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Hommage à Madame Françoise Gamache-Stanton

  • Nicole Brais

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  • Nicole Brais
    Ville de Québec

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Au revoir Françoise …

Le 20 mars dernier, j’étais assise en l’église Saint-Dominique sur la Grande Allée, à Québec, à écouter avec beaucoup d’émotion le Requiem de Mozart chanté merveilleusement par le Choeur des rhapsodes. En temps normal, parmi les têtes blanches, j’aurais certainement aperçu celle de Françoise G. Stanton, mais je ne la cherchais pas, la sachant hospitalisée depuis quelques semaines et dans un état plus critique depuis quelques jours. Je ne m’en suis que plus recueillie. Moins d’une semaine plus tard, j’assistais dans la même église, un peu incrédule, à ses funérailles. Il y a de ces personnes que l’on pense immortelles tant la vie les habite, et Françoise, à mes yeux, était de celles-là.

J’ai croisé Françoise G. Stanton pour la première fois à la Commission consultative Femmes et ville de la Ville de Québec. Elle entamait, à 82 ans, le premier de ses deux mandats à titre de digne représentante des personnes aînées. Sa participation aux activités de la Commission lui permettait de lier deux de ses grandes passions, soit son amour pour Québec, sa ville, et ses convictions féministes. Je n’ai cessé par la suite de la rencontrer, à l’occasion de manifestations, lors de diverses conférences publiques, toujours prête à intervenir dans les débats publics ou directement sur le terrain, sur les questions qui lui tenaient à coeur. Et Dieu sait combien celles-ci étaient nombreuses : avancement des femmes, pauvreté, justice sociale, décrochage scolaire, politique, etc.

C’est en travaillant à la présentation de son dossier de candidature, en vue du gala Femmes de mérite de la Y des femmes de Québec, que j’ai pris toute la mesure de ses nombreux engagements. Outre une vie familiale bien remplie, Françoise a cumulé au fil des ans des activités de diverses natures. Membre de nombreux conseils d’administration, présidente de divers organismes, conférencière ou simple bénévole, cette femme fascine par l’échelle de ses engagements : du très local (Maison de Lauberivière) au planétaire (Association internationale francophone des aîné(es)), de l’entraide (TEL-AIDE, aide aux devoirs) au politique (candidate du Nouveau Parti démocratique en 1972 et en 1974), elle était présente sur tous les territoires et sur tous les fronts de la vie sociale.

Ce n’est pas pour rien que Françoise a été la première femme à recevoir la médaille de la Ville de Québec en 1997 et qu’elle a été nommée citoyenne du monde par le Comité canadien pour le 50e anniversaire des Nations-Unies. Peu importe le lieu de son action, Françoise était une véritable citoyenne, engagée, passionnée et jamais à court d’arguments et d’anecdotes pour forcer la réflexion et inciter à l’action.

Si Françoise aimait se servir du respect qu’imposait son âge vénérable pour mettre en avant ses idées, cela ne l’empêchait pas de professer une grande humilité, toujours prête à apprendre, partisane inconditionnelle des jeunes que nous étions à ses yeux. N’a-t-elle pas assisté en juin 2003, à l’âge de 88 ans, à la semaine complète des conférences de l’Université féministe d’été à l’Université Laval, faisant fi de l’inconfort des bancs et répétant à satiété sa grande admiration pour les femmes de réflexion et d’action?

Au-delà de ses engagements et de ses convictions, c’est sa grande énergie qui m’a séduite. Ayant perdu ma mère très tôt, n’ayant jamais eu de contacts étroits et significatifs avec mes grands-mères, j’ai connu, grâce à Françoise, un modèle positif de femme âgée. Bien qu’elle ait eu son lot d’épreuves au cours de sa longue vie, elle dégageait une jeunesse de coeur qui devait faire l’envie de bien de ses cadettes. Le rire au coin des yeux, l’humour à fleur de peau, toujours bien mise, un brin coquette, elle n’abdiquait devant rien. Les petits et grands maux qui viennent avec l’usure du corps n’ont jamais réussi à mâter cette vieille dame aussi férue de théâtre, de cinéma et de littérature que d’actualité, d’activités sociales et d’action politique.

Françoise avait des amies de toutes les générations, mais elle disait apprécier particulièrement la compagnie des jeunes parce que leurs visages ne lui reflétaient pas constamment son grand âge. Au-delà de cet argument, en agissant ainsi, Françoise exprimait surtout son refus de limiter ses horizons et son désir de rester branchée sur le monde, sur son monde. Elle disait beaucoup apprendre, mais elle a également beaucoup transmis. Elle faisait partie de ces personnes trop rares qui non seulement projettent une image positive de la vieillesse mais qui jettent des ponts et font le relais entre les générations en faisant acte de présence et acte de mémoire.

Je sais que je garderai longtemps le réflexe de chercher Françoise des yeux dans les endroits où j’avais l’habitude de la croiser. Sa présence est inscrite en bien des lieux. Il me faudra un certain temps pour me faire à l’idée qu’elle milite ailleurs. Elle a cessé de vieillir, elle n’a certes pas fini de nous inspirer. Merci Françoise.