social total », au sens maussien du terme, dans la mesure où elle met en jeu de nombreuses institutions à la fois économiques, politiques, juridiques, etc. (Mauss, 1950). L’innovation sociale, qui accède désormais à une forme de banalisation, est traversée de tensions. Dans un article revenant sur les trajectoires de ce concept, Magali Zimmer a révélé un glissement d’une approche politique vers une approche économique. Si, dans les années 70, elle est appréhendée par des sociologues à partir d’expériences associatives, dans les années 2000 elle l’est par des économistes influencés par les théories schumpétériennes, à partir d’expériences entrepreneuriales. Sa dimension contestatrice s’efface, tandis que les références aux premières théorisations sont inexistantes (Zimmer, 2014). Cette perte de substance entraîne une technocratisation d’un concept pourtant hautement politisé à son origine. Elle oblige à un retour aux sources théoriques pour penser l’innovation sociale dans toutes ses potentialités et ne pas la réduire à un auxiliaire de l’économie marchande. En 1976, plusieurs revues lui accordent des numéros dédiés : A leur lecture, trois questions principales peuvent en être retenues : l’innovation sociale est-elle une source d’encadrement ou d’émancipation ? Qui sont les agents du changement ? Et enfin, quels rapports ces derniers entretiennent-ils avec l’Etat ? Dans L’invention du social, Jacques Donzelot relève une double origine à la critique de l’Etat-providence qui puise dans le registre de l’autogestion. Par sa prise en charge du social au nom du progrès, l’Etat-providence est accusé de détruire, d’une part la souveraineté individuelle et, d’autre part, la responsabilité de la société. La première critique est portée par le « mouvement gauchiste » (trotskystes, maoïstes, situationnistes, etc.) qui propose de « changer la vie », c’est-à-dire de laisser s’exprimer les aspirations individuelles, et la seconde l’est par le « mouvement réformiste » (incarné par exemple par les clubs Jean Moulin et Citoyen 60) qui ambitionne de « changer la société » pour renforcer la solidarité sociale (Donzelot, 1983). Ces critiques convergent dans une même volonté d’autonomisation du social. Ces deux mouvements se saisissent sous des angles différents de l’innovation sociale, l’un pour essaimer les créativités sociales, l’autre pour réformer l’Etat. Le concept d’innovation sociale émerge à partir des années 70. Sa première occurrence remonte à un article du sociologue James Taylor, publié en 1970, où il a déjà sa signification actuelle en désignant de nouvelles façons d’agir pour répondre à des besoins sociaux (Taylor, 1970). Son contexte d’apparition n’est pas neutre sur la détermination de son sens. Effectivement, le concept surgit dans les années post-68 où l’utopie autogestionnaire est à son zénith, tant à travers les luttes sociales (écologisme, féminisme, régionalisme, etc.) que via les initiatives alternatives (crèches parentales, écoles parallèles, groupements d’achats de produits bio, groupes de santé, habitat groupé autogéré, etc.). L’autogestion cristallise des créativités sociales en rupture avec le capitalisme, qui ont en commun le dessein d’une organisation démocratique de la société, la recherche d’une amélioration de la qualité de vie et la remise en question des rapports entre savoir et pouvoir. L’innovation sociale, branchée sur cette rationalité autogestionnaire, est alors fortement politisée. Elle est porteuse d’un projet de transformation sociale désétatisé. Au bout d’une décennie de tâtonnements, le Que sais-je ? de Jean-Louis Chambon, Alix David et Jean-Marie Devevey définit l’innovation sociale comme des « pratiques visant plus ou moins directement à permettre …

Parties annexes