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Comptes rendus

Évelyne Tardy, avec la collaboration de Rébecca Beauvais et André BernardÉgalité hommes-femmes ? Le militantisme au Québec : le PQ et le PLQ. Montréal, Hurtubise HMH, 2003, 222 p.

  • Caroline Andrew

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  • Caroline Andrew
    Université d’Ottawa

Corps de l’article

Les débats sur la réforme du système politique, à l’heure actuelle, tournent beaucoup autour du système électoral – on parle des systèmes proportionnels ou de la parité. L’ouvrage d’Évelyne Tardy rappelle que les partis politiques jouent encore des rôles majeurs dans le fonctionnement des systèmes politiques contemporains et donc qu’il est important de regarder quel rôle les femmes assument dans ces partis. Au début du renouveau des études sur les femmes et la politique, il y a eu beaucoup d’écrits sur les partis et leur rôle crucial dans la limitation du nombre de femmes. Les écrits de Janine Brodie et de Jill Vickers ont analysé les partis en tant qu’organisations dont la stratégie principale a été d’éviter les risques et donc de ne pas vouloir choisir des femmes comme candidates dans les circonscriptions « gagnantes ». Depuis ce temps, les partis ont tenté de répondre à ces accusations, entre autres, en créant des fonds spéciaux pour appuyer les candidates. Quels sont les résultats obtenus ? L’étude d’Évelyne Tardy fait le point à ce sujet.

Son ouvrage est le résultat d’une enquête postale réalisée au printemps 2000, auprès de 1 500 militantes et militants du Parti québécois ainsi que de 1 500 militantes et militants du Parti libéral du Québec. Cette enquête postale a été suivie par une trentaine d’entrevues semi-directives, permettant à l’auteure de compléter les résultats de la première enquête avec les données qualitatives des entrevues. Le livre débute par une description des structures pour les femmes dans les deux partis et passe ensuite à l’analyse des caractéristiques socioéconomiques des militantes et des militants. Les deux sections suivantes touchent au profil du militantisme et ensuite aux opinions sur la représentation politique des femmes.

La conclusion générale d’Évelyne Tardy est celle-ci : il existe des différences entre les deux partis, mais, fondamentalement, ce qui importe dans l’analyse, c’est « une différenciation sociale sexuée entre les hommes et les femmes qui ne date pas d’hier et qui touche tous les aspects de la vie, qu’ils soient physiques, culturels, psychologiques, politiques, religieux ou autres » (p. 193). En fait, l’auteure reproche aux partis de ne pas suffisamment considérer l’impact de la différenciation sociale sexuée et donc de ne pas faire plus pour attirer et appuyer les femmes en tant que candidates potentielles lors des élections.

L’analyse d’Évelyne Tardy démontre l’impact de cette différenciation sociale sexuée sur toute une variété de domaines. Par exemple, les militantes font beaucoup plus souvent référence à leurs mères comme des modèles de militantisme politique. Comme Évelyne Tardy le constate, l’impact d’un modèle concret de transgression des normes traditionnelles a clairement été important dans le cheminement des militantes. Sans le modèle maternel, et aussi sans l’impact des milieux familiaux politisés, les normes sociétales auraient, fort probablement, eu plus de poids. Les hommes ont eu moins besoin de ces modèles dans leurs propres familles.

Le poids de la différenciation sociale sexuée se voit aussi à travers les opinions des militants et des militantes sur la représentation politique des femmes. Les militantes sont plus nombreuses à expliquer la sous-représentation des femmes par le poids de la division sociale des rôles sexués, tandis que plus de militants cherchent l’explication de la sous-représentation des femmes du côté des insuffisances de ces dernières. Les hommes sont également plus nombreux à s’opposer à des quotas, même si la majorité des femmes les refusent également. Cependant, phénomène intéressant, la majorité des militantes se dit favorable à l’idée de la parité.

L’ouvrage se termine sur des recommandations faites par Évelyne Tardy aux dirigeants des partis politiques, les encourageant à penser à une action affirmative auprès des femmes pour les inciter à devenir candidates. Aux yeux de l’auteure, la leçon de l’enquête est claire : il faut un appui positif et particulier auprès des femmes pour arriver à l’égalité hommes-femmes.

L’attrait majeur du livre de Tardif est le profil, très détaillé, du militantisme dans les partis politiques québécois. Le questionnaire est reproduit en annexe et, la plupart du temps, le texte suit de très près les réponses aux différentes questions. Dans ce sens, le livre ressemble plus à un rapport de recherche qu’à une analyse globale du rôle joué par les partis politiques dans le cheminement entre le fait de militer pour un parti et la décision de devenir candidat. Cette question est bien posée dans la conclusion du livre et, comme nous l’avons indiqué plus haut, l’auteure est très claire sur ce qu’elle voit comme une responsabilité des partis : « une aide particulière aux femmes qui ont déjà fait un premier pas en militant dans un parti politique » (p. 202).

On a parfois tendance, de nos jours, à oublier ou à sous-estimer l’importance des partis politiques pour les systèmes politiques et pour les réformes discutées présentement. La grande valeur de l’ouvrage de Tardy est de mettre les partis au centre du débat et de leur signaler clairement un chemin possible vers la démocratisation. Jusqu’à maintenant, la réponse a été timide.